Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - samedi 14 novembre 2015 


1er dimanche de l'Avent


Is 6, 1-10
Ja 5, 7-11
Jn 1, 35-51


Mes amis,


Comment ouvrir cette homélie sans penser bien sûr à ces femmes, ces hommes innocents tombés sous les balles de ces meurtriers. Oui, ce soir, nous sommes un peuple en deuil et révolté.


Et pourtant, en tant que croyants, en tant que chrétiens, nous ne pouvons pas nous laisser entraîner par cette vérole humaine, mais nous devons entrer dans une profonde compréhension de ce qui se joue sous nos yeux en ce moment.


La foi ne consiste pas simplement à dire « Je crois en Dieu », mais c’est aussi un regard sur les événements et leur interprétation. Si nous croyons réellement que Dieu est, tout ce qui arrive a un sens, dont il faut discerner la réalité pour aller au-delà. Tel Moïse regardant le buisson ardent, est allé au delà et, par cet au-delà, a perçu qu’il était appelé sur la terre de Dieu, terre qui allait faire de lui l’élu.


Comment allons–nous donc appréhender, ce soir, ce buisson, ce feu qui brûle dans notre humanité ? Le feu brûle à Paris, mais aussi en Syrie, dans toute la Palestine, en Afghanistan et ailleurs.


Dans l’Evangile que nous avons entendu, Jésus va appeler Simon, Pierre. La rencontre, par l’entremise d’André, permet à Simon d’être recréé pour devenir Pierre. En réalité, entre Simon et Pierre, ce que le texte présente comme une évidence, il va y avoir un chemin, un murissement qui correspond à ce que disait St Jacques dans son épître « Ayez la patience ». Il faut beaucoup de patience pour passer de l’état de Simon à l’état de Pierre, autrement dit de l’état de l’Adam ancien à l’état de l’Adam nouveau. La rencontre avec le Seigneur est une rencontre qui nous saisit, nous recrée, nous transforme. Quand nous sommes encore dans la réalité du vieil Adam, nous sommes comme Isaïe qui disait « Je ne suis pas digne de prononcer des paroles ». Il faut que notre bouche soit brûlée par ce feu ardent qui fera que, désormais, nous deviendrons dignes. L’indignité touche ces tueurs qui ont massacré des innocents cette nuit, mais l’indignité nous touche tous, car ces tueurs sont l’expression de nous-mêmes. Le monde ne peut pas être en feu, comme il l’est au tour de nous, si nous ne l’étions pas intérieurement les uns les autres. Il n’est pas question de se culpabiliser, mais de comprendre que tout est lié. Il n’y a pas les bons et les mauvais, les gentils et les méchants, mais il y a un monde en désarroi, dont nous faisons partie. Parce que souvent la religion et Dieu sont instrumentalisés pour asseoir des potentats, des pouvoirs, il nous faut nous-mêmes nous méfier. Quel est notre rapport à Dieu ? Quel est notre rapport au Christ ? Pourquoi choisissons-nous le Seigneur ? Qu’attendons-nous de Lui ? Où demeures-tu Seigneur, question que posent les disciples de Jean à Jésus. 


Demeures-tu dans notre cœur, dans nos histoires, dans tous nos projets, dans ce que nous portons profondément ? Où demeures-tu ? Et le Seigneur nous dit : « Venez et voyez ».


Oui, il va falloir descendre en profondeur pour quitter nos attentes, nos certitudes et comprendre que ces hommes, qui tuent, peuvent être chacun d’entre nous, parce que, dans les paroles de médisance que nous distillons jour après jour, dans des conflits que nous portons dans nos couples, nos familles, parce que, dans les séparations que nous pouvons vivre les uns les autres, nous participons de cette haine, de cette méchanceté, de cet égrégore du mal. Si tout à coup, le mal a pris le visage de ces êtres, n’oublions pas que nous en faisons partie, que nous l’entretenons. La question n’est pas de se demander que faire pour les punir, mais comment pouvons-nous nous transformer pour quitter Simon et aller vers Pierre.


C’est une grande question, mes amis, car, si demain nous partons en guerre contre le monde musulman, nous serons en guerre contre nous-mêmes, car ce n’est pas le Musulman, comme ce n’était pas hier le Juif, qui est en cause, mais c’est l’homme quand il s’érige en pouvoir totalitaire, en pouvoir absolu, qui saisit Dieu pour rejeter l’amour, l’homme qui saisit Dieu pour devenir tout puissant, pour expliquer l’inexplicable. Or Dieu est toujours au-delà, et, si nous croyons en Dieu, nous devons être des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants, des vieillards en chemin, en quête, en désir, en appel, comme l’étaient les disciples de Jean, qui disaient « Où demeures-tu ? » 


Oui, Seigneur, où demeures-tu ? Où demeures-tu dans ma vie ? Suis je réellement dépositaire de toi ? Cette question va venir traverser ces six semaines du temps de l’Avent pour que nous puissions chanter Noël. L’étoile de la Rédemption, qui va venir briller dans nos ténèbres, est ce coin d’espérance qu’il nous faut porter au moment où des hommes et des femmes vont être dans le ressentiment et la haine, il nous faudra dire à temps et à contre temps : aimez vos ennemis, aimez-vous les uns les autres comme Il nous a aimés. Là nous entendrons la parole de St Jacques : prenez patience. Regardez comme Dieu a été patient avec nous dans nos errements, dans nos tribulations, nos erreurs, La patience nous fait croire que la guerre, que le feu, ne sont pas qu’à Auschwich, mais qu’à travers Auschwich, à travers le feu, la guerre, l’injustice, il y a toujours des hommes, des femmes qui, tout à coup, se lèvent parce qu’ils ont été inspirés de la Présence Divine qui les a fait passer de Simon à Pierre.


Oui, c’est cela qu’il nous faut porter comme message. Quand bien même nous serons raillés, nous serons piétinés, quand bien même nous pourrions être à notre tour des victimes, c’est cela qu’il faut proclamer, car c’est cela qui rendra un avenir à nos enfants, aux futures générations, à ce monde de tous temps. Le monde a connu la haine, mais l’amour de l’ennemi est une utopie portée seulement par le Christ et que nous avons du mal à incarner. Osons l’Amour, proclamons l’Amour, soyons dans cette quête de l’étoile de l’Amour, cette étoile de Bethléem, et Noël sera réellement en cette année un Noël particulier, car oui, nous avons commencé cette année 2015 par les massacres à Paris et nous finissons cette année 2015 par des massacres à Paris. Dans cette boucle, nous savons que nous sommes faits pour la vie et que rien ne peut l’arrêter, pas même la mort, car Christ Ressuscité nous appelle à être plus grands que cette haine.


Soyons dignes de notre foi. Amen