Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - 7 mai 2017


Act 4, 8 -12 

épitre Jn, 3, 1-2 

Jn 10, 14-15


Le Bon Pasteur


L’Evangile de ce matin, dit l’Evangile du Bon Pasteur, évoque ces propos de Jésus qui appelle à un seul troupeau. Alors, ne restons pas tétanisés devant le mot troupeau, nous ne sommes pas là pour bêler mais derrière ces mots de troupeau et de pasteur, on sent bien qu’il y a un propos contextuel qui s’adresse à des gens qui sont marqués par le monde pastoral, le monde de l’agriculture, un monde qui aujourd’hui n’est plus tout à fait le notre, tout au moins dans nos contrées Mais ce qui a de très intéressant, s’adressant dans ce contexte-là, ce que veut faire entendre Jésus, c’est qu’il est réellement celui qui appelle à une forme d’unité et une unité autour d’une recomposition qui s’inscrit dans le mystère de la mort et de la résurrection. Qu’est ce que cela veut dire ? Bien sur, pour nous la mort et la résurrection, et nous l’avons chanté dans la nuit de Pâque, c’est de croire que notre existence ici-bas ne se limite pas à ce pèlerinage terrestre, mais que nous sommes promis à un haut-delà, à un ailleurs et une éternité. Cependant, ce qu’il nous faut entendre en lien avec le mystère de la résurrection et de l’incarnation, ce que nous célébrons à Noël, c’est que, cette résurrection, cette vie éternelle, est déjà commencée dans ce temps-ci ; et si cette résurrection est commencée, cela veut dire que nous devons avoir une manière de vivre qui fait que nous serons déjà des manifestations de cette réalité résurrectionnelle. Et comment ? comment vivre cela ?
On entend dans la première lecture des Actes des apôtres Pierre nous parler d’une guérison ; et une guérison qui est faite au nom de Jésus. Mais plus qu’une réalité ou un propos de type thaumaturgique, ce qu’il nous faut saisir c’est que, lorsque Pierre nous parle d’une guérison au nom de Jésus, il veut nous faire entendre que Jésus est venu nous manifester en chacune et en chacun de nous ; et que c’est cela qui nous permet de guérir. Et avoir cette révélation de Christ, c’est avoir la révélation que ma nature humaine est comme touchée par une onction, puisque Christos en grec, cela veut dire, nous le savons, « celui qui a été oing ; celle qui a été oing » oing par qui ? Oing par Dieu ; autrement dit : oing par le principe de Vie. Il y a en moi comme un écoulement de la vie qui fait que dans ma nature mortelle, l’immortalité est déjà inscrite. Et cela est la véritable guérison.
Alors concrètement quand je vais être capable de vivre une vraie réconciliation, quand je vais être capable de donner le pardon, quand je vais être capable d’aimer, malgré toutes les limites qui me caractérisent, malgré toutes les difficultés, quand je vais être capable de générosité malgré tout mon égoïsme, il y a comme un arrachement à ma nature humaine, et là, nous vivons un acte transcendant, c’est-à-dire que nous nous dépassons, nous passons à travers cette nature limitée et nous allons recommencer une autre nature. 


Voici que la guérison mes amis, c’est vraiment de prendre conscience que nous avons à pratiquer une dimension haute, en nous-mêmes, malgré tout ce qui pourrait nous rabaisser. 


Et de la même façon, l’Epitre de St Jean, quand il est évoqué ce nom de Jésus par lequel tout va pouvoir s’ouvrir, c’est de cela dont il est question ; Ce n’est pas Jésus, comme une sorte de gourou, ce n’est pas Jésus comme une sorte de prophète, mais c’est Jésus qui vient manifeste, révéler, incarner ce Christ que nous avons aujourd’hui à incarner, à révéler, à expérimenter. Et là alors, arrive l’Evangile de Jean, le bon pasteur. Le Seigneur nous dit : « Je suis venu pour rassembler pour unifier ». Unifier mes amis, cela veut dire que oui, nous reconnaissons que nous sommes divers ; divers dans nos types de peau, divers dans nos horizons sociaux, divers dans nos cultures, divers dans nos religions, divers dans nos appréhensions politiques, sociales, économiques ; et dans cette diversité, nous avons à vivre nos différences, nous avons à assumer nos altérités au même titre que la femme n’est pas un homme et un homme  n’est pas la femme; mais dans ces différenciations, nous devons tendre vers cette hauteur qui fait que nous deviendrons véritablement des humains ; parce que j’aurai beau assumer ce qui m’est propre, je ne pourrai le faire que ce si je t’accueille mon frère, ma sœur, dans ce que je ne suis pas et que tu es propre en toi-même. Et là, nous sentons à quel point nous avons besoin les uns des autres, et que l’amour, ce n’est pas un sentiment, une émotion ; ce n’est pas un vague mot : mais l’amour c’est cette responsabilité qui fait que de l’humus, de l’humain nous avons besoin les uns des autres. Alors arrêtons de nous exclure, arrêtons de nous séparer ; arrêtons de croire que nous pourrions avoir la vérité tout seul. Et en ces temps d’élection présidentielle, où nous nous déchirons les uns les autres ; bien sur que nous avons le droit de porter des options, des convictions, mais sans pour autant être toujours en train d’ostraciser l’autre, de penser qu’il serait le méchant, le menteur, le mauvais, alors que ce qui a de mauvais en nous, c’est lorsque nous nous séparons. Oui, nous avons à tendre vers un bien supérieur, un bien commun, qui est l’humanité en marche vers elle-même c’est-à-dire qui se réalise dans le Seigneur, dans le Très-haut ; et ce Christ est venu nous signifier cela. Vivre la Pâque, c’est vivre donc des ponts que nous allons jeter les uns envers les autres pour arriver dans nos différences à entendre un enrichissement qui nous dépasse. Et l’acte transcendant, bien sur nous avons raison de prier pour nos défunts puisqu’ils ne sont pas morts et qu’ils vivent de l’autre coté. Et si nous croyons qu’ils ne sont pas morts, si nous croyons qu’ils vivent de l’autre coté, alors, nous ici-bas ne vivons pas comme des morts ; dés ici-bas ne mettons pas en mouvement des actes mortifères. Soyons vivants ! de la vie du Christ, dès ici-bas, dés cette incarnation ! Et réellement nous serons alors la révélation de cet amour qui nous vient de si haut et de si loin. Oui ! chantons Christ est ressuscité, ; mais donnons de l’épaisseur à cette proclamation, car il n’y aurait rien de pire que de dire : « il est ressuscité », et de vivre à l’inverse de ce que nous proclamons.


Dans la proclamation kérygmatique du Christ mort et ressuscité, ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas un culte, ce n’est pas une religion, ce n’est pas une institution, ; c’est une éthique de vie qui fait que nous sommes comme transformés de nous-mêmes ; et là, ce pain et ce vin qui vont devenir le corps et le sang du Christ, nous rappellent ainsi que nos pauvres existences sont appelées à aller vers ce plus d’être, vers cet autrement d’être. Alors, laissons-nous inspirer par le souffle d’en haut et devenons ce que nous croyons. Alors réellement il sera ressuscité en nous ! Amen.