Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 18 octobre 2015 


29°dimanche du temps ordinaire


Dt 15, 1-5
Ep 6, 10-17
Mt 18, 23-35



La remise de la dette est un sujet qui l’on entend souvent actuellement à propos de l’endettement de pays, notamment à propos de la Grèce, avec le FMI et autres instances internationales.


Avant d’attendre que de grosses instances ou structures puissent envisager et engager des remises de dettes, s’élevant à des milliards d’euros ou de dollars, la question concrète est de savoir si chacun d’entre nous est prêt à remettre la dette.
Cette question est une autre manière de décliner le sens du pardon. 


Entendons bien, dans cet Evangile de Matthieu, l’articulation entre la parabole de Jésus sur cette dette à remettre et la question du pardon à vivre les uns envers les autres.


Le pardon, ce n’est pas une tolérance, une morale, mais l’expérience même de notre foi. 


Ici, je voudrais revenir sur le sens profond de ce que nous croyons lorsque nous nous disons chrétiens. Le christianisme, ce n’est pas une culture, une religion, même s’il a suscité et une culture et une religion. Le christianisme, c’est d’abord la rencontre avec ce Jésus que nous confessons comme Dieu ayant pris notre condition d’homme, et qui, dans cette condition, va chercher à nous montrer qu’il n’y a qu’un chemin, celui de l’Amour. Cet amour n’est pas simplement dans l’affect, l’émotionnel, mais cet amour tend le bras à cette tendance que nous avons tous à regarder l’autre, autrui, comme l’ennemi, irréductible, comme l’ennemi épouvantable parce que l’autre est autre et, dans son altérité, il me fait peur.


Lorsque Jésus va nous parler de l’amour, il va nous montrer qu’il n’y a qu’une seule façon de vivre cet amour, de manière concrète, c’est le pardon, autrement dit, revenir à l’essentiel.


Souvent nous entendons cette expression qui quelque part est très juste : je te pardonne, mais je n’oublie pas. Oui, le pardon n’est pas un oubli, une amnésie. Qui d’entre nous peut dire : je sais pardonner ? Quand son enfant a été victime d’attouchements sexuels, quand on a été blessé dans une amitié, quand des époux se séparent, quand on est calomnié, qui d’entre nous peut dire : je sais pardonner ? Nous ne savons pas. Nous pouvons vivre alors ce miracle dont parle St Paul, dans son épitre aux Ephésiens, prendre les armes de la foi. St Paul nous dit que, pour entrer dans cette foi en le Ressuscité, pour vivre la foi dans le pardon, je dois accueillir l’Esprit du Père, je dois appeler l’Esprit Saint, je dois m’inscrire dans cette réalité du Très haut. Ce faisant, ce n’est pas moi qui vais parler, mais je vais trouver la source première, le don parfait, le don premier, primordial, ce énarché, beuréchit, ce moment où la conscience émerge dans la création pour nous faire entendre que nous ne sommes pas isolés en nous mêmes, mais que nous sommes faits pour l’être-avec. L’expérience du Divin est d’abord une rencontre, une relation. Si je ne sais pas vivre le pardon, jamais je ne serai dans l’être-avec. Ce faisant nous retrouvons le principe premier de la création, un don gratuit, total, qui n’est pas lié à tel ou tel investissement, telle ou telle rentabilité, mais qui est donné gratuitement. Là alors, moi qui ne sais pas pardonner, je vais retrouver ce don gratuit parce que, comme je ne sais pas pardonner et comme mon frère ne sait pas pardonner, nous allons retrouver ce don primitif, primordial, radical de l’amour qui vient du Père seul et qu’Il nous promeut au travers de son Esprit, au travers de son souffle. D’où l’invitation de Paul à vivre le combat de la foi, par les armes de la foi, c’est-à-dire se revêtir véritablement du souffle du Très-Haut par la prière, l’Eucharistie, la manducation des textes pour encore et encore nous laisser étreindre par Celui qui nous dit « Viens et suis moi ». Là, nous pouvons saisir cette parole si étonnante du Livre du Deutéronome « Pas de pauvre chez toi ».


Or, les Béatitudes commencent par dire « Heureux les pauvres de cœur » et le livre du Deutéronome nous dit « Pas de pauvre chez toi ». Le pauvre de l’Evangile est celui qui se fait pauvre de cœur ; entendons plus de misère, plus de pauvreté dans le sens de la misère matérielle, morale, affective, humaine sous toutes ses formes. Si réellement tu veux pardonner, il faut que tu éradiques profondément cette pauvreté humaine pour entrer dans la pauvreté divine, qui est le don gratuit, agapé, caritas, charité, qui n’est pas faire l’aumône, mais qui est de retrouver ce sens de la communion, de l’être-avec.


Oui, véritablement, nous touchons à l’expérience même du Ressuscité. Si nous ne traversons pas, les uns les autres, cette expérience du pardon, alors vaine est notre foi. C’est là que nous vérifions le sens profond de ce moment où je me tourne vers mon Seigneur et où je dis : « Je crois ». Est ce une croyance culturelle ? Est ce un habillage par rapport à nos peurs ? Est-ce une habitude ancestrale parce que nous sortons de vieilles familles chrétiennes ? Quel est le sens de ma foi quand je te dis Seigneur « oui, je crois » ?


Si je crois en toi, Seigneur, alors tu me demandes et je dois l’entendre : « Pardonne à ton frère. Plus de pauvre chez toi. Pardonne à ton frère et deviens pauvre de lui ». Alors réellement la Résurrection pourra éclore en ce monde en feu. Ame