Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre ( Colombani )dimanche 24 février 2013 

Recteur de la paroisse




Proverbes 3, 19 - 31 2

2 Thessaloniciens 3, 6 – 8 

Luc 15, 11 - 32 



En ce 2ème dimanche du temps de Carême, où nous sommes dans cette invitation faite par l’Eglise de nous concentrer sur le Seigneur, nous avons entendu, dans la 1ère lecture tirée du livre des proverbes, cette invitation à être dans une forme de droiture : faire effort, être dans l’essentiel, toujours se replacer dans l’orientation, être relié au Seigneur. Et en écoutant cette parabole du fils prodigue, on pourrait se dire, « oui, le fils aîné était dans la bonne orientation », et il le dit lui-même, « je n’ai jamais désobéi à tes ordres. ».


Alors se pose à nous ce matin la question : Quelle est le sens de l’obéissance qui nous est demandée de vivre, particulièrement dans ce temps de Carême ? et de façon plus générale dans notre foi chrétienne, que nous demande l’Eglise lorsqu’elle nous invite à être dans l’obéissance ?  Car au fond, ce fils aîné correspond aux prescriptions de la loi évoquées dans le livre des Proverbes. Il est obéissant : « Je n’ai jamais désobéi » ; (obéir, obérer, écouter). Il a toujours écouté ce que le père voulait. Et pourtant, il a sans doute écouté, il a agi comme le père voulait, mais il n’a pas compris le véritable sens de la reliance à vivre avec le Père. Et alors qu’il lui dit qu’il n’a jamais désobéi, voici qu’au moment même où il dit ces paroles, il désobéit. Car il oublie qu’au commencement, lorsque son jeune frère cadet a voulu partir, le père avait partagé son avoir. Autrement dit, le père avait remis autant au fils cadet qu’au fils aîné. Et ce fils aîné n’a pas su s’approprier ce qu’il a reçu. Il a simplement servi le père mais il n’a pas été dans une relation au père, une relation d’amour, d’intimité, de vérité.


Alors mes frères, mes sœurs, comment vivre la véritable obéissance me direz-vous ? Et là nous sommes comme éclairés, illuminés par ce fils cadet, dit prodigue. D’abord, il nous désoriente, car le texte nous dit que ce fils-là réclame sa part d’héritage et veut partir. Combien il nous ressemble ! Chacune, chacun, nous réclamons souvent notre part d’héritage. Seigneur, si tu existes, donne moi ce dont j’ai besoin. Et ce dont nous avons besoin, c’est ce que nous décidons d’avoir. La possession ! Et là nous rappelons ce que nous évoquions la semaine dernière à propos des 3 grandes tentations que Jésus affronta dans le désert. Cette tentation de la possession : je veux posséder : l’avoir matériel, l’avoir spirituel, émotionnel, affectif, culturel. Ainsi ce fils, nous ressemble. Il est le fils de l’humanité, de l’Adama, de l’Adam. Il est le fils de cette humanité en marche depuis les commencements du monde. C’est toujours la même humanité, à laquelle nous appartenons. Et puis ce fils qui a tant réclamé sa part d’avoir, va vivre cette rencontre avec ce qui fait le sens même de l’humanité, avec la finitude, le manque. Rappelez-vous les noces de Cana dans l’Evangile de Jean : « Ils n’ont plus de vin ! » Voici que ce fils qui a tant réclamé sa part d’héritage, se retrouve déshérité. Il manque de tout, il manque tellement de tout qu’il en arrive à espérer ce que mangent les porcs. Autrement dit, nous sommes dans ce contexte juif où le porc est la viande interdite, impure. Il plonge dans l’impureté la plus totale et espère pouvoir se mettre au-dessous de l’état d’animalité, et là véritablement le Seigneur nous invite à comprendre cette nuance. C'est-à-dire que si nous sommes mus que par ce désir d’avoir, de posséder, de nous approprier dans le sens d’un absolu, dans l’ego. Alors nous aboutissons à ce phénomène terrible, non seulement nous retournons à notre état d’animalité, mais nous tombons plus bas que l’état d’animalité, nous perdons notre âme. Et c’est exactement ce qu’a vécu ce jeune homme, il perd son âme. Il n’est même plus à l’état d’animal.


  Et puis il y a ce temps fabuleux qui nous dit toute la merveille de Dieu, tout Son Amour, qui résonne avec ce passage du livre de la Genèse où Dieu n’abandonne pas Adam, quand bien même cet Adam se met en situation de mort. Le jeune fils entre en lui-même, cette entrée en lui-même c’est le retour à l’Eden primordial. Vous savez l’Eden n’est pas un jardin, un lieu géographique que l’on aurait perdu, c’est le lieu de notre personne intérieur, le lieu ontologique. C’est ce que nous n’arrivons plus parfois à rejoindre parce que nous sommes tellement pris par l’extériorité, croyant qu’en possédant nous pourrions nous réaliser, alors que la réalisation passe par l’intérieur. Et l’Eden véritable, c’est cette intériorité. Or le jeune homme, ayant traversé cet absolu du monde et cet état de perte de l’humanité au point qu’il n’est même plus animal, va entrer dans l’Eden, il entre à l’intérieur de lui-même. Et dans cet intérieur, il entend cette voix de la conscience, cette voix du cœur qui lui dit qu’il avait un père et qu’avec lui il avait tout ce dont il avait besoin. L’Homme a réellement besoin de retrouver son cœur intérieur, cet Eden intérieur pour entendre la Parole. Et la Parole divine n’est pas un parchemin de prescriptions qu’il nous faudrait entendre, comme l’écoutait le fils aîné. Mais la Parole Divine, c’est ce moment où, dans l’intérieur, nous entendons cet appel qui nous dit que nous avons un Père, c'est-à-dire que nous sommes fils et filles, faits pour être reliés, ordonnés à un autre que nous-mêmes.


Et dans ce moment là, le fils aîné qui est totalement écarté de ce chemin, c’est le fils cadet, fils prodigue qui jaillit et va retourner au père dans un acte de contrition disant « Je ne suis plus digne ». Et regardez comment nous-mêmes quand nous rejoignons le fils prodigue, dans cette intériorité nous sommes capables d’un orgueil démesuré, au point que nous ne sommes plus capables d’entendre l’amour de Dieu et nous dirons : « Je ne suis plus digne ! » C’est l’orgueil qui se retourne et nous fait oublier le Père et lorsque nous entrons en nous-mêmes alors, l’orgueil nous fait croire que le Père ne serait pas Amour, qu’il ne pourrait pas nous pardonner, nous relever. Eh bien ce Père, qui est tout Amour, qui a laissé partir ce fils, qui l’a laissé faire son expérience et entendre la Parole, lorsqu’il apparaît au pas de la maison, de la Jérusalem Céleste, au pas du Royaume, au pas du Christ, alors ce Père dit : « Apportez le veau gras, festoyons, remettez lui le manteau royal, l’anneau royal, car cet être est désormais réellement fils et n’est pas serviteur. »


C’est ce chemin-là, mes amis auquel nous sommes invités en ce temps de Carême. N’ayons pas des mines contrites, ravagées. Ne soyons pas là à vivre le Carême comme si c’était un temps de tristesse, de deuil. C’est le temps de l’espérance, où nous nous apprêtons à retrouver ce banquet, ce festin royal, la rencontre avec le Roi des rois. Ce Roi qui éclatera dans le visage du Christ mort et ressuscité. Et cette rencontre nous demande de faire ce chemin d’intériorité et d’humilité. Intériorité pour entendre Celui qui nous appelle et humilité pour entendre Celui qui nous dit qu’Il est plus grand que notre péché, plus grand que notre misère, et qu’Il est toujours en mesure de nous rendre notre dignité de fils et de fille de Dieu. Alors mon frère, ma sœur, tu peux vivre un divorce dans ton couple, une rupture dans ta famille, une séparation dans tes amitiés, tu peux vivre un échec, mais tu n’es jamais rayé de la page de Dieu, jamais rejeté. Le Seigneur est Amour et dans cet Amour, Il te relève constamment, Il t’appelle, Il te redonne un avenir. Simplement ce temps de Carême est ce temps où tu dois croire mon frère, ma sœur, que cela est possible. Et dans ta liberté, ce que l’Eglise te propose, c’est de travailler à cette rencontre. Et c’est exactement ce que dira St Paul dans l’Epître aux Thessaloniciens, lorsqu’il dit qu’il travaille par lui-même, ce n’est pas seulement un travail professionnel, mais il dit qu’il travaille au sens où il participe à l’œuvre de Dieu et que si Dieu se propose à lui ; homme, il doit aussi accueillir cette proposition dans sa liberté.


Puissions-nous accueillir cette parabole ce matin, la méditer au cours de toute la semaine pour qu'elle soit un ferment de vie pour nous et qu’ainsi nous avancions dans la lumière de Celui qui nous dit : « Va plus loin, va au large, ne crains pas ! Ta vie est habitée par moi. »   


Amen.