Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 8 février 2015


Jr 12, 10 - 13a
Ga 5, 13 – 6, 2
Lc 8, 4 -15


Nous avons souvent entendu cette parabole du semeur, et pourtant, il nous faut encore l’entendre ce matin. Ne soyons pas dualistes et ne pensons pas qu’il y aurait les bons et les méchants, ceux qui auraient entendu la parole et ceux qui ne l’entendraient pas ou ne la recevraient pas. Cette parabole s’adresse à nous dans toutes ses facettes. Nous sommes l’homme ou la femme au bord du chemin, de la pierraille, des épines, et quelques fois aussi de la bonne terre. Ainsi ce matin, par cette parabole, l’Eglise nous invite dans cette liturgie à revenir en profondeur sur nous-mêmes et à nous regarder en totalité.


D’abord, il y a ces moments où nous sommes au bord du chemin. Dans l’Evangile, le Seigneur nous dit que ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui se laissent prendre par le diable, le diabolos, celui qui met en deux. Oui, parfois nous sommes dans cette séparation. Concrètement ce sont ces moments où nous sommes tiraillés en nous-mêmes, entre notre désir de répondre au Seigneur et ce désir profond d’être par nous-mêmes, pour nous-mêmes. C’est une sorte de séparation où nous sommes dans un combat, dont parle St Paul dans son épître aux Galates, car effectivement l’impureté dont il parle, la liste qu’il fait, vient nous rejoindre dans certains comportements. Ces comportements sont souvent le fruit du fait que nous sommes divisés en nous-mêmes, au point que nous ne savons plus où est la volonté du Père, où est la volonté de Dieu. Nous voudrions répondre, mais nous n’arrivons plus à donner la bonne réponse parce que, pour nous, le discernement est comme perdu. Nous n’arrivons plus à voir le port, nous ne trouvons plus la finalité. Le diable est celui qui nous met dans la confusion. Dans ces moments où nous perdons pieds, où nous désespérons de nous-mêmes, de la vie, où nous aurions envie de tout laisser, rappelons-nous cette parabole qui vient nous dire : attention, dans ces moments-là, tu es l’enfant du diabolos. Plutôt que de nous laisser entraîner vers le fond à dire je n’en peux plus, je vais tout laisser, faisant mémoire de ce diabolos dont parle Jésus, remettons-nous dans le chemin pour dire Seigneur je ne sais plus mais sauve-moi. Tout à coup, la parole reprend toute sa dimension, sa réalité, car la parole, ce n’est pas simplement une parole qui viendrait nous dire la bonne destinée de l’homme au nom de Dieu, mais cette parole vient nous dire que nous sommes enfants de Dieu et qu’à ce titre, nous sommes élus, sauvés, appelés, espérés dans l’eden du Seigneur. Aussi, plus fort que notre désespoir, il y a cet appel pressant du Seigneur qui nous dit : viens, suis-moi, n’aie pas peur. Dans ces moments où nous sommes au bord du chemin pris par le diabolos, faisons mémoire de la parole et manduquant cette parole, retrouvons cet appel des profondeurs, où nous sommes réajustés au chemin.


Il y a ensuite l’homme ou la femme de la pierraille, c’est-à-dire sans racine. Oui, parfois, nous n’avons pas de racine, cela veut dire que nous pouvons nous exalter, nous entendons une belle homélie, un bel enseignement, nous lisons un livre merveilleux, et tout à coup, nous sommes dans une sorte de joie et très vite tout retombe, parce qu’il y a la vie, l’habitude, la poussière du temps. Dans ces moments-là, cette poussière du temps ne doit pas pour autant nous laisser être désaxés. Il nous faut revenir à l’essentiel pour nous réajuster, c’est-à-dire que si nous sommes sans racine, nous perdrons pieds. Avoir des racines, veut dire trouver son fondement dans la prière. 


Non seulement, il y a la parole qui me permettra d’éviter le diabolos, mais il y a aussi la prière qui me permet de m’enraciner, car si je ne suis pas un priant, alors oui, je ne suis l’homme ou la femme que d’un instant, que d’un moment. L’homme ou la femme enraciné, c’est le priant, celui que St Paul appelle dans son épître aux Galates, le spirituel. « Vous les spirituels », dit St Paul. Le spirituel, c’est l’inspiré. Mais comment être inspirés si nous ne sommes plus des priants. Prendre un seul moment dans la journée pour nous retourner vers la Seigneur et être dans cette communication, dans cette communion avec Lui parce qu’Il est le Vivant.


Ne pas être au bord du chemin, combattre le diabolos, en étant dans l’écoute de la parole, ne pas être l’homme ou la femme d’un instant dans la pierraille en étant enracinés dans la prière et ce troisième moment proposé par Jésus dans cette méditation de la parabole : ceux qui sont étouffés par les épines, c’est-à-dire par un monde qui nous entraîne là où ne voudrions pas aller. Nous le savons, notre monde est un monde de consumérisme, de la consommation où on ne cesse de nous vanter tel ou tel bien, et dans ce monde du gadget, de la tablette, du dernier iphone ou ipad, on est comme perdu et on s’imagine que l’essentiel va se jouer dans la possession de tel ou tel bien. Or, nous savons bien que ce n’est pas cela qui va nous apporter la question du sens, du bonheur, de ce dépassement de nous-mêmes. Lorsque nous sommes pris par ces épines qui nous étouffent, nous perdons pieds parce que nous oublions la destinée véritable. Pour éviter cela, il n’y a qu’une seule dimension, c’est celle de l’Eucharistie, qui nous permet de revenir à l’essentiel. Ceci n’est pas que du pain, ceci n’est pas que du vin, mais dans le pain et le vin, il y a cette présence irréductible. Nous ne sommes pas qu’un corps mortel, mais dans notre corps mortel, il y a cette présence irréductible. Le monde qui nous environne n’est pas qu’apparence, mais il y a cette présence irréductible, Dieu présent depuis la nuit des temps et jusqu’à la fin des temps, Dieu présent qui nous accompagne, celui qui nous a dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».
Ainsi, pour ne pas être perdu sur le bord du chemin par la diabolos, revenons à la parole, pour ne pas être perdu dans ces rocailles où nous n’aurions plus de racines, revenons aux fondements de la prière, pour ne pas être étouffés par les épines, revenons à l’Eucharistie.


Alors par la manducation de la parole, par la prière, par l’Eucharistie, nous déboucherons sur la bonne terre, celle qui va donner du fruit. Mais la bonne terre, ce n’est pas d’être mieux que les autres, c’est celle qui s’est laissée travailler. Pour être de cette terre, pour être travaillés, il nous faut être enracinés dans la parole, labourés par l’Eucharistie, élevés par la prière. C’est le temps de la bonne terre, la terre de l’Eden, de l’Adam nouveau, l’adama, celui qui, étiré de la vieille terre, va aller vers Eva, l’être de vie. Marie, celle que nous vénérons comme la mère de Dieu, nous dit que nous sommes appelés nous-mêmes à devenir mère de Dieu en enfantant le divin autour de nous. Etre des spirituels, c’est être dans cette capacité d’enfanter Dieu.
Regardons nos existences, conjugales, familiales, professionnelles, dans les relations les plus quotidiennes. Comment faisons-nous naître Dieu ? Sommes–nous toujours repliés sur nous-mêmes, sur nos certitudes, sur nos peurs ou sommes-nous dans ce désir du Royaume ?


Le désir du Royaume se travaille. Aussi quand Jésus nous dit qu’Il parle en parabole pour que ceux qui voient ne voient plus, et que ceux qui ne voyaient pas puissent voir, que ceux qui entendaient n’entendent plus et que ceux qui n’entendaient pas entendent, il veut nous faire comprendre que le Royaume n’est pas donné comme cela, mais le Royaume s’arrache parce qu’il suppose notre liberté, notre désir profond. Sommes-nous désireux de ce royaume ? Sommes nous suffisamment libres pour le vouloir ? Si tel est notre désir, alors vivons comme des spirituels et éduquons-nous à cette dimension d’une parole qui nous conduit vers la bonne terre, parce que nous serons des priants, des hommes et des femmes de la parole, dans l’Eucharistie, ensemencés en ecclésia, en Eglise, en communauté où les uns, les autres, nous devenons frères, c’est-à-dire visages de ce Christ qui nous accompagne et qui nous régénère. 

Amen