Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie de Pierre (Colombani), dimanche 9 septembre 2012

Recteur de la Paroisse

Le Christ, maître de la Vie

Père Pierre Colombani


1 R 17, 17 à 23 ; Ga 5, 25 à 6, 10 ; Lc 7, 11 à 17


Frères et sœurs, ce matin dans cet Epître aux Galates, Paul nous interpelle par ce mot : « Vous les spirituels. » Il nous qualifie donc de spirituels et si nous revenons à cette racine latine, « spiritus », les spirituels sont donc ceux qui sont insufflés, portés par le Souffle divin, par l’Esprit saint. Effectivement, son propos, dans l’Epître aux Galates, est assez radical. Allons-nous semer dans la chair ou dans l’esprit ? On ne se moque pas de Dieu ! Au cours de cette année pastorale, avec le conseil paroissial, nous avons pris la décision de revenir sur cette question existentielle : Quelle est notre foi en Jésus-Christ ? Ce thème peut paraître un petit peu hallucinant car nous sommes de vieux chrétiens. Nous portons des décennies d’histoires de la Croix, mais il faut revenir sur cette question car il me semble que, actuellement et comme toujours, nous sommes assaillis par deux tendances qui nous imprègnent, qui font que parfois au delà des mots nous sommes emportés. 

Oui il y a deux tendances aujourd’hui en ce monde. La tendance de l’hédonisme et celle de l’appropriation divine. La tendance de l’hédonisme consiste à croire que la vie se suffit en elle-même, comme dans une sorte de surface et que le matériel pourrait répondre à toute notre quête. Il ne s’agit pas de faire le procès de la question du matérialisme, car il est une forme de travail de l’intelligence humaine et donc de prolongement de la création de Dieu, à condition que tout ce matériel dont nous disposons aujourd’hui et qui est une forme de bénédiction, soit toujours finalisé. Quelle merveille que ces autoroutes de la communication, internet, tous les moyens nouveaux dont nous disposons ; quelle merveille à condition que nous finalisions toujours, c’est-à-dire que nous précisions au service de qui, au service de quoi, pour quelle quête, pour quel port ? Et là nous nous apercevons que souvent, malgré nous, alors que nous nous disons : « je suis croyant », nous sommes emportés par un flot de matérialisme qui fait que nous nous vivons comme des éternels dans un monde passager. Et nous plaçons l’essentiel dans ce qui est secondaire. Il y a là un véritable dilemme pour nous, si nous voulons nous placer comme des spirituels, si nous voulons semer dans l’Esprit, comment allons-nous éduquer tout ce matériel dont nous disposons pour faire en sorte qu’il soit un chemin de rencontre avec le Divin et non pas un chemin de rupture. Et là, bien sûr, se pose à nous la question de l’éthique profonde : « Comment faire en sorte que ce matériel soit un moyen de communication, de communion, de partage réel, avec le frère, la sœur, pour vivre non pas simplement une morale qui consisterait à dire : nous devons être généreux, mais pour vivre cette morale profonde : lorsque je te rencontre mon frère, plus que toi je rencontre Celui qui t’habite et m’habite ? C’est donc ce 1er défi qui nous est lancé dans ce monde hédoniste, matérialiste. Sommes-nous prêts à être enracinés pour ne pas nous laisser emporter ? Et pour cela bien sûr : éduquer le matériel, cela veut dire rester maître et donc nous plonger dans la méditation, la prière, non pas pour fuir le monde, mais pour réellement replacer le monde pour ce qu’il est : une création en devenir, une question que Dieu nous pose : aujourd’hui, Où es-tu ? Et là, pouvoir répondre au travers de cette matérialité du monde. 

Un 2ème défi nous est lancé, c’est celui de l’appropriation divine. Vous l’entendez tous les jours, on nous parle de réincarnation, de vie antérieure. Pourquoi pas, peut-être ? Mais quelle va être notre compréhension de la vie derrière cette vision des vies antérieures, du karmique, des réincarnations. Et là, nous trouvons alors cette prétention, non plus de l’Homme à vouloir maîtriser la vie par le matériel, mais vouloir la maîtriser en gagnant d’autres vies, comme si l’Homme par lui-même devenant meilleur pouvait éviter de retomber dans des affres qu’il a pu connaître antérieurement . Et avec ce socle de philosophie, nous voyons se développer une compréhension qui n’est pas loin de ceux qui vont se référer au grand architecte de l’univers, c'est-à-dire une compréhension du Divin où l’Homme s’approprie Dieu, c'est-à-dire qu’il instrumentalise Dieu, il devient Dieu lui-même. C'est-à-dire que par ses efforts, par ses volontés, ses décisions, il va pouvoir orienter et réorienter sa vie et faire en sorte d’éviter peut-être de revenir une, deux, dix fois, vingt fois, et il sera là mieux vivant. Oui mes amis, c’est le 2ème défi qui nous est lancé. Parce que derrière le défi du matérialisme ou derrière le défi de cette appropriation du divin se pose en nous la question : Mais que croyons-nous du Christ, que croyons-nous de Jésus ? Or la tradition chrétienne nous dit que Christ Jésus est le maître de la vie. Il est Celui qui seul nous donne la vie. Il n’est donc pas question de croire que parce que je serais plein de matériel, je serais vivant ; ou de croire que parce que je ferais bien, j’éviterais d’autres vies qui pourraient m’être demandées dans une sorte de karmas qui s’amoncelleraient. 

Jésus est le maître de la vie ! Si nous saisissons cela, nous saisissons alors à quel point il nous est donné quelque chose d’extraordinaire. C’est que embrasser le Christ, c’est embrasser la vie en totalité, qui certes peut s’exercer au travers de la matérialité du monde, mais le Christ la transcende, la dépasse, ô combien ! Ce n’est pas nous qui nous sauvons, ce n’est pas nous qui aurons le salut par notre effort. Mais ce Salut nous est donné gratuitement, et ce qui nous est demandé, c’est de l’accueillir. Tel est le sens de cette rencontre de Jésus dans l’Evangile de Luc avec cette pauvre veuve qui pleure ce fils qu’elle vient de perdre. Jésus se présente à elle comme le maître de la vie. Celui qui va ressusciter annonce qu’Il permet la résurrection à tous. Et par là nous entendons déjà ce prémisse évoqué dans le 1er livre des Rois, lorsque Elie va s’étendre sur le fils de cette pauvre veuve qui vient de perdre son enfant et celle-ci retrouvant son fils dira : «Tu es vraiment l’envoyé de Dieu. » Cette femme est une spirituelle, parce qu’elle reconnaît que l’envoyé de Dieu n’est pas celui qui va lui donner de la matérialité, ( j’ai besoin d’argent, j’ai besoin de pouvoir, de moyens.) 

L’envoyé de Dieu, n’est pas celui qui va lui dire, peut-être qu’un jour ta vie sera sauvée à condition que tu fasses un certain nombre d’efforts ; mais je te reconnais comme l’envoyé de Dieu parce que toi tu as appelé le Divin et la vie est là en mon fils. Et cette femme est spirituelle au sens où elle se laisse embraser, envahir par le Souffle divin et elle entre dans ce mouvement qui est celui du Christ. Le Christ est le maître de la vie. Et quand st Paul nous dira : « Ne semez pas dans la chair, mais semez dans l’Esprit ! », il nous interroge sur cette foi profonde. Et nous, cette année, en prenant ce thème : quelle est notre foi en Jésus Christ ? c’est bien cela qui nous est demandé : « Crois-tu, au plus profond de toi, que c’est par le Christ que tu toucheras à la Vie ? ou crois-tu que le Christ est un élément culturel, religieux, parmi tant d’autres, avec lequel tu peux faire, et tu pourrais faire aussi avec d’autres. » Si c’est cela notre foi alors elle est mièvre, tiède. Alors nous ne sommes pas dignes d’être appelés spirituels et nous nous amusons de Dieu. Posons- nous cette question, mes amis, et si réellement au plus profond de nous, nous croyons que c’est le Christ qui nous donne la vie, alors vivons comme des Vivants, prenons le temps de prier parce qu’Il est Vivant, que ce n’est pas un apparat, ce n’est pas une sorte de surface lorsqu’on va dire : Dieu, le Christ, l’Esprit. Mais Il est là, Il attend, Il nous espère, Il nous guette. Prions Le, c'est-à-dire soyons reliés à Lui. Et reliés à Lui, alors oui, nous pourrons transformer nos histoire de l’intérieur et l’histoire de ce monde, et faire en sorte que ce monde devienne vivant non pas dans des proclamations, des décisions, mais véritablement comme ceux qui se laissent insuffler. Hier nous fêtions la nativité de la Vierge. 

Eh bien c’est ce que nous apprends Marie, elle nous apprend à être réceptacle d’un Esprit par lequel nous pourrons devenir vivant à l’image de Celui qui est le prince de la vie. 

Amen.