Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 22 novembre 2015 


2ème dimanche de l'Avent


Jr 31, 31_33 ; Rm 8, 1-6 ; Mt 3, 1-12


L’Epitre de St Paul aux Romains peut nous crisper parce qu’il y a ces termes qui reviennent de façon incessante dans la théologie paulinienne : péché, chair. Toute une littérature, voire une théologie, s’est développée au cours des deux derniers millénaires où les Eglises, quelle qu’en soit la nature, ont toujours tenu un discours extrêmement négatif sur la sexualité en se référent à Paul, qui parlait de cette appréhension de la chair comme une réalité très négative.


Or, lorsque St Paul nous parle de la chair, il ne nous parle pas seulement du corps et de la sexualité, mais en réalité de l’esprit de ce monde dont nous sommes, pas le monde que nous pourrions mettre de côté avec une vison de jugement, comme si nous, nous étions arrivés à une révélation, mais ce monde que nous sommes. Or ce monde, et c’est le sens de l’épître aux Romains, s’il ne se laisse pas travailler par l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, le Souffle divin, tentera, comme il peut, de résoudre le problème du péché, de la mal visée avec la loi, mais il se fracassera malgré la loi sur le récif du péché parce que l’esprit de la chair, l’esprit du monde, nous ramènera toujours à une visions totalitaire des choses. La vision totalitaire, c’est de dire qu’ au nom de la religion, ou d’une idéologie politique, nous avons la vérité. Les drames derniers en sont cette illustration, c’est-dire, qu’au nom d’une vérité quelle qu’en soit la nature, nous pouvons devenir tellement totalitaires que tuer l’homme, quel qu’il soit, devient une justification. Or, la mort ne peut jamais justifier une cause quelle qu’elle soit. Ainsi cette épître de Paul vient nous bousculer, nous chrétiens, dans notre façon de vivre la foi. Si nous doutions de la portée de cette épître aux Romains, l’Evangile de Matthieu vient rajouter, à travers les paroles de Jésus, cette radicalité : les pierres que voici, Dieu pourrait en faire des enfants d’Abraham. Autrement dit, ne nous référons pas à une religion, à un dogme, à un corpus de valeurs, cela ne suffit pas, ce qui va être essentiel c’est de porter du fruit, c’est-à-dire d’être dans une réalité où la foi n’est pas un mot, une revendication, une évocation d’un Dieu éterré, mais une transformation. Dis moi ce que je crois au travers de ce que je vis.


Voilà toute l’éthique de l’Evangile : produire du fruit. Mais produire du fruit ne peut pas seulement venir de notre volonté, de notre organisation, de nos projets, car si nous pensons par nous-mêmes produire du fruit, alors nous serons toujours dans le baptême de Jean le Baptiste, qui certes à baptiser dans l’eau, mais ce baptême de l’eau était de caractère provisoire, transitoire, mais il n’avait rien de définitif, de radical. La radicalité va se tourner vers le Christ qui Lui vient baptiser dans le feu, autrement dit être accueillant du souffle. Que veut dire être accueillant du souffle ? Cela veut dire que, pour produire du fruit, il faut que je sois un homme, une femme d’altérité, c’est-à-dire tourné vers un autre que lui-même. Si je suis toujours dans une recherche de perfection, mais à partir de ma propre volonté, malgré moi, je deviendrai totalitaire, car il y aura toujours le moment où je voudrai justifier ce que je crois, ce que suis et l’autre devient l’ennemi. Pour que l’autre ne soit pas l’ennemi, encore faut-il que moi-même dans ce désir de tendre vers le bien, le beau, le meilleur, encore faut-il que j’aille le chercher ailleurs que dans ma propre appréhension subjective. Ce n’est pas moi homme ou femme qui peut dire la vérité, mais la vérité doit toujours aller se chercher ailleurs. Dès lors cette attitude va nous demander d’être dans ce chemin de conversion, de retournement.


Le temps de l’Avent, c’est le temps du retournement, c’est-à-dire être capable d’entendre cet autre qui ne cesse de cheminer avec nous, de nous parler, de nous donner des signes.


En commençant cette liturgie, je disais que que nous prions pour Baptistin et Francine. Mais prier pour nos défunts, c’est croire qu’il n’y a pas la mort, mais des changements d’état au niveau de la densité cellulaire et que nous sommes tous présents. Si nous le croyons pour ceux qui sont de l’autre côté du voile, comment ne pas le croire encore plus pour Celui que nous confessons comme étant le Vivant, le Christ.


Ainsi, ma vie est traversée, accompagnée, soulevée. Mais il faut que je sois obéissant. Obere, c’est-à-dire écouter. L’écoute, au travers de ce que je vis en couple, entre amis, au collège, au lycée, l’écoute de ce que je vis dans mes activités professionnelles, dans ce que je vis dans mes relations amicales, de voisinage.


Mais puis-je écouter si je ne prie pas ? La prière n’est pas de rabâcher quelques formules toutes faites, mais pour être dans cette écoute, c’est de ressaisir comme une anamnèse, une mémoire tout ce que j’ai vécu dans la journée, la semaine, le mois et dire Seigneur dans cette matière de mon couple, de ma famille, de mes amis, de mon travail, dans toute la matière de mon histoire, où étais-tu ? Quand m’as-tu parlé ? Que m’as-tu dit ?


Je ne suis plus dans le baptême de l’eau, qui est provisoire, mais dans le baptême de l’Esprit, su souffle, du feu, qui vient illuminer mon histoire, qui vient éclairer les événements, brûler ces moments où je suis dans la peur, dans l’ego, pour me faire renaître et faire naître du fruit.


La lecture de Jérémy est tout à fait éclairante : vous serez mon peuple, je serai votre Dieu, je ferai avec vous une alliance nouvelle. Le renouvellement de l’Alliance veut dire que oui, nous avions péché, mais pas dans une culpabilité, pour dire que je suis un pécheur, cela n’a pas de sens. Comprendre que nous errons dans notre monde, nous sommes en errance, en exil, parce que nous ne voyons pas bien, nous sommes comme obstrués dans notre appréhension de la réalité, il nous faut constamment chercher le sens plus loin encore et dans cette quête, oui nous nous trompons. Mais ce qui est bonne nouvelle, c’est qu’au-delà de nos erreurs, le Seigneur nous dit : repars, va plus loin. Tu t’es endormi dans ton amour avec ton conjoint, ce n’est pas grave, renais, et va plus loin. Tu ne croyez plus à cette amitié, avec celui ci ou celle-là, ce n’est pas grave, relève-toi, renais, va plus loin. Tu pensais qu’il n’y avait plus de dialogue possible avec ton enfant, arrache toi de cette croyance, renais, relève toi, va plus loin.


Ainsi, nous saisissons que l’alliance nouvelle n’est pas un vain mot, mais c’est un recommencement incessant. C’est une espérance inouïe. Dire que nous célébrons le deuxième dimanche du temps de l’Avent, c’est dire que nous sommes dans une espérance formidable pour monter vers l’Etoile de Béthléem, l’étoile de la rédemption, vers cette vérité qui va faire éclore en nous une humanité restaurée.


Oui, il y a ces événements de Paris, épouvantables, il y a daech, ce monde en feu, mais comment transformer ce monde, si nous-mêmes, de l’intérieur, nous n’étions pas transformés. La réalité du monde dans ce qu’elle nous apparaît, n’est que le reflet de la réalité de ce que nous sommes.


Si nous voulons convertir le monde, convertissons notre cœur, transformons notre histoire, portons du fruit, le fruit de la foi, qui n’est pas un vain mot, mais véritablement doit générer une éthique, être dans la beauté, la bonté, la vérité de cet amour où je me dépossède de moi-même pour être avec toi, mon Seigneur, à travers ce frère, cette sœur, celui qui m’est proche et celui qui l’est moins.


Que ce chemin qui nous mène vers Noël soit vraiment pour nous un chemin d’illumination au travers des ténèbres que nous traversons.


Alors, je vous le dis, le Christ qui naîtra à Noël, ne sera pas le Petit Jésus des histoires, telles que nous pouvons les entendre, mais il sera vraiment celui qui vient nous dire : avec toi, aujourd’hui, je crée cette terre nouvelle, ces cieux nouveaux, cette alliance nouvelle. Amen