Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - samedi 29 mars 2014


Za 8, 19 à 23

1Jn 1, 1 à 5

Jn 7, 14 à 30

 

 

         L’Evangile de St Jean, ce soir, nous laisse pressentir ce que va être le temps de la Passion et le sens de la Passion du Seigneur. Il y a en effet ce débat : qui est le Christ ?  Le Christ va venir d’ailleurs, le Christ va venir d’un monde inconnu, pour avoir accès à ce Christ, pour le connaître et le reconnaître, il faut avoir une certaine science, une certaine connaissance. Telle est l’idéologie ambiante de ce monde religieux, des juifs de l’époque. Au-delà de ce contexte d’il y a deux mille ans, c’est un petit peu toujours le contexte de toutes les sphères religieuses, qui portent en elles cette prétention à dire la vérité. Nous sommes porteurs de la vérité, et qui n’est pas avec nous, n’a pas la vérité. Dès lors, l’Evangile de ce soir, nous fait réfléchir profondément sur cette notion si difficile de la vérité. Qu’est ce que la vérité ?

Nous le savons, l’Evangile de St Jean placera dans la bouche de Jésus  cette parole énigmatique :  

« Je suis le chemin, la vérité et la vie ».


         En quoi le Christ est-il véritablement vérité ?

         En quoi pouvons-nous réellement le reconnaître comme le Fils de Dieu ?

         Et en quoi cette révélation, cette affirmation vont-elles transformer notre vie ?


Dans l’épître de St Jean, l’auteur inspiré nous dit que ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu, il va en rendre témoignage : Dieu est amour,. et dans ce passage : Dieu est lumière.


         Dire que Dieu est lumière, mes amis, cela veut donc dire que, par la rencontre avec le Seigneur, nous sommes aimés de Lui. Et finalement, la vérité, c’est de trouver un éclairage sur notre vie, un sens à notre vie, une compréhension à notre vie. Ici nous entendons à quel point la foi n’est pas un endoctrinement, n’est pas l’adhésion à un système de pensée, mais c’est véritablement une rencontre avec un Autre qui va nous donner l’éclairage et la compréhension de notre vie.


         Dès lors, pendant ce temps de Carême, la vérité en Dieu ne consiste pas simplement à dire Seigneur !  Seigneur !, à se frapper la poitrine, mais à partir de  cette réalité de Dieu en moi, comment ma vie va t-elle prendre du sens ? Vais je simplement mettre la foi comme une sorte de coloration, de décorum, ou est ce que ma foi va venir innerver ce que je suis, ce que je porte, ce que j’espère ? Est ce que véritablement elle va venir me déplacer dans ma manière de concevoir l’être conjugal, l’être familial, l’être associatif, l’être politique, culturel, économique, l’être que je suis là où je vis, dans tous les corps que je traverse ?  Vraiment vivre la vérité en Dieu, ce n’est pas seulement dire, " je crois en Dieu," mais c’est être dans cette cohérence entre ce que je cherche et ce que je suis dans les actes que je pose.

         Ainsi quand Jésus va dire : je ne parle pas de moi, je ne suis pas venu pour parler d’une science que j’aurais apprise, mais je parle de mon Père, et c’est Lui qui m’instruit, il nous fait entendre que la vérité est donc dans cette illumination, c’est-à-dire être capable de faire passer la lumière qui vient d’ailleurs. Ce rapport d’altérité fait que je me laisse éclairer pour éclairer l’autre, je me laisse éclairer pour éclairer ma vie, je me laisse éclairer pour éclairer le monde, et ainsi donc, nous entrons dans le questionnement de la cohérence. Suis-je chrétien s'il n'y a pas cet éblouissement pour vivre une solidarité ?  Suis-je chrétien s'il n'y a pas cet éblouissement qui me fait dire la dignité de l'homme ? Suis-je chrétien s'il n'y a pas cette présence en moi qui me fait dire le sens de la justice, le sens de l'équité, le sens de l'éthique ? Suis-je chrétien si, dans cette habitation, je ne suis pas capable de refuser, de réfuter ce qui vient blesser le visage de mon frère ? Et là nous sommes véritablement alors dans cette contemplation de Celui qui dit : " je ne parle pas de moi-même mais je parle par mon Père, pour mon Père ; car dire que Dieu est Père cela veut dire que nous sommes tous frères ; dire que Dieu est Père cela veut dire que nous sommes tous de cette même humanité, de ce même humus, et que, dans cette humanité partagée, nous cherchons ensemble une vérité qui n'est pas celle-ci contre celle-là, mais une vérité qui nous rassemble car nous sommes de la même race. Il n'y a que la race humaine,  une vérité qui nous rassemble car nous sommes le même homme,  une vérité qui nous rassemble, car il n'y a qu'un seul Dieu, une vérité qui nous rassemble car il n'y a qu'un seul cosmos, une seule création.


         Dès lors toutes les idéologies de division, toutes les idéologies politiques, économiques, financières, qui nous séparent les uns des autres ; toutes les idéologies religieuses qui nous séparent, ne sont que des expressions humaines, des relectures humaines, des choses apprises par l'homme pour différencier, pour séparer, pour exclure au nom de vérités qui sont toujours des vérités sclérosantes. Mais la vérité, c'est d'être dans cette écoute lumineuse qui, regardant vers le Père, nous dit que nous sommes dans une fratrie, dans une fraternité, dans une communion, dans un " être avec."


       C'est ainsi que cette première lecture tirée du livre de Zacharie nous fait contempler ces 10 hommes qui tirent les pans des juifs pour dire : nous voulons connaître ce Dieu qui vous révèle qu'il est avec vous. Dix hommes, l'humanité rassemblée car le 10 est le 1, l'unité retrouvée, car ce Dieu qui se fait connaître à l'homme il se fait connaître pour dire que l'homme doit se connaître et se reconnaître dans cet être d'intimité : " je suis avec Toi, par Toi, et pour Toi. "


       Mes amis, en ce temps de carême nous nous apprêtons à vivre la passion de Jésus-Christ, la mort de Jésus-Christ, sa résurrection. Mais quelle est la portée de ce temps de carême ?  Quand nous regardons la Crimée, quand nous regardons l'Afghanistan, l'Irak, la Syrie ; mais quand nous regardons aussi nos propres contrées, notre propre pays ou les uns et les autres se déchirent ; alors que c'est le temps ou nous devons entendre à quel point il y a ce cri de l'humanité qui dit : il faut que nous cherchions, il faut que nous comprenions. Nous sommes au bord d'un grand gouffre, celui de l'écologie mondiale, ce gouffre est extraordinaire, car il nous rappelle que nous sommes ensemble dans une situation communionnelle. Il n'y a plus tel pays, telle patrie, telle culture, il n'y a plus telle ou telle religion mais il y a ce monde qui doit se ressaisir pour donner la vie aujourd'hui, mais aussi demain, à l'enfant, à l'homme, au vieillard. Cette vie à construire ensemble, nous ne la porterons que si nous sommes ouverts à Celui qui nous unifie, qui nous rassemble. Cessons de regarder ce monde en nous disant que tout va mal, mais contemplons notre terre  pour qu'au coeur de nous-mêmes il y ait ce ressaisissement, et alors il deviendra réalité à l'extérieur ; notre engagement dans le monde sera efficient si nous sommes engagés au plus secret de nous-mêmes.


       Le temps de carême c'est ce temps de la prière pour être réunis avec notre Seigneur ; c'est le temps de la fraternité avec l'homme, avec la femme, dans la solidarité et le partage ; et c'est le temps du jeûne nous rappelant qu'en manquant nous pouvons partager l'essentiel et retrouver l' éthique de l'amour,  la vérité est à ce prix, se défaire de soi, se décentrer de soi pour être dans l'altérité et la communion avec autrui.


       Alors toutes les vérités, quelle qu'en soit la nature, oublions les pour ne voir que cette vérité en Dieu que le Christ nous a témoignée. Et que Saint-Jean a répété par ces mots : " voici ce que nous avons vu et entendu."  Puissions-nous vivre et entendre dans nos âmes et dans nos coeurs ce que Dieu nous dit de l'amour pour l'homme d'aujourd'hui.


Amen.