Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie prononcée par le Père Pierre Colombani, à l’occasion du jubilé de son trentième anniversaire de sacerdoce - dimanche 18 septembre 2016

 


1ère Lecture : 1R 19, 11-14a
2ème Lecture : Ep 4, 1-6
Évangile : Mt 20, 1-16



« Vous vous en doutez, mes Amis, l’émotion est là. Je remercie, tout d’abord, notre évêque, Monseigneur Martin, non seulement de sa présence mais aussi de ces mots qu’il a prononcés et qui sont chers à mon cœur. Oui, il y a un lien de subordination en tant que prêtre devant son évêque, mais aussi un lien fraternel, d’amitié ; un lien, j’ose le dire, d’amour.
Puis, il y a tous ces amis qui se sont exprimés ! Ce qui m’a beaucoup touché dans ton propos, Monseigneur, c’est que tu as rappelé que le prêtre est celui qui unit le ciel et la terre ce qui ouvre la porte au monde de ceux qui nous ont quittés… Je ne peux pas ne pas évoquer, d’abord, la mémoire de mes chers parents, Paul et Odette, (de nos chers parents puisque, Françoise, ma sœur, est là), et la présence également, de l’autre côté du voile, de ma sœur Anne-Marie, dont Mathieu, tout à l’heure, a fait mémoire dans son exposé si merveilleux. 


 
Sans oublier, de l’autre côté encore, la présence de ces évêques : Mgr Gilles Barthe, l’ancien évêque de Fréjus-Toulon, qui m’avait fait rentrer au séminaire universitaire Pie XI à Toulouse, de son successeur, Mgr joseph Madec, avec lequel j’ai beaucoup travaillé et dont j’ai été le Vicaire épiscopal pour la Pastorale, de Mgr Vigile aussi, qui m’a accueilli plus tard dans cette Église Orthodoxe Française, bref, de tous ceux qui sont de l’autre côté, que l’on dit des morts, des défunts, mais qui ne sont pas morts spirituellement et qui nous accompagnent, et que bientôt nous célèbrerons à la Toussaint, dans la communion des Saints. C’est la rencontre entre la Jérusalem d’en-haut et celle d’en-bas, entre le monde de l’invisible et du visible… 


Il y a quelque temps, je disais à Mgr Martin que je souhaitais reprendre l’évangile de mon ordination sacerdotale d’il y a trente ans, dans saint Jean, ce passage du chapitre quinze, où le Christ nous dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi mais c’est moi qui vous ai choisis » et, chemin faisant, j’ai pensé que ce n’était pas possible. Il n’était pas possible de prendre cet évangile, car cela aurait consisté à figer, à un moment donné, l’appel du Seigneur, un appel que mon ami Mathieu évoquait, et qui m’a fait entrer au séminaire en 1981, un appel que j’avais perçu dans la Cathédrale d’Aix en 1978, alors que j’avais 20 ans, au moment de mes études de sciences politiques. 


Or, on ne peut pas figer à un seul moment l’appel du Seigneur, parce que l’appel se fait tout au long d’une vie, parce que nous, Chrétiens, nous avons foi en un Dieu transcendant et immanent. 


Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous croyons à cet appel radical, à cet appel vertical venu d’en haut, donc transcendant ! Mais c’est aussi un appel qui, ensuite, se décline, et se déploie, au travers de visages concrets et, si depuis 30 ans je suis prêtre, je n’ai jamais été un prêtre seul, isolé, car cela n’aurait aucun sens ! Par conséquent, aujourd’hui, on ne célèbre pas la personne de « Pierre », mais l’on célèbre un sacerdoce à travers lequel chacune, chacun d’entre vous avez pris votre part.
Ainsi, ai-je choisi cet évangile - l’ouvrier de la 11ème heure -, pour nous rappeler que cette journée évoquée dans ces versets, représente en réalité notre existence et que le Seigneur est sorti à la première heure, puis qu’il est revenu et revenu encore et encore, de telle sorte que cet appel s’est déployé à travers des vagues successives de rencontres que l’on fait, quand on est prêtre, mais que nous faisons tous dans nos existences, parce que au travers de celles-ci, on a pu rencontrer Dieu au travers d’un mariage, d’un baptême, d’un événement heureux ou malheureux… Dès lors, le Seigneur réitère constamment cet appel, il revient et il revient encore et jusqu’à la fin de notre histoire individuelle, singulière, et de notre histoire collective. Le Seigneur ne cesse de revenir !


En ce sens, ce qui nous est demandé, mes Amis, c’est d’être dans une écoute noétique, c'est-à-dire, l’écoute dans l’esprit, dans le Souffle divin, l’écoute du Très-Haut. C’était ce que nous rapportait le Premier Livre des Rois qu’Isabelle nous a proclamé. Oui, ce texte de l’Écriture qui stipule que le Prophète écoute le Seigneur non dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, pas plus que pas dans le feu, mais dans la brise légère, brise légère de la rencontre avec celui qui souffre, qui n’est plus reconnu, brise légère avec le conjoint, brise légère entendue dans tous ces événements de la vie que nous traversons au quotidien et qui ne sont que ces recommencements de l’Appel Sacré de Celui qui nous dit « Alors, où es-tu ? Es –tu prêt à me suivre, toi que j’ai aimé, toi que j’ai cherché, toi que j’ai appelé ? » 


Et chacune, chacun, nous avons à réentendre cela… alors, en écho, l’Epitre de St Paul aux Ephésiens nous disait que nous sommes appelés à vivre une seule foi. Oui, l’Unité, mes Amis, ce n’est pas, d’abord, d’être dans une rencontre oecuménique avec le Frère protestant, catholique romain, orthodoxe, mais l’Unité consiste d’abord à entendre que nous devons faire l’unité de notre propre existence, en nous reliant à l’Unique, pour accueillir et amplifier l’œuvre du Tout Autre, l’œuvre avec le Tout Autre, l’œuvre pour le Tout Autre, et tout ce que nous pourrions envisager comme des ruptures, des échecs, sont des moments où le Seigneur nous a dit , au cœur du tombeau « Mais tu peux te relever ». 


Nous sommes dans un processus qui, peu à peu, nous façonne pour devenir, au-delà des aléas, cet être nouveau, cet être radical, celui qui est le Vivant pour toujours. Ce matin, je voudrais tellement vous dire de choses ! Oui, Madeleine, c’est vrai, nous avons essayé de créer cette paroisse, mais ce n’est pas nous qui avons créé cette paroisse ; ce n’est pas plus moi que vous, ou plus vous que moi, et je veux saluer au passage le travail merveilleux qu’accomplit le Père Daniel dans l’accompagnement des malades, dans la volonté de vouloir créer des ponts entre les uns et les autres, de réaliser cette belle entente entre nous tous, soutenu par Gisèle, son épouse, chef de chœur. 


Mais, entendons que tout cela n’est pas l’œuvre de Tel ou Tel, c’est celle du Seigneur, et, ce matin donc, par ce jubilé, soyons dans la joie, la joie d’entendre que notre vie a un sens et que ce sens c’est de répondre à cet appel irrépressible, un appel qui fait que notre existence est une rencontre avec ce Dieu Vivant qui se donne à nous, au travers de chacun, de chacune et, dés lors, l’éthique qui peut en découler n’est pas une morale que nous vivrions au nom de la foi par devoir, mais l’éthique comme l’expérience de Dieu qui s’incarne au travers de chacune et de chacun d’entre.


Par conséquent, ce Jubilé ce n’est pas celui de l’anniversaire de Pierre, il est 

celui de l’Eglise, ce corps mystique que nous devenons ensemble, jour après jour, mois après mois, année après année.
J’ai eu la grâce de rencontrer des êtres exceptionnels. Il y a eu mes Parrain et Marraine ; mon Parrain qui aujourd’hui, de façon tonitruante, affirme son athéisme ! ». Nous sommes nombreux à lui rétorquer : « tu as raison, sois athée  du dieu des religions, car le Dieu de Jésus-Christ n’est pas cela » Et, de fait, il est toujours dans la foi, cette foi qu’il partageait avec ma Marraine Louisette. 


Ces deux témoins qui m’ont soutenu, avec mes parents, lesquels étaient engagés dans le service des Hommes, par le syndicalisme, la politique, mais aussi engagés dans la vie de l’Eglise, tous ceux-là ont tout donné pour l’Eglise jusqu’à faire des choix radicaux de vie. Cela résonnait avec « l’option préférentielle pour les pauvres ! » 


Puis il y a eu tellement d’autres témoins ! J’ai été heureux d’entendre Mathieu, mon ami, lequel a retracé tellement d’événements… Et tout cela constitue l’Eglise… Ce matin, si nous devions entendre un message, c’est l’appel à vivre l’Eglise qui n’est pas une chapelle, ni un rituel. L’Eglise c’est cette capacité à être dans le décentrement de soi pour aller à la rencontre de celui qui se donne à nous ! 


Le cœur de notre foi n’est pas de dire « Dieu existe » mais c’est de proclamer l’incarnation de Dieu qui a pris notre condition humaine jusque dans la mort et qu’il est ressuscité. Dés lors, pour vivre une rencontre, il nous faut vivre l’expérience de la mort, mourir à ce que l’on croit, mourir à ce que l’on cherche, mourir à ce que l’on revendique pour ressusciter, pour se laisser définir, décentrer par le visage de l’Autre, qu’il soit le conjoint, l’enfant, l’ami ; et même si parfois nous sommes agacés, entendre cet autrement qui nous est proposé. 


Là est le temps de l’Eglise, le temps du Corps Mystique du Christ, une expérience que l’on peut vivre dans le couple, dans les amitiés, dans toutes les rencontres, et que nous allons signifier dans ce moment sublime, que l’on appelle « l’Eucharistie » où, à travers le pain et le vin consacrés, nous faisons mémoire que cette Sainte Présence du Christ, dans chacune de nos pauvres vies. 


Tel est le message qu’il nous faut entendre et, alors, oui, nous serons de plus en plus pratiquants, mais pratiquants de cette Eucharistie, de cette Liturgie qui nous recréent, qui nous appellent, nous façonnent, pour nous mettre en expansion en développant en nous la force de vivre une éthique où, plus que de proclamer la foi de manière catéchétique, nous serons dans l’Etre de la Foi, qui devient une catéchèse ! 


Mes Amis, trente ans ce n’est rien, mais c’est un bout de chemin de l’Église. Cependant, l’Église ce sont 2000 ans d’histoire et, au-delà de ces 2000 ans, ce sont plus de 5000 ans d’expérience qui ont porté haut les couleurs de la Foi, depuis le Premier Testament. Ainsi, puissions-nous vivre cette foi, ce matin, chacune, chacun, en faisant mémoire de nos propres chemins, de nos mariages, nos propres échecs, nos divorces, nos remariages, nos diverses blessures, peu importe… Faisons mémoire de tout nos chemins heureux et malheureux et alors, je vous le dis, ce jubilé ne sera pas la consécration d’un homme, ni la consécration de son sacerdoce ministériel, mais cela deviendra la consécration du sacerdoce du Peuple Royal, du Peuple de Dieu que nous sommes toutes et tous. 


Aussi, à l’issue de cette petite homélie, ressentant les vibrations de tous ceux qui nous ont précédés dans la Foi et qui nous ont permis de porter haut les couleurs de l’Évangile, par leurs présences qui nous accompagnent dans l’invisible, en communion aussi avec le monde actuel en souffrance avec les attentats, la peur de la violence, les guerres, la haine de l’autre, l’angoisse des ruptures les plus diverses, forts de tout cela, nous allons faire mémoire de Celui qui, jour après jour, nous visite, nous rencontre, nous appelle, et ce depuis la première heure jusqu’à la dernière de notre vie. Oui, ayons la conscience que sommes visités, depuis toujours et pour toujours !


A l’issue de cette homélie, prenons quelques instants pour faire mémoire de Celui qui, au fil de nos jours, nous dit ces simples mots : « JE T’AIME ! ». »


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