Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 2 février 2014


Ex 13, 1 – 3 et 11-13

He 9, 1-7 et 11- 15

Lc 2, 22- 32

 

     Les textes que nous avons entendus ce matin peuvent paraître un peu complexes, et pourtant, ils sont tout à fait éclairants, surtout pour nous qui nous situons dans le climat, dans la tradition orthodoxe.


     D’abord cette deuxième lecture, tirée de l’Epître aux Hébreux, qui nous décrit de manière étonnante ce qui est la configuration de notre chapelle, de n os églises orthodoxes, avec le saint et le saint des saints. Et dans ce rapport entre le saint et le saint des saints, bien sûr, il y a toute une symbolique pour passer de la terre au ciel. Et ce faisant, au travers du culte avec la célébration par le prêtre ou le diacre, nous nous rappelons que nous sommes promus à un chemin de déification, c’est-à-dire à un arrachement d’une condition fermée, bloquée, d’une condition qui apparaîtrait comme blessée, à une condition d’expansion, à une condition d’éternité, à une condition de vie éternelle.


     Le rapport entre le saint et le saint des saints, c’est vraiment cet étirement pour monter vers la plénitude de nous-mêmes que nous trouvons en Dieu. Dès lors, lorsque nous sommes dans une célébration au travers d’un rituel, nous manifestons dans la matière au travers de symboles, au travers d’images ce qui doit devenir une réalité existentielle, ontologique, c’est-à-dire en nous – mêmes et par là, au travers de ces images que nous plaçons chaque dimanche, nous nous rappelons ce qui doit être notre chemin. C’est exactement ce que va signifier Moïse dans le Livre de l’Exode, où il commence par dire " rappelez-vous, vous avez été esclaves en Egypte ". Il y a une polémique aujourd’hui qui consiste à dire, selon certains historiens, que, peut-être, les Hébreux n’auraient pas été en Egypte autant esclaves qu’on ne le dit ; mais peu importe, la question n’est pas de dire exactement comment les choses ont été d’un point de vue historique, Mais la question est de dire comment symboliquement cette expression, proclamée dans le livre de l’Exode, est une manière de nous rejoindre, car l’esclavage en Egypte, ce sont toutes nos formes d’esclavage, c’est-à-dire cette terre qui peut nous retenir, nous laisser dans l’illusion que tout serait ici-bas l’essentiel et, oubliant notre condition, d’aller vers une plénitude.  Par un rituel, Moïse va dire :" Rappelez vous, rappelez vous que vous avez été esclaves " et pour nous le rappeler, nous allons vivre un  rituel. Et ce rituel va être ce que vont vivre nos Frères juifs, les hébreux d’hier, les juifs d’aujourd’hui et ce que va donc proposer Moïse au travers d’un certain nombre de prescriptions.


     C’est ce que va vivre la Sainte Famille en allant au temple pour présenter leur enfant, Jésus, et dans cette présentation, on va vivre ce qui est demandé dans le rituel, c’est-à-dire des holocaustes, et par ces holocaustes, manifester cette alliance avec Dieu, ce désir d’aller de la terre vers le ciel. Au moment où ils présentent leur enfant et où ils sont dans ce processus ritualiste, qui était toujours vécu par tous les prêtres, qui accueillaient les enfants, qui accueillaient le peuple et accueillaient ceux qui étaient élus, c’est-à-dire les enfants d’Israël ; voici qu’apparaît cette prophétie du vieux Siméon " Maintenant Ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix,  car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples ". Tout est dit, car dans cette prière, Siméon nous ramène à l’essentiel, nous ne sommes pas dans un simple ritualisme, mais au travers de ce rituel, nous sommes dans cette espérance d’un salut à venir, la terre qui va être épousée par le ciel, autrement dit, cette dimension spirituelle qui saisit le cœur de l’homme, qui lui rappelle qu’il n’est pas fait pour la mort mais qu’il est fait pour la vie, et que chaque  fois qu’il va rencontrer une difficulté, une limite, une finitude, il est interrogé sur sa capacité à se dépasser, sur sa capacité d’inventivité pour permettre à la vie de passer autrement. D’où ce qui sera décliné au travers de la paix, car là où il y a la guerre, il doit y avoir la paix. Tout ce qui sera décliné dans l’éthique, car là où l’homme bute dans des difficultés, l’homme doit être capable d’inventer autrement le monde, et dans cette inventivité il déploie le génie que Dieu a mis en lui. Oui, c’est cela la préparation du salut : aller vers la vie à laquelle Dieu nous invite, à laquelle Dieu nous convoque.  Dans cette prière de Siméon, il y a plus que cela. Il y a cette reconnaissance que, tout à coup, cet enfant que l’on présente n’est pas simplement un enfant d’Israël, il est le Fils de Dieu, il est Celui qui était tant attendu, il est le Messie, il est le Christ, il est véritablement cette manifestation divine.


     St Paul, dans son épître aux Hébreux, dira alors que nous ne sommes plus dans des principes qui se limitent à un rituel, nous ne sommes plus dans des prêtres qui chaque fois vont renouveler le sacrifice, mais nous sommes dans le principe éternel, celui qui sauve une fois pour toutes. Le Christ qui, par son sang, par son sacrifice, permet de façon définitive le salut à l’homme. Désormais, lorsque nous approchons du saint pour aller vers le saint des saints, nous ne sommes plus dans simplement une image, mais dans la réalité de cette transformation ; en touchant au Christ, nous touchons à cette vie qui a déjà été inaugurée depuis deux mille ans, et cette vie qui se poursuit ; désormais nous ne sommes donc plus dans une image, mais nous sommes dans cette présence de la Vie éternelle proposée dès ici bas, maintenant. Et c’est pour cela qu’il y a urgence pour nous à nous saisir du Seigneur, car dans ce saisissement nous ne sommes plus dans le temps de la promesse, nous ne sommes plus dans le temps du premier Testament, mais nous sommes dans le temps définitif en Dieu, par le Christ qui nous donne accès au Père, en nous insufflant la vie, le souffle, l’Esprit, l’Esprit Saint.


     Mes amis, comprenons donc que dans chaque célébration eucharistique, nous touchons à ce mystère de la sainte Présence, nous touchons à ce mystère de la proximité de Dieu. Nous ne sommes plus dans le regard vers une dimension éthérée, mais nous sommes dans la contemplation de Celui qui nous rejoint et qui nous dit " Aujourd’hui, avec toi, je vais permettre la vie ".


     Ainsi, lorsque nous allons communier, lorsque nous entendons la Parole, lorsque nous prions, lorsque nous manduquons la parole de Dieu, ayons cette conscience dont parle st Paul, cette conscience ouverte - Seigneur, tu es présent - et dans cette présence, nous ne serons plus simplement les enfants d’Israël qui cherchent le salut, mais nous deviendrons les enfants du Nouvel Israël,  le Christ habitant en nous, faisant de nous le saint des saints, car le saint des saints n’est plus désormais un lieu, une chapelle, une église, mais le saint des saints devient le cœur de l’homme, et, au cœur de cet homme, le salut est accompli,  le monde est régénéré et quoi qu’il advienne nous sommes sauvés en Jésus Christ .

Amen