Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 9 juin 2013 


Ezechiel 34, 11 - 12 à 23 -24

1 Pierrre 5, 6 - 11

Luc 15, 1 - 10


            Dans le débat qui oppose Jésus aux Pharisiens de l'époque, nous retrouvons ce thème qui court toujours dans la conscience l'humanité: Qu'est-ce qui est juste et qu'est-ce qui est injuste ?

Il est vrai que pour nous le critère de discernement entre juste et injuste est difficile à trouver ; or il me semble que, dans l'Évangile de ce matin, Saint Luc nous introduit dans un double mouvement, d'une part il nous montre le Christ, celui qui nous sauve, et par ailleurs il nous montre le croyant qui cherche ce Christ. Peut-être qu'au travers de ces deux moments, de ces deux mouvements, nous pouvons alors goûter ce qu'est ce critère pour comprendre le sens de ce qui est juste, de ce qui ne l'est pas.

            D'abord, nous avons entendu dans la première lecture, le prophète Ezequiel annoncer ce rassemblement de tous les croyants comme un troupeau rassemblé par la figure de David, rassemblés par la figure du roi, rassemblés par la figure de celui qui, comme envoyé de Dieu, permettra cette conduite vers la vérité, vers l'essentiel. De fait l'homme, de manière innée, a toujours recherché un Sauveur, un leader, une personnalité à suivre pour se mettre en chemin. Cela est inné à notre condition et c'est là tout le danger que nous soyons emportés par des illusions, des idéologies, des sectes, des gourous qui pourraient nous emmener vers une sorte d'aliénation.

            Pour arriver à comprendre en quoi le Christ n'est pas simplement un meneur d'homme, mais qu'il est véritablement " ce Dieu qui nous met sur le chemin,"il y a cet autre mouvement présenté dans l'Évangile de Luc : Cette femme qui va chercher la pièce perdue. En recherchant cette pièce elle cherche le trésor perdu. Là est évoqué ce mouvement de l'humanité en recherche de sens. Nous savons que nous sommes porteurs d'une richesse, que notre vie n'a de sens que si nous déployons le meilleur de nous-mêmes, et finalement, pour répondre à une quête, à quelqu'un qui nous appellerait, encore faut-il que nous soyons en capacité de pouvoir trouver, en nous-mêmes, quelle est notre richesse qui va pouvoir s'épanouir en nous mettant sur ce chemin, en mouvement.

            Ainsi mes amis, nous ne pouvons pas répondre au Christ si nous ne sommes pas d'abord dans une quête intérieure. Cette quête, comme le dit saint Pierre dans son épître, fait que nous allons être dans un combat; celui de la foi. Car la foi n'est pas simplement une croyance pour nous sécuriser, mais la foi est véritablement cette rencontre qui nous amène à ouvrir les yeux, à être dans une conscience, une conscience qui nous permet de comprendre quel est l'adversaire. Il est celui qui nous limite, et souvent ce n'est pas l'ennemi extérieur, ce n'est pas celui qui serait différent de nous-mêmes, mais l'adversaire il est d'abord 'intérieur ; C'est celui qui voudrait nous faire croire que nous ne serions pas capables de nous mettre en chemin, que nous ne serions pas capables d'être dépositaires d'un trésor. Pour être comme cette femme qui se met à chercher sa pièce, il nous faut donc vivre ce combat qui nous fait croire, envers et contre tout, que notre vie a un sens, que nous sommes singuliers, uniques aux yeux de Dieu. Alors se pose à nous la question : Comment vivons-nous ce combat de la foi ? Quels sont nos outils pour vivre ce combat ? Prenons-nous du temps véritablement, honnêtement, pour prier, non pas dans une sorte de rabâchage rapide et automatique, mais une prière de conscience où nous nous posons la question : " Seigneur qui es-tu ?  Et qui suis-je pour toi ?  Qu'attends-tu de moi ?"  Oui, quels outils prenons-nous pour nous mettre dans ce face à face ?

            Certains vont se mettre en chemin en partant sur les routes : Fatima, Compostelle ; d'autres font des pèlerinages à Jérusalem, à Rome, peu importe. Mais tout ceci n'est qu'une sorte d'habillage extérieur, il nous faut d'abord faire le chemin intérieur et pour cela, être dans ce désir de Dieu, être dans une folie de Dieu. Mais quels sont nos outils ?  Comment prions-nous, quel temps prenons-nous pour prier ? Quelle est notre lieu de prière ? Avons-nous organisé chez nous, dans notre maison, un espace privilégié pour vivre la relation, la rencontre, la contemplation ?  Ou sommes-nous dans une incantation à dire : je prierai, je vais prier, je voudrais prier, mais pas véritablement le temps du rendez-vous où nous allons vivre ce combat du retournement, car dans les textes que nous avons entendus il est question de conversion de celui ou de celle qui se retourne, de celui ou de celle qui véritablement, entrant en lui-même, en elle-même se retournant dit : Mais oui, il y a une pièce à chercher, il y a un trésor à trouver, je vais enlever cette poussière, je vais nettoyer pour contempler ce que j'avais perdu.

            Si nous faisons ce travail mes amis, alors arrive un deuxième temps, le temps de la rencontre avec celui qui cherche sa brebis perdue, le berger. Oui, ce berger c'est toi mon Christ ! Tu es mon berger, tu es mon chemin, tu es ma route et la pièce que j'avais perdue  ce n'est autre que mon berger, car c'est lui que je peux perdre si je me laisse enfermer par l'ennemi intérieur qui va me faire croire que ce monde a le dernier mot sur tout.  Et le dernier mot ce sera peut-être de devoir absolument combattre l'injustice comme si tout pouvait se jouer seulement en ce monde, alors que oui, je dois vivre un combat contre l'injustice en ce monde ; mais en comprenant que ce n'est qu'un marchepied pour aller plus loin et vivre la véritable justice qui est la rencontre avec le Juste, mon Seigneur et mon Dieu.

            Je pourrais aussi m'illusionner en pensant vivre l'amour, l'amitié en ce monde, mais en oubliant que ce n'est qu'un marchepied pour vivre la véritable rencontre de l'Ami, de l'Amour qui est le Christ. Aussi, je dois chercher cette pièce, et cette pièce, ce trésor, c'est mon Seigneur. Et si je fais ce nettoyage, alors je vais reconnaître ce Seigneur au travers de visages aimés, de visages mal-aimés, au travers de telle ou telle situation, et je comprends que la liturgie que je vis le dimanche me fait entrer dans la compréhension que toute ma vie est liturgique. Car toute ma vie est sacramentelle au sens où tout ce que nous vivons n'est qu'une sorte d'écran qui nous permet d'accéder à une densité autre, à une compréhension autre, à une présence indicible autre, à un incréé dans notre créé environnant. Mes amis, quel est notre désir de Dieu ? Notre recherche du trésor, pour vivre cette rencontre avec le Berger ?

            Aussi au cours de la semaine, reconnaissons, avec force, avec puissance, que nous sommes la brebis perdue. Et que, si ce Seigneur ne prend pas le soin de venir nous chercher nous ne trouverons pas le chemin. Mais sachant qu'il vient à notre rencontre, nettoyons la route, donnons-nous les outils, donnons-nous des moyens pour que notre foi ne soit pas vaine, qu'elle ne soit pas habillée de mots tout faits, mais qu'elle soit une respiration, qu'elle soit une sorte de relation à l'intime qui fait que, tout à coup, nous comprendrons que chacun de nos instants est le temps de l'habitation, le temps du rendez-vous, le temps du baiser divin. Alors nous serons dans le juste, car nous serons ajustés à Celui qui seul est juste.

             Le combat entre la justice et l'injustice n'est pas le combat entre ce qui nous paraît bon et ce qui serait mauvais, mais le rapport entre le juste et l'injuste c'est l'ajustement à celui qui est juste et qui rend justice en nous replaçant dans la vérité de nous-mêmes : " Tu es aimé de Dieu pour l'éternité."    

Amen.