Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 25 juin 2017


Jr 20, 10 - 13 

 Rm, 5, 12 - 15 

Mt 10, 26 - 33


Mes amis, l’Evangile que nous venons d’écouter de St Matthieu, appartient à ce qu’on appelle l’eschatologie, la fin des temps. Et par conséquent l’évangéliste nous présente les choses d’une manière un petit peu radicale pour ne pas dire caricaturale, mais c’est en réalité pour nous mettre dans le questionnement : quelle est notre option de vie ? Choisissons-nous Dieu ou choisissons-nous le monde de l’apparence ? Mais cette présentation avec 2 000 ans de distance, elle pourrait quelque part nous gêner car effectivement c’est une présentation qui semble dire que Dieu sait tout à l’avance. Le Père a compté nos cheveux autrement dit tout ce qui arrive est de l’ordre de Dieu. Alors oui, affirmons-le ce matin, tout ce qui arrive est de l’ordre de Dieu. La question qui se pose à nous ce matin est de quel Dieu parlons-nous ? Quelle est notre représentation de Dieu ? Est-ce une espèce de dieu fouettard qui serait qui serait comme cela dans le ciel à attendre que nous fassions le bien ou le mal et en fonction de nos agissements nous serions ou alors récompensés ou alors jetés dans le feu de la jéenne comme le dit l’Evangile. 


Pour avoir une approche un peu plus subtile, il me semble que la 2ième lecture, l’Epitre de Paul aux Romains, donne des clés. Là aussi le texte apparaît un peu hermétique, mais si on entre mieux dans le texte, on va en voir alors toute la richesse et comment ça vient répondre à la question « quelle représentation faisons-nous de Dieu ». En effet Paul nous parle des deux Adam. Il nous parle du premier Adam et il nous parle de celui qui a été avant la loi de Moïse. Autrement dit, il nous dit que par un seul est venu le mal et le péché dans le monde, et la loi de Moïse est venue le mettre en lumière ; elle est venue le révéler. Mais ce premier Adam mes amis, ce n’est pas le premier homme, au sens où il y aurait le commencement de l’humanité, et tout ce que nous disent aujourd’hui les chercheurs sur l’évolution, sur cette espèce de progression qui s’est faite sur l’humanité, dans la prise de conscience d’elle-même ; toutes ces découvertes que nous faisons qui nous ramènent à des centaines de milliers d’années en arrière, n’ont rien d’incompatible avec le texte de Paul, car le premier Adam qui vient comme placer le péché dans le monde, ce n’est pas le premier homme qui aurait mal fait et dont nous serions les héritiers pauvres et malheureux. Mais ce premier homme mes amis, c’est l’homme ontologique, (cela veut dire que c’est l’homme intérieur, en nous ; en chacun de nous, depuis les commencements du monde, depuis que l’homme est homme ; depuis que l’humanité est apparue et depuis que nous-mêmes nous sommes apparus. Nous portons cette vieille humanité. Une humanité qui est comme amnésique, une humanité qui est dans une espèce de voile qui ne lui permet pas de percevoir profondément ce pourquoi elle est vivante ici-bas. Et dans cette forme d’amnésie, oui, il y a des voiles, des qui se placent devant nos yeux, des voiles qui se placent devant notre conscience, et cette première révélation dont parle St Paul, la loi de Moïse est venue mettre en exergue cette réalité pour à travers la loi, nous apprendre à trouver un chemin pédagogique, un chemin éthique qui permettrait petit à petit de s’approcher de la réalité en se défaisant de tous ces voiles.


La nouvelle révélation que nous apporte le Christ elle va au delà ; ce n’est plus une loi, c’est ce que Saint Paul appelle le nouvel Adam, c’est à dire celui qui accueillant le souffle d’en haut, le souffle divin que l’on va appeler le Père, alors nous avons une pleine conscience de ce qui est et nous n’avons plus besoin de prescription, nous n’avons plus besoin de la loi, et notamment de la loi de Moïse. Cette loi n’est pas rejetée, elle va être accomplie. Et elle va être accomplie dans le sens où fort de ce que nous sommes instruits de l’Esprit Saint du Souffle du Père, alors nous pouvons réellement vivre le dévoilement en plénitude ; comprendre le sens des choses.


Vous allez me dire : « Mais quel est le rapport avec ce que vous nous disiez précédemment sur la représentation que nous nous faisons de Dieu ? » Et bien Dieu n’est pas une espèce de grand personnage qui, comme cela serait au dessus de nous, mais chaque fois que nous sommes dans cette capacité à vouloir comprendre l’événement, à le discerner, à le replacer dans la perspective de ce que nous attendons, de ce que nous croyons, de ce que nous recherchons, et bien, nous faisons émerger le Divin, nous dévoilons le plan divin, nous devenons ce divin. Autrement dit, il n’y a pas un dieu dans le ciel et nous pauvres hommes qui devrions obéir à une loi divine, mais il y a en nous cette capacité à devenir divin chaque fois que nous ne vivons pas simplement le rapport à l’histoire comme une espèce de moment où nous subirions les évènements mais où nous sommes plus grands que l’événement et où nous allons lui donner du sens. Quel sens je vais donner à la mort ? Quel sens je vais donner à la souffrance ? Quel sens je vais donner à l’injustice ? et à travers cette mort, cette souffrance, ces injustices, ces difficultés de la vie vais-je simplement subir où vais-je au contraire non seulement chercher le sens mais à travers ce sens, devenir acteur de l’histoire ? transformer l’Histoire, redonner de la beauté à l’Histoire, dire que l’homme est digne, dire que l’homme est grand ; lui permettre la vie, lui permettre de se développer pleinement, singulièrement, communautairement, collectivement au niveau de tous les peuples avec l’ensemble de la création. Et alors oui, nous entrons en conflit ; c’est ce que va dire le Prophète Jérémy parce que vivre cela, nous conduits à être en conflit avec les intérêts égoïstes avec les intérêts particuliers pour dire que la terre appartient à tous, pour dire que chaque personne est une image de Dieu, et par conséquent là nous entrons dans le véritable combat divin ; donner la place à chacun, rendre la justice, permettre la miséricorde, développer l’amour, vivre la véritable éthique, mais non pas comme une loi, mais réellement comme cet Esprit, l’Esprit Divin qui fait de nous des êtres Divin.


Voilà ce dont il est question ce matin mes amis, dans l’Evangile ; et le dévoilement alors, c’est d’être capable d’écarquiller nos yeux pour voir la réalité de ce qu’elle est et non de ce qu’elle apparaît. Et la réalité c’est ce que nous en ferons car nous avons à bâtir l’histoire à partir de ce qui nous est confié, dont nous sommes dépositaires.


Alors, comme Jérémy vivons le Combat de Dieu ; mais pas un combat qui dirait : « les croyants sont mieux que les incroyants ; telle religion est mieux que l’autre, mais le combat du Divin, c’est à dire le combat de la lumière sur la ténèbres, le combat de l’Amour sur la haine, le combat de l’injustice devant l’iniquité ; oui, réellement Là, aucun de nos cheveux ne sera méprisés car tout sera ordonné au Divin. Oui, réellement nous pourrons dire : « Oui, notre vie à value le coup d’être vécue, car notre vie est réellement le Ciel sur la terre. Amen