Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 18 mai 2014


Actes  4,  32 - 35

Jacques 1,  16 - 21

Luc  16,  19 - 31

 

 

Mes amis, les textes de ce matin nous posent à nouveau et de manière étonnante cette question sur la cohérence entre ce que nous disons croire et la manière dont nous vivons. Sommes-nous convaincus du Christ ?  sommes-nous convaincus de son incarnation, sommes nous convaincus de sa réalité et de sa Résurrection ?

Certes, aujourd’hui, nous sommes dans un contexte où, très souvent, on vient dire : halte-là, il ne faut pas entrer dans des phénomènes de culpabilisation, et effectivement, il n’est pas question de se culpabiliser en quoi que ce soit, mais simplement de regarder la cohérence qu’il y a entre le message dont nous sommes dépositaires et la manière dont nous le déclinons, dont nous le déployons.

Le premier passage que nous avons entendu, tiré des Actes des Apôtres, nous présente, de manière un petit peu idyllique, la première communauté qui mettait tout en commun. Certes, les spécialistes nous diront que c’est un genre littéraire et que c’est une façon de nous dire à quel point les premiers chrétiens étaient dans ce saisissement. Mais au-delà du genre littéraire, ce que nous pouvons entendre, c’est que les premiers chrétiens, dans ce saisissement, étaient véritablement dans une ferveur, une ferveur qui faisait que la foi, pour eux, n’était pas un habillage culturel, que la foi n’était pas un simple supplément, quelque chose qui viendrait en sur-ajout, mais que la foi était le centre même de leur existence, au point qu’ils étaient capables de tout donner, de tout abandonner. Oui, ils étaient dans cette certitude que l’essentiel était dans le Christ. Même si l’auteur a peut-être surajouté dans la présentation, il n’empêche que les premiers chrétiens ont été pleins de cet amour du Seigneur, pleins de cette foi en la Résurrection, pleins de cette réalité qui faisait que leur vie était transformée.

Et nous ? Sommes-nous dans cette transformation ? Sommes-nous soulevés de terre ? Sommes-nous dans cette exaltation ? Oui, Seigneur, nous sommes appelés nous aussi à ressusciter un jour. Mais aujourd’hui déjà, dans tout ce que nous traversons, nous savons qu’avec Toi, nous pourrons ressusciter.

Quand un couple se sépare, quand des amis ne s’entendent plus, quand c’est difficile dans la famille, dans toutes les relations, quand au travail, on a le sentiment de ne pas être respecté, on peut s’enfermer là dedans, ou au contraire on peut sortir de ces tombeaux humains qui nous sont proposés par l’esprit de ce monde et entendre la parole du Seigneur qui nous dit « Viens, suis-moi ; sur ce chemin de la résurrection, je t’appelle toi aussi. »

C’est là que l’épître de St Jacques prend toute sa résonnance, car St Jacques est celui qui va constamment nous ramener à cet essentiel d’une foi qui doit se faire active. Il ne sert à rien de dire " je crois Seigneur " si tu ne vis pas l’amour au quotidien. Ce sera tout le sens de l’épître de St Jacques. St Jacques, celui qui va constituer la première communauté des chrétiens à Jérusalem, n’aura de cesse de dire : attention, la foi doit prendre visage, la foi doit avoir une réalité, la foi n’est pas un sentiment éthéré, la foi est une transformation. Mais pour transformer le monde, mon frère, tu dois être transformé toi-même de l’intérieur.

Comment pouvons-nous vivre le don à l’autre comme l’acte de régénération en Christ si nous ne sommes pas habités ?

Et quand St Jacques nous invite à vivre ce partage, il y a au préalable autre chose. Cette autre chose, mes amis, c’est notre capacité à l’obéissance, "obere", écouter. Ecouter ce que le Seigneur nous dit, comment pouvons-nous écouter si nous ne prenons pas le temps, l’espace, le lieu pour entendre et écouter ? Quel est notre espace pour la prière, notre espace de temporalité pour la prière ? Ne trichons pas. La prière, ce n’est pas simplement de marmonner quelques mots en voiture , ce n’est pas simplement d’avoir une pensée pour le Seigneur. La prière, c’est ce moment que nous allons choisir, comme nous choisissons de prendre un moment avec des amis, avec des parents pour se rencontrer dans la joie autour d’un repas. C’est ce que nous faisons dans l’Eucharistie, mais c’est aussi ce que nous devons faire, jour après jour, un temps offert au Seigneur pour dire : qu’as-tu à me dire ? Qu’as-tu à me révéler ? Car si réellement je suis convaincu qu’Il est ressuscité, qu’Il est vivant, alors Il me parle. Et s’Il me parle, je dois l’entendre et l’écouter. Je dois prendre rendez-vous avec lui. Quand St Jacques nous dit : vivez comme des ressuscités en partageant, mais le premier partage, mes amis, c’est avec Lui. Partager avec le Seigneur qui nous parle et que nous n’entendons pas toujours.

Enfin, il y a cette parabole du pauvre Lazare, dans l’Evangile de Luc. Ce pauvre Lazare a deux significations : c’est celui que nous pouvons retrouver quand nous arrivons à un feu en voiture et que nous voyons ces pauvres gens tendre la main. Il y en a de plus en plus  et on se dit : je ne peux pas donner à tous, car si je donne à celui-ci, pourquoi pas à celui-là ?  Et nous sommes effarés et nous nous disons, mais qu’est-ce que la charité ? Est-ce simplement de l’aumône ? Le pauvre Lazare nous renvoie à cette grande question et il n’y a pas à sombrer dans la culpabilité parce que, effectivement, nous ne pouvons pas donner à tout le monde, car c’est simplement un renversement des valeurs devant les quelles nous sommes. Le monde est fou, et dans cette folie, il y a de plus en plus de pauvres et nous sommes acculés. Mais, quand nous voyons le pauvre venir vers nous, même si nous ne pouvons pas donner la pièce qu’il réclame, même si nous ne pouvons pas donner ce qu’il attend de nous, que notre regard soit celui de la dignité, c’est d'abord cela être en capacité d’accueillir le pauvre, le regard de la dignité. Car celui qui vient tendre la main, est tombé dans un état que nous connaissons tous de manière différente, mais que nous connaissons tous, car tous nous sommes des mendiants. Celui ci en mendiant sa pièce me renvoie à l’icône, à l’image de ma propre mendicité quand je mendie l’amour de l’autre, quand je mendie la reconnaissance, quand je mendie un peu de culture, quand je mendie ce dont je ne suis pas pourvu. Si je ne sais pas renvoyer le regard bienveillant, le regard de compassion, le regard de l’amour, alors qu’en est-il de ma propre mendicité intérieure ?

Et il y a l’autre versant du pauvre Lazare. Ce Lazare nous renvoie à toutes nos pauvretés et nous sommes le pauvre Lazare. Oui, nous sommes le riche et nous sommes le pauvre. Il y a ce combat entre nous, en nous, ce combat entre celui qui est pourvu de tout et celui qui est démuni de tout.  Le Seigneur nous dit : tu ne pourras pas véritablement t’élever vers moi si tu es simplement enfermé dans tes certitudes, dans tes possessions, dans tout ce que tu as en toi, tu peux le vivre comme une résurrection si tu l’offres, mais si tu le gardes, cela devient un poison, un enfermement, une prison.

Alors il y a celui qui sait parler, celle qui sait chanter, celui qui sait faire le pain, celui qui est manuel, le poète, il y a une telle de diversité de dons. La question est que ces dons sont des dons de Dieu, qui nous sont déposés. Il ne s’agit pas de les garder pour nous ou simplement de les vendre comme des marchandises, mais de les échanger et dans cet échange comprendre que plus qu’une générosité, plus qu’une participation, nous sommes dans l’éclosion de la personne du Christ. Car le Christ, mes amis, c’est le Ressuscité en Jésus, mais au-delà de Jésus, le Christ recouvre l’humanité et devient cette personne nouvelle quand nous sommes capables d’entrer dans ces échanges, dans cette capacité à s’offrir à l’autre, à s’offrir à son frère, à sa sœur, dans ce qu’on est capable de faire. Et là, véritablement, nous ne sommes pas comme ce riche, mais nous devenons comme Lazare qui attendait que tombent quelques miettes de la table pour les manger comme un chien. Oui, nous avons à accueillir les miettes que l’autre peut nous donner et par là entrer dans ce grand mouvement christique, qui est le mouvement de la régénération. Lorsque nous recevons l’Eucharistie, nous ne faisons que signifier ce que nous avons à vivre dans nos relations inter personnelles, inter communautaires, dans nos relations entre peuples, entre religions, entre philosophies différentes. Il nous faut échanger et là c’est la vie ; c’est déjà la résurrection, et c’est déjà cette odeur de sainteté qui nous est donnée de respirer.

Vivons comme des ressuscités et cessons d’attendre un jour, peut-être, hypothétiquement, cessons d’aller chercher derrière quelque cartomancienne une vérité qui nous est tellement donnée maintenant. Vivons dans cette évidence du Seigneur, prions le, aimons-le, respirons-le, devenons-le, car si Dieu s’est fait homme, c’est pour que l’homme devienne Dieu.

Ainsi la Résurrection, c’est le programme de  vie de l’humanité nouvelle.       Alléluia.