Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 28 juillet 2013 


Deutéronome 3,  34 - 42

1 Corinthiens 12,  1 - 11

Luc 18,  9 - 14

 

            " Qui s'élève sera abaissé, qui s'abaisse sera relevé."  Que de fois, frères et soeurs, n'avons-nous pas entendu ces mots dans nos églises, mais malheureusement ces mots, nous les avons traduits en termes de morale, et ce faisant, alors nous est arrivé cette critique du grand philosophe Nietzsche : le christianisme favorise un homme qui est toujours dans une sorte d'aplatissement, un homme qui se vautre par terre, un homme qui n'est pas valorisé. Oui, ces paroles de Jésus nous les avons entendues simplement dans le prisme d'une morale du bien et du mal, de ce qu'il faudrait et de ce qu'il ne faudrait pas. Or le propos de Jésus n'a rien d'une morale, le propos de Jésus nous fait entrer véritablement dans ce qu'est le sens de la mystique chrétienne. Nous sommes parfois un peu hérissés, surtout lorsqu'on est en orthodoxie, de devoir toujours revenir sur le kyrie : " Seigneur prends pitié," et de se signer sans cesse ; on dirait qu'on est là dans la culpabilité, dans la délectation de la culpabilité. Or, mes amis, lorsque nous demandons pardon, ce n'est pas du tout pour être dans une culpabilité en disant : " je ne suis rien, j'ai mal fait." Ce n'est pas cela. Et la parole de Jésus lorsqu'il va nous dire : " heureux celui qui s'abaisse, il sera relevé," indique à quel point la mystique qu'il nous propose est une mystique qui nous permet de discerner ce que nous vivons, et regardant ce que nous vivons, voyant ce que nous n'avons pas réalisé, y voir, non pas un drame, non pas une malédiction, non pas une condamnation, mais y voir le signe de l'appel de Celui qui nous dit : " viens c'est là que je t'attends, viens c'est là que tu peux grandir." Car si tu es satisfait de toi, tu ne seras jamais dans une croissance, tu seras figé comme une statue de sel, comme la femme de Loth, qui se retournant vers Sodome regrette cette facilité dans laquelle elle se vautrait, et reste là figée, elle ne peut plus avancer.


            Ainsi, le pharisien, plein de lui-même parce qu'il a bien fait les choses, que peut-il espérer de plus, il est le juste aux yeux de Dieu, il est le juste aux yeux des hommes, et donc il ne peut qu'être satisfait de lui, et la vie, pour lui, devient mortifère. Au contraire, celui qui va reconnaître ce qui n'est pas encore réalisé en lui, celui-là peut se mettre en chemin et entendre cet appel d'espérance d'un Dieu qui lui dit : " oui, tu es appelé à la vie et, si tu n'es pas encore réalisé en toi, c'est un processus qui va te rendre vivant, davantage vivant, tu es dans une extension d'être, un déploiement de toi, un déploiement de tous tes possibles. Dès lors, le publicain n'est pas simplement celui qui est terrassé dans son péché, mais il est celui qui entend un Dieu de miséricorde qui dit constamment : va plus loin, relève-toi. Et dans cet enseignement du Seigneur : " celui qui s'abaisse sera relevé," nous rejoignons un mystère qui est essentiel pour nous, frères et soeurs, en tant que chrétiens : le mystère de la mort et de la Résurrection. Car il ne sert à rien de dire à Pâques : le Seigneur est ressuscité ! Le Seigneur est ressuscité ! si nos vies ne sont pas des actes résurrectionnels. L'acte résurrectionnel c'est celui qui dit : " voilà ce qui n'est pas réalisé, voilà ce que je n'ai pas encore réussi, mais là, je peux me dépasser."


             Mais comment se dépasser ?  Est-ce un acte de volonté, est ce une décision comme cela ?  Non, pour pouvoir se déplacer il nous faut humer le souffle de Dieu, l'Esprit Saint. Et c'est exactement ce que va nous rappeler l'épître de Saint-Paul : " l'un, par l'Esprit, peut avoir le don du chant, l'autre, par l'Esprit, peut avoir le don du service, du caritatif, l'autre par le même Esprit peut avoir le don de la parole." Peu importe l'expression du don, mais ce qui est important c'est que, saisissant ce qui n'a pas été réalisé et voulant grandir, nous allons appeler ce potentiel en nous, et ce potentiel : c'est l'Esprit de Dieu, le Souffle de Dieu, Celui qui ne nous a pas laissé seuls, mais qui nous a donné cette possibilité, cette capacité de nous déifier en appelant sa présence en nous. Là alors, nous pouvons nous déployer et saisir à quel point nous sommes tous des êtres élus, choisis, engagés, investis. Il n'y a pas de Chrétien, s'il n'y a pas un homme, une femme, qui se dit : " ce que je ne suis pas devient le coeur même de ce temple en moi qui grandit, qui m'appelle et qui va se mettre en mouvement, en marche."


            Ainsi, si notre communauté ne va pas toujours très bien, si notre cité, si le monde ne vont pas très bien, ce n'est pas dramatique mais c'est au contraire, pour nous, un inaccompli qui nous dit : il est possible d'accomplir mieux, davantage, avec ton Dieu. Et là alors, le livre de Daniel nous le redit : " nous avons reçu une promesse du Seigneur, la promesse que notre fécondité sera aussi nombreuse que les étoiles du ciel, aussi nombreuse que les grains de sable dans le désert." Oui, nous sommes promis à la fécondité, et quand bien même, parfois, nous connaissons Babylone, c'est-à-dire des moments d'esclavage, des moments de déportation, des moments où nous nous sommes trompés (et Daniel rappelle que le peuple hébreu s'est trompé, qu'il a été déporté,) et que nous aussi nous sommes parfois déportés par les faux dieux : de l'argent, du pouvoir, de la facilité. Mais nous pouvons nous réorienter en disant :  " Seigneur, prends pitié ! Seigneur regarde ce que je n'ai pas accompli et donne moi ce Souffle pour que je me relève et que je devienne un être debout, vivant."  Alors c'est le couple qui renait, c'est la famille qui se transmute, ce sont les relations qui se remettent à l'orient de Jérusalem, l'orient de Dieu. Tout retrouve son harmonie. Oui, mes amis, notre foi est une foi d'espérance.


            Au cours de cet été, demandons au Seigneur ce Souffle de vie pour être des hommes et des femmes debout, en vie. Et ce qui n'est pas réalisé, ce qui ne va pas, en nous et autour de nous, ne le critiquons pas mais disons nous : " par Ton Esprit Seigneur, comment puis-je devenir acteur de ma vie, de la vie d'autrui, de la vie de la paroisse et de la vie de la cité, pour que les choses s'améliorent ?


Car ce n'est pas de la faute de celui-ci ou de celle-là, mais c'est ma responsabilité de mettre en mouvement, la Vie.

            Alors je serai manifestation de Ta vie, Ô mon Seigneur.   


Amen