Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

25 mars 2018

par le Père Pierre Colombani

Is 50, 4-7 //  Ph 2, 6-11   //   Mc 14,1 -15, 47

Dimanche des Rameaux

Liturgiquement mes amis, nous ne pouvons pas séparer la grande fête des Rameaux de l’évocation déjà en perspective de ce récit de la Passion et de la mort de Jésus. Certes, vendredi prochain, Vendredi Saint nous évoquerons d’une manière plus particulière ce temps de la Passion et de la mort ; et pour autant, dès ce dimanche nous devons l’évoquer pour comprendre tout le sens de ce paradoxe : la fête des rameaux. Des rameaux, rappelons-nous doc cette entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem ; Jérusalem ce n’est pas Toulon, Jérusalem ce n’est pas Paris, Jérusalem ce n’est pas Londres ou New-York ; dans la symbolique biblique, c’est la ville de Dieu. Et Jésus qui entre dans Jérusalem, entre donc dans cette ville de Dieu, comme étant la manifestation du Divin. Il est acclamé, il est proclamé comme le Christ. Et Christos en grec, veut dire : celui qui est oing, celui qui a reçu l’onction, celui qui est habité de la force divine. Dès lors, ces foules rassemblées    reconnaissent Yeshoua le Messie, le Machias attendu ; autrement dit le Sauveur, celui qui espérait depuis si longtemps ce peuple ; écrasé de douleur, ce peuple écrasé par la domination romaine.

Mais cette attente messianique, elle est comme toujours une attente humaine. Une attente humaine où l’on confondait la venue de ce Messie avec un sauveur, une sorte de grand chef qui permettrait d’éradiquer l’envahisseur, d’éradiquer les romains, d’éradiquer tout ce qui apparaissait comme contraire, la loi mosaî. Mais que l’on chassa les Romains, que l’on chassa ceux-ci ou cela, rien ne changerai … rien ne changerait car la question n’était pas d’établir un autre système, un autre royaume, la question était : Quel est le cœur de l’homme ? Comment transformer le cœur de l’homme ? Et tout le ministère public de Jésus avait eu pour objet d’annoncer cette transformation, cette régénération de l’Homme…. Une manière pour l’homme de dire : « Quand bien même vous auriez une autre religion, une autre perception, rien ne changera si votre cœur n’est pas changé ; et pour que votre cœur change, vous devez être totalement habités par mon Père, Abhā… Père. Ainsi, au moment est acclamé par ces foules, il est reconnu comme celui qui apparemment nous conduit vers cette espérance messianique. Mais que de confusions, que d’arrière pensées … ce qui fait que Jésus mort sur la croix va apparaître peut à peu dans cette proclamation que fait cette foule : « Oui nous voulons Jésus, oui nous le reconnaissons comme le Messie, à condition qu’il corresponde à notre attente.

Ainsi mes amis, ce premier épisode ressemble au combien à tous ces moments où dans nos propres existences, nous disons parfois : « Mais si Dieu existait… cela n’arriverait pas.… Si Dieu existait le massacre de Carcassonne n’aurait pas eu lieu… si Dieu existait il n’y aurait pas tous ces morts…en Syrie, en Irak ou ailleurs…Si Dieu existait il n’y aurait pas toute cette crise économique qui nous étreint peu à peu… si Dieu existait nous ne serions pas brisés dans nos couples, dans nos familles, dans nos espérances. Si Dieu existait …. Voici toute l’ambiguïté de toute l’attente messianique, nous nous fabriquons un Dieu à notre mesure, comme si Dieu allait nous dédouaner de notre responsabilité, une responsabilité qui doit constamment nous ramener à la grande question de Dieu, posée à Adam au moment du jardin de l’Eden : Où es-tu Adam ? ...où suis-je ? Où suis-je dans ma vie ? Où suis-je dans ma responsabilité ? Où suis-je pour prier Dieu ? au point de lui demander par son souffle, par son esprit de devenir l’Homme nouveau, l’homme relevé de cette terre blessée pour être à la mesure de ce que Yeshua nous a manifesté, révélé.

Alors arrive ce temps de la trahison ; une trahison qui se passe tout d’abord avec les plus intimes : avec ceux qui avaient été là, tout prêt de lui ; et qui, à l’exemple de Pierre, va le renier. Ce reniement des proches de Jésus, est comme le prélude à tous ces reniements de nos propres Eglises. Nous qui avons reçu la Bonne Nouvelle : nous qui avons été investis du baptême, nous qui nous disons Chrétiens. Nous pendant des siècles, que dis-je, pendant des millénaires ; pendant 2 000 ans, nous avons floué, trahi, piétiné cette Bonne Nouvelle parce que nous nous sommes exclus, parce que nous nous sommes ostracisés, parce que nous avons lancer la vindicte sur l’autre , Excommunication, excommunication, tu e prie pas comme il faut… tu n’est pas un bon croyant ... tu n’es pas un bon Chrétien… Et ce fut l’inquisition… Ce furent les tortures au nom de Dieu, au nom du Christ. Les intimes qui renient Jésus à travers la figure de Pierre. Voici qui jalonne l’histoire du Christianisme, depuis 2000 ans et toutes les séparations de nos Eglises ; toutes les séparations entre Chrétiens, toutes ces histoires qui font que nous nous séparons les uns les autres, voilà… voilà encore et toujours cette trahison des intimes du Seigneur dont nous sommes. Il serait trop facile de parler du peuple et des disciples. Il serait trop facile de dire : ‘voici le peuple Juif qui a trahi. Les premiers qui trahissent sont les proches de Jésus et parmi ces proches, nous sommes nous Chrétiens, les premiers à l’oublier.                    Si depuis 2000ans ce que nous confessons, ce que nous portons avait réellement habité notre cœur, le monde aurait été transformé, et aujourd’hui, si nous Chrétiens qui représentons, plus de 2 milliards de personnes sur les plus de 7 milliards que nous sommes, le monde serait différent. Mais nous sommes toujours dans nos représentations de Dieu, dans nos représentations du Messie ; dans nos attentes à nous et chaque fois que le Messie, que Dieu ne représente pas ce que nous attendions, alors, nous oublions, nous trahissons, nous accusons.

Ce reniement ensuite va arriver au chef, il va arriver au travers du Sanhédrin, il va arriver au travers de ceux qui représente la loi. Et là, mes amis c’est toute la complexité de la religion qui est faite pour nous relier à Dieu et qui tout à coup devient un système de cohéritions. Tous ceux qui devaient être là pour vérifier la qualité de la loi deviennent des accusateurs. La religion y semble perdue. Comme ce jeune homme qui, il y a trois jours, au nom de Dieu tuait, comme si on peut tuer au nom de Dieu ; comme tous ceux qui au long des siècles passés quelque soit la nature de la religion, ont proclamé Dieu pour tuer, pour rejeter, pour renier l’autre. Oui, on voit se propager ainsi toutes ces représentations de Dieu que se font les hommes et qui les amènent à être en contradiction totale avec le Dieu de l’Amour, avec le Dieu de la Vie. Et tous ceux qui proclamaient Yeshua comme le Messie, tous ceux qui allaient crier Hosanna au Fils de David, au moment où Pilate vient leurs proposer de pouvoir effectivement relever ce Jésus de cette ultime de la mort. Tous ceux-là vont se mettre à crier plutôt Barrabas que Jésus. Barrabas … Bar à bas. Jésus, quand il priait son père dans le jardin de Gethsémani, disait « Abhā » père et ces hommes vont crier Bar à bas…fils du Père ; Nous sommes les fils du père ! nous sommes les vrais fils du père. Mais ils deviennent les fils du père de l’ignominie ; ils deviennent les fils du père du mensonge. Ils deviennent les fils du père de ce monde, de ce prince de ce monde. De celui qui nous met toujours en division, en séparation car nous le savons le péché n’est de mal faire ; le péché ce n’est pas d’être dans une forme de culpabilité incessante, le péché c’est oublier l’ultime, le péché c’est ne plus viser, le péché c’est de ne plus être à L’Orient. Le péché c’est perdre la finalité, l’optique finale : pourquoi suis-je vivant ? pourquoi suis-je ici ? Quel est le sens de ma vie ? Et si je perds cette question, alors oui, … oui l’autre va me gêner, oui, l’autre devient le danger, oui, l’autre devient l’ennemi. Et je peux m’appeler Poutine, ou bien Trump, je peux être un grand ou un petit, je vais devenir l’ignoble par ce qu’oubliant la finalité, c’est à dire ce pourquoi nous sommes ici. Pour expérimenter l’Amour, l’Amour, encore l’Amour, nous devenons des jaloux, nous devenons ceux qui veulent s’accrocher au pouvoir, à un avoir, à un savoir… Et nous brisons, et nous tuons, et nous nions pour garder ce qui nous apparaît comme l’essence de l’essentiel …et nous oublions l’essentiel, et ainsi nous devenons Bar-abar. Les fils de ce père de ce monde. Alors que Jésus nous disait : Regardez Abba, le père que je vous offre. Ainsi, il va aller jusque dans la mort pousser ce cri étonnant, qui pourrait nous inquiéter : Eloï, éloï, labhasamaltami ; Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? Et là, nous pourrions nous dire « mais là Jésus a douté » … Non, jusque sur la mort, sur la croix ; jusque là, il y a assumé notre humanité qui doute. Et par ce cri, il vient assumer toutes ces ombres de doutes, pour les retourner car il ne doute pas, mais il rejoint toute nos ombres, toutes nos ombres du doute, tous ces replis de nos histoires pour les mener à travers sa mort à cette dimension haute, totale absolues. Ce sera sa résurrection.

C’est là mes amis que nous devons poser genou à terre ; que nous devons nous en remettre totalement à lui, car lui qui a connu l’ignominie de la trahison, lui qui a connu cette mort avec des bandits alors qu’il était l’amour absolu. Lui, qui est passé par la mort, qui va ressusciter, nous promet que quel que soit nos divisions, quelque soit nos blessures, quel que soit notre péché, nous connaitrons, si nous nous tournons ver Abhā, le père, notre Dieu ; si nous nous retournons vers lui, nous connaitrons nous aussi cette résurrection. Alors, quel que soit ces moments où nous avons fuyé Barabbas, revenons à ce moment où nous sommes capables de dire Hosanna au fils de David, et ainsi, nous marchons vers le temps de la péscha, de la pâque, de ce tombeau ouvert où le monde de Dieu viendra déposer sur les lèvres de notre humanité le monde de l’amour ; ce monde Humain.

Amen.