Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 11 janvier 2015


Is 12, 3-6
1 Co, 10, 1-4
Mt 3, 13-17


Qu’il est difficile de prendre la parole ce matin, car nous sommes un peuple endeuillé, blessé. On pouvait ne pas se reconnaître dans les propos de ces journalistes, dans les caricatures, mais ce qui se passe, au-delà de l’événement en lui même, c’est réellement le temps de l’apocalypse, au sens fort du terme, c’est à dire d’une fin d’un temps pour entrer dans un autre temps. Il n’est pas question de faire du catastrophisme, d’avoir peur, mais de lire les signes des temps. Nous voyons bien que le climat change, que nous traversons des crises de plus en plus fortes au plan social, politique. Il y a cette montée, un peu partout, de la violence, de l’extrémisme, de ce qu’il peut y avoir de plus bas en l’homme. Ainsi nous sommes amenés à ce que Jésus nous annonçait dans le chapitre 25 de St Matthieu, lorsqu’il parlait de cette venue des temps, de la fin des temps. Cette montée, nous la vivons en ce moment, non pas que ce soit une fin du monde, mais un temps particulier où nous sentons que ou nous revenons à l’essentiel, ou nous sombrons dans l’abîme.


Finalement, les événement qui sont survenus ces jours-ci, depuis mercredi jusqu’à hier, nous font obligation de nous poser trois questions essentielles.


Premièrement peut-on vivre sans mystique, sans spiritualité, simplement dans un monde de consumérisme, de matérialisme et n’offrir aux jeunes générations, comme perspectives et horizon, que le dernier gadget à la mode, qui donne du sens, un sens qui va s’effilocher au fil du temps et laisser ces jeunes désespérés.


Notre société n’offre plus de perspective, parce qu’elle perd la dimension spirituelle. Lorsque nous nous rassemblons pour célébrer notre foi, nous sommes responsables de notre environnement pour redonner du sens au travers de la vie.


La deuxième question est de l’ordre de l’intercommunion, c’est-à-dire croyons-nous que quelques soient les cultures, les religions, c’est le même et unique Dieu qui vient frapper à notre porte.


Si nous le croyons, alors l’œcuménisme, l’interreligieux ne sont pas simplement des effets de manche et de tolérance que nous brandirions parce que nous serions des hommes et des femmes de progrès, mais nous sommes là au cœur même de notre compréhension de la foi, Dieu est l’Unique. Et s’il est l’Unique et qu’Il a pu se révéler dans des Traditions, et chemins différents, Il est le même quelle que soit la porte d’entrée et il nous faut vivre la communion, la rencontre, le dialogue.


La troisième question, qui s’offre à nous au travers de ce que nous venons d evivre, quelle est notre propre foi au point de donner notre vie pour nos idées, pour notre conviction, car, à travers ces journalistes qui sont morts, ce qui m’a semblé étonnant, c’est qu’ils nous ont rappelé, à nous chrétiens, l’essentiel même de ce pourquoi nous sommes ici. Nous devons vivre la foi comme des témoins, jusque dans le martyre, jusque dans le don de notre vie. Aurons-nous cette audace de braver les interdits, les risques de mort pour dire jusqu’ au bout : oui, je crois ?


Tout ceci nous ramène au baptême du Christ. Nous avons entendu dans l’Evangile, le ciel s’est ouvert et cette voix est venue pour dire « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Le baptême de Jésus est véritablement ce moment où l’homme est investi de la présence divine. On appelle cela une théophanie, c’est-à-dire une manifestation de Dieu. Dieu se manifeste en l’homme, mais pas n’importe comment. Dieu se manifeste en l’homme lorsque l’homme est capable d’accueillir l’Esprit Saint, cet Esprit qui est descendu sous la forme de la colombe. Pour être imago dei dans le monde, pour être véritablement enfant de Dieu, il nous faut donc être réceptacle de l’Esprit et au travers de tout ce que nous venons de traverser, comprenons que l’humanité n’est pas encore humanité, l’homme n’est pas encore advenu, car pour qu’il y ait humanité, pour que l’homme advienne, il doit être dans cette posture d’ouverture, dans l’accueil de l’Esprit, dans l’accueil du Souffle, de ce Divin qui vient nous transformer, nous régénérer.


Finalement le baptême de Jésus, nous renvoyant à notre propre baptême, nous fait comprendre que nous ne sommes pas là simplement pour dire : je crois en Dieu, mais pour dire : je vis de Dieu, je deviens ce Dieu, je suis habité de ce Dieu. Quand bien même, il pourra y avoir ces folies meurtrières, rien ne pourra m’atteindre si je suis investi du Seigneur.


Le Baptême de Jésus vient donc nous permettre de retrouver cette condition de foi, être en Dieu pour être de Dieu.


Toute la théologie orthodoxe n’a eu de cesse de parler de la déification, c’est-à-dire de se laisser pétrir, dès ce monde incarné, par la lumière de l’incréé pour entrer dans la dimension étonnante de l’indicible dès ici-bas, dans la contingence de notre temps. C’est cela l’enjeu du Seigneur au travers du baptême, l’enjeu de ce baptême que nous avons reçu et que nous renouvelons aujourd’hui au travers de cette fête de la Théophanie. C’est à cela que le monde est appelé. 


Dans le passage que nous avons entendu, Pierre rappelle que Jésus, investi de la force divine, faisait le bien au tour de lui. Il était devenu l’Homme nouveau. Bien sûr, il était Dieu fait Homme et ainsi il manifestait l’homme en Dieu, l’homme venu de l’Eden, l’homme voulu par le Créateur depuis la nuit des temps. C’est cet homme, cette femme que nous pouvons réaliser par notre baptême.


L’orthodoxie est basée sur la dimension pneumatique, c’est-à-dire l’accueil de l’Esprit et aussi le travail dans l’Esprit. Certes, nos frères protestants, catholiques, depuis quelques décennies ont redécouvert cette dimension pneumatique au travers de ce qu’on appelle les mouvements charismatiques, mais cette dimension pneumatique a toujours été portée de façon particulière par l’orthodoxie. Nous, qui avons fait le choix, tout en restant dans le climat occidental, d’embrasser la foi orthodoxe, c’est l’occasion de retrouver cette particularité, cette harmonique qui nous caractérise, être du Christ dans l’Esprit, à partir de l’Esprit. Lorsque nous prions, lorsque nous célébrons l’Eucharistie, lorsque nous sommes en Eglise, nous le sommes à partir de l’Esprit. C’est le Saint Esprit qui nous constitue en Eglise. Aussi, notre prière doit être animée pour l’appeler, pour l’invoquer, lui demander de nous transformer, de nous régénérer, de nous permettre de regarder autrement notre existence, dans nos relations, dans les projets que nous portons, d’être toujours étirés par le haut. Comme le dira Jésus à Nicodème : il te faut naître d’en haut.


Ainsi ce ciel qui s’ouvre, c’est la naissance dans les hauteurs. Prendre de la hauteur.
Si nous voulons éviter qu’il y ait de nouveaux drames comme ceux que nous venons de vivre, il nous faut être véritablement dans cette hauteur de l’Esprit, Celui qui nous apprend à décliner ce grand thème de l’altérité, car si je suis dans la hauteur de l’Esprit, alors je descendrai de ma colline pour aller vers ta colline et entendre ton point de vue. Je te conduirai de ta colline vers ma colline pour te faire entendre mon point de vue. Et dans cette déclinaison, nous toucherons à l’homme complet, dans sa diversité, dans sa différence, et là, toutes les cultures, toutes les sexualités, toutes les religions s’embrassent, car cette différenciation est l’œuvre de Dieu, l’œuvre de l’Esprit de Dieu.


Souffle Divin, viens souffler sur nous, ce matin, viens réveiller nos corps mortels et puisses-tu emporter les âmes de ceux qui sont morts vers le ciel du Père et nous permettre ici-bas d’être déjà dans ce ciel du Père pour faire que le shalom, la paix ne soit pas simplement une absence de guerre pour nous, mais véritablement cette transformation intérieure, être à l’aulne de l’autre pour que l’autre soit à l’aulne de moi et qu’ensemble nous devenions cet être transformé, car le baptême c’est déjà le temps de Pâques, le temps de la Résurrection, le temps d’un autrement en Dieu.


Oui, Esprit Saint, viens, viens, viens, maranatha.