Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 22 décembre 2013

6 ème dimanche de l'Avent


Isaïe 11, 1 - 9 2 

Th 2, 1 - 8

 Luc 1, 26 - 38


         De façon très étonnante, l’Eglise nous propose, en ce sixième dimanche du temps de l’Avent, cette méditation du passage de l’Evangile de Luc, que nous connaissons tous, l’Annonciation. Oui de façon étonnante et pourtant, ô combien, dans une cohérence. En effet, pendant six semaines, du moins pendant cinq semaines et nous abordons la sixième, nous avons été dans cette quête, dans cette quête du Seigneur. L’Eglise, par sa liturgie, nous a invités à revenir dans cette quête. Qui est ton Dieu ? Quelle est ta foi ? Quelle est ton espérance ?

Et d’une certaine façon, cette quête qui a caractérisé notre chemin, notre cheminement pendant toutes ces semaines, oui cette quête rejoint Marie, car si l’Ange Gabriel vient rejoindre Marie, et lui dit « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu », c’est que Marie était dans cette espérance du peuple d’Israël, l’espérance de la venue du Sauveur, l’espérance du Messie, l’espérance d’un relèvement.

         Et Marie, comme tous les êtres de ce peuple, était là à guetter le signe. Aussi dans son immense foi et dans cette attente, elle devient réceptacle de la parole divine Et déjà dans ce premier mouvement, elle vient souligner tout le sens de ce temps de l’Avent que nous avons vécu, car si réellement, nous avons été dans cette attente, dans cette espérance, alors la parole de Dieu peut nous rejoindre et venir faire merveille en nous ; car si nous sommes dans cette espérance, oui, je vous le dis, nous sommes capables d’accueillir la fécondité de Dieu.

         Et puis, il y a ce deuxième temps, elle qui est vierge, on lui annonce qu’elle va pouvoir enfanter. La virginité de Marie, mes amis, cela veut dire qu’elle n’a pas été encore touchée, traversée, non seulement par la blessure du péché, mais elle n’a pas été encore touchée, traversée par la parole de fécondité ; et c’est cette parole qui va lui permettre de sortir de toutes les formes de stérilité pour enfin porter le Fils tant attendu. Et, comme en résonnance, voici qu’il lui est annoncé que sa cousine, sa cousine elle-même, la vieille cousine, stérile, en est à son sixième mois. Sixième mois, six jours de la création, les six semaines  du temps de l’Avent, oui, véritablement, cette virginité de Marie qui va porter l’Emmanuel, Dieu parmi nous, vient questionner toutes nos formes de stérilité pour nous dire que nous sommes faits pour la fertilité, nous sommes faits pour la vie, nous sommes faits pour la fécondité.

         Alors, dans ces temps où nous avons pu parfois avoir le sentiment de patauger, durant ces semaines de l’Avent, eh bien le Seigneur nous dit : c’en est fini ; c’en est fini de la désespérance, c’en est fini de ces moments où vous doutiez, c’en est fini de ces moments ou vous pensiez que vous étiez seuls. " Je suis là, je vous rejoints, et je vais faire de vos temps d’hiver  le temps de la lumière ". La lumière va venir, elle va illuminer votre vie. Oui, cette fécondité de Marie est réellement, non seulement l’annonce qu’elle va porter en son sein le Fils de Dieu, mais c’est réellement l’annonce de Noël. Et la crèche, de  laquelle nous nous approcherons la nuit de Noël, devient tout à coup le sein même de Marie. Marie dans sa virginité, Marie dans sa toute jeunesse, devient la crèche, elle n’est qu’une enfant, elle n’est pas grand chose, elle est celle qu’on pourrait oublier dans l’anonymat de l’humanité, et pourtant elle va porter le Saint de Dieu, elle va porter le Dieu, Roi des rois.

         Mes amis, le Seigneur qui se propose à nous, nous ne le trouverons pas dans de grandes explications théologiques, nous ne le trouverons pas dans des signes extraordinaires que l’on appelle des miracles, nous ne le trouverons pas dans des événements fantastiques. Mais nous le trouverons dans notre cœur, au plus secret de nous-mêmes, là où nous avons mal, là où nous avons le sentiment que rien ne peut pénétrer, là où nous avons le sentiment que l’humanité ne pouvait pas nous comprendre et que même Dieu ne pouvait plus nous entendre, là où nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes, c’est là, c’est là que, tout à coup, la parole divine vient nous secouer, et nous dire :  " la fécondité est possible, la fertilité est possible, il est possible de sortir de tous les déserts."   Oui, ouvrons-nous, ouvrons nous comme Marie s’est ouverte, et comprenons : que l’on soit veuf, veuve, que l’on soit malade, que l’on soit prisonnier de nos torpeurs, que l’on soit désespéré, que l’on soit sans travail, que l’on soit sans dignité, nous sommes invités à nous mettre en route, à marcher, à retrouver un autre chemin et comme Marie, devenir les porteurs de vie.  Car Marie, qui va devenir la Mère de Dieu, la Théotokos, nous initie par notre baptême, nous aussi, à devenir Théotokos.

         Ne soyons plus dans des anthropomorphismes où il suffirait de regarder un être extérieur, Marie, Jésus. Comprenons que Marie, c’est notre état, comprenons que le Christ, c’est celui qui doit naître en nous, comprenons que réellement toutes ces fêtes qui arrivent et que l’Eglise nous propose, ne sont pas simplement des cultes, des offices, mais c’est le rappel ontologique de ce que nous sommes profondément, de ce à quoi nous sommes invités, de ce que Dieu nous propose.  Et quand nous avons le sentiment d’approcher notre limite, parce que la mort vient frapper à la porte, parce que la maladie est là, parce que nous avons le sentiment que parfois rien ne bouge, que tout semble échouer, rappelons-nous, faisons mémoire, comme le dit Paul dans son épître à Timothée - souviens toi de Jésus Christ, souviens-toi de celui que je t’ai annoncé et c’est celui-là qui va venir en ton sein, c’est celui-là qui va faire de toi une terre vierge, c’est celui-là qui va te replacer dans cette lignée de Jessé dont parlait le prophète Isaïe.          Alors notre foi ne sera pas vaine.  Laissons les histoires de religion, laissons les disputes théologiques, soyons droits dans cette foi-là, et je vous le dis, nous serons réellement enfants de Dieu, comme Marie est devenue fille de Dieu. Et cette véritable fécondité qui l’a habitée alors qu’elle fut vierge, deviendra pour nous une réalité. Oui, car au fond de nous demeure cette terre vierge, dans laquelle Dieu vient nous dire : " ma vie, ma vie aujourd’hui."   Seigneur je te rends grâce par la très sainte Vierge Marie dans son intercession, et je te dis : Maranatha !   Viens Seigneur !