Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 26 janvier 2014


Malachie 1, 11 - 14

Romains 12, 16 - 21

Matthieu 8, 1 - 13


         Ce passage de l’Evangile de Matthieu se termine par ces mots : « Qu’il advienne selon ce que tu crois, qu’il advienne selon ta foi ».

Frères et soeurs, pour nous, chrétiens, il y a trois vertus théologales importantes, nous le savons : la foi, l’espérance et la charité. Et ce matin, au travers  de ce passage de l’Evangile de Matthieu, il nous faut méditer autour de la question de notre foi.  Où en sommes-nous dans notre foi ?`

         Quelle belle évocation que cette figure du centurion qui vient demander au Seigneur la guérison de son serviteur. Oui, nous avons là quelque chose d’essentiel, car au fond, la foi pour nous, c’est d’abord une guérison, une purification. Guérison de nos existences, guérison de nos histoires. Et pour demander la guérison, encore faut-il que nous ayons la conscience que nous sommes malades. Alors bien sûr, lorsque nous avons près de nous un proche, un ami, un parent ou nous-mêmes, en état de maladie, nous sommes prêts à demander la guérison, mais lorsque tout va bien, alors parfois nous oublions de demander la guérison. Ainsi  nous réalisons que la guérison que nous devons demander, elle n’est pas que  de l’ordre du corporel, et avoir la conscience, c’est prendre la mesure que nous sommes des êtres blessés. Quand le christianisme depuis deux mille ans, parle du péché, on aurait tendance à vouloir se boucher les oreilles et à dire encore, encore le péché, toujours le péché, toujours la culpabilité. Mais il suffit que nous ouvrions les yeux et nous voyons que le monde ne va pas bien. Donc la notion du péché, ce n’est pas simplement un mal qui serait là à nous assaillir, mais la notion du péché, c’est de prendre la mesure que nos histoires, que l’Histoire n’est pas ajustée, qu’elle n’est pas conforme à une certaine finalité, qu’elle n’est pas orientée vers ce qui pourrait être un idéal, c’est-à-dire une harmonisation, une reconnaissance des uns des autres. Et lorsqu’on va parler  de la maladie, on ne va pas simplement parler de la maladie du corps, mais on va parler  de toutes les formes de maladie, c’est-à- dire de toutes les formes de discorde, de  désordre. Car la maladie est un désordre dans le corps, un désordre des cellules, mais cette maladie du corps nous ramène à toutes les formes de nos maladies, dans le corps de notre personne, dans le corps de notre couple, dans le corps de notre famille, dans le corps de nos amitiés, dans le corps social, dans le corps sociétal, dans le corps de civilisation, dans le corps écologique. Tous ces corps sont blessés, car non ajustés. Ainsi avoir la foi, c’est avoir cette conscience.

         Et donc la conscience, mes amis, cela se travaille. Il ne suffit pas de dire Seigneur ! Seigneur ! pour avoir la conscience ; mais la conscience, c’est, à partir du moment où l’on a été saisi par la rencontre avec le Seigneur, mettre en parallèle ce que nous recherchons et ce que nous voyons. Et dans ce parallèle, sentir à quel point tout ce qui ne va pas n ‘est pas simplement de l’ordre d’une malédiction, mais que tout ce qui ne va pas est une manière pour le Seigneur de nous dire : " alors où es-tu, que fais-tu "?  Et ainsi dans toutes ces maladies, nous entendons la Parole, la parole du Seigneur qui nous dit : " allez, mets-toi en chemin, transforme ce monde." Ainsi nous voyons que la première étape de la foi est une étape qui nous amène à la responsabilité et que la conscience c’est de dire, dans ce qui ne va pas, j’entends Dieu qui m’appelle à faire que le monde aille autrement, que dans ces corps que je traverse les choses soient orientées différemment.

  Alors arrive la deuxième étape. Et la deuxième étape, c’est celle de notre dénuement, c’est de dire je ne sais pas, je ne peux pas par moi-même, je suis seul, je suis isolé, ou je n’ai pas les outils ou je ne comprends pas, ou je suis dépassé.

         Et là arrive ce moment de l’Alliance, car si la première étape dans la foi, c’est l’étape de la conscience, la deuxième étape, c’est celle de l’Alliance. C’est ce que racontait cette parole du prophète Malachie, qui nous disait que nous devons appeler le Saint Nom de Dieu, le Nom de Dieu. Seigneur, je vais te nommer, c’est-à-dire, que je vais te placer non pas seulement comme celui qui vient m’aider, mais comme celui qui, à travers moi, à travers ce que je vais engager par moi-même, avec d’autres, collectivement. Ce que nous allons engager, ce que je vais engager, n’est pas simplement de l’ordre d’un faire par mes propres moyens ou par nos propres moyens, mais un faire qui laisse émerger cet Autre que nous-mêmes, que l’on appelle Dieu, le Tout-Autre. Car plus grand que nous, il y a cette puissance en action, l’Esprit Saint, le Souffle. Et lorsque le prophète nous parle donc du saint Nom de Dieu, il nous parle de ce Souffle, de ce Souffle qui vient animer notre conscience et de ce Souffle qui vient nous mettre en Alliance et nous permet de devenir plus grands, de devenir meilleurs.

         Regardez, mes amis, la catastrophe que nous venons de vivre dans le Var avec ces pluies diluviennes et donc ces êtres qui ont tout perdu. Il y a d’une part la notion du péché, car nous savons bien que si des êtres ont tout perdu, c’est qu’ ils étaient dans des endroits inondables et qu’il y avait là des choix faits par des responsables peu scrupuleux. Et de l’autre il y a cet état, non seulement une conscience, mais cet état d’une Alliance, qui fait que tout à coup, des êtres se sont levés pour venir en aide, pour apporter, pour marquer une solidarité et là plus que leur humanité, il y avait ce souffle qui passait,  Dieu est plus grand que l’homme et il permet à l’Homme  de devenir grand comme Dieu. Et il lui rappelle ainsi au plus profond de lui-même qu’il est capable de ce meilleur, de ce plus. « Etre plus », comme disait Teilhard de Chardin.

         Enfin, la foi, c’est une troisième étape. La foi, c’est l’étape de la confiance. C’est ce que nous raconte l’Evangile de ce matin, et St Paul dans son épître aux Romains, lorsqu’il dit : " attention, prenez garde, ne soyez pas simplement à vous appuyer sur votre sagesse humaine ", il veut nous faire entendre que, oui la foi est une confiance, c’est-à-dire cette capacité à entendre ce souffle qui vient d’ailleurs et à croire qu’il va nous permettre de trouver l’autrement du chemin. On nous parle souvent des couples qui vont mal et qui se séparent, on nous parle souvent des amitiés en difficulté, on nous parle d’un monde qui irait mal. Le péché, c’est de croire que tout va mal.  Et bien, être des hommes et des femme de foi, c’est vivre cette confiance, autrement dit de comprendre que nous avons un avenir. Quand bien même les médias nous assaillent des mots de crise, alors que crise, c’est un mot merveilleux qui nous rappelle que nous sommes en pleine mutation, parce que dans crise il y a révélation. Eh bien plutôt que de toujours nous vivre en terme de crise, c’est-à-dire en terme d’être écrasé, il nous faut vivre en terme de confiance. Ayons confiance, soyons des êtres de confiance.

         La conscience, l’alliance et la confiance ; ainsi nous devenons des hommes et des femmes de la foi. Pas simplement une foi où nous réciterions une doctrine, mais une habitation, car j’ai conscience, c’est-à-dire que j’ouvre les yeux, je suis en alliance, je suis relié à plus grand que moi, à ce Seigneur que je confesse, et j’ai confiance parce que je sais que je suis aimé, que je suis pardonné, que je suis convoqué et quel que soit mon chemin, quel que soit l’acte posé, le Seigneur me dit que tout est encore autrement possible.  Et là nous rejoignons le mystère de la mort et de la résurrection.

         Vivons ainsi la foi, mes amis, et ce matin, dans cette Eucharistie, en priant et au cours de la semaine, lorsque nous prierons, demandons la foi pour que notre conscience s’ouvre et que nous soyons capables de voir réellement,  là où nous sommes convoqués ; demandons la foi pour être dans cette alliance et vivre la reliance qui fasse que, quelles que soient les personnes que nous rencontrerons, nous verrons Dieu à travers l’homme. Demandons la foi pour être dans la confiance et et croire que nous sommes des êtres sauvés et que ce monde est sauvé.

         Alors, je vous le dis, notre place de chrétien aura toute sa réalité, nous deviendrons signe de lumière en ce  monde.                 Amen