Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani), dimanche 2 décembre 2012 

Recteur de la paroisse 

La foi en Jésus Christ

Dn 7, 13 - 14 ;Rm 15, 8 - 13 ; Mt 24, 42 - 51


Quelle est notre foi en Jésus-Christ ? Question que nous travaillons en cette année liturgique, alors que nous sommes des chrétiens de vieille date et que nous nous retrouvons chaque dimanche. Et pourtant pour être arrachés de nos habitudes et de la poussière du temps, il faut que nous nous posions cette question de façon incessante. 

Aujourd'hui cette question prend une coloration particulière au travers de ce thème : " quelle est notre foi, quelle est notre espérance ? " Sommes-nous des hommes et des femmes d'espérance ? Qu'attendons-nous dans la vie ? Ce passage de l'Évangile de Matthieu ce matin peut nous sembler inquiétant, il relève d'une catégorie théologique, l'eschatologie, la fin des temps. Jésus parle de ceux qui seront dans les douleurs, les grincements de dents, faisant écho à ces réflexions que nous entendons tout autour de nous à l'approche du 21 décembre ; il faut être dans cette attente sinon qu'est-ce qui va nous arriver ? Or la foi en Jésus-Christ n'est pas une foi dans la peur, comme si nous avions peur d'être bannis. La foi en Jésus-Christ est basée sur un mot, le mot Évangile, evangelios, et nous ne pouvons pas oublier que le mot Évangile veut dire : bonne nouvelle. C'est une bonne nouvelle qui nous rassemble, nous ne sommes donc pas des hommes et des femmes apeurés qui croiraient parce qu'ils auraient peur d'entrer dans une sorte de damnation. Nous sommes au contraire des hommes et des femmes debout dans notre espérance ; une espérance qui n'a rien à voir avec l'espoir. Je peux perdre un espoir humain, être dans un camp de concentration, être dans un déchirement épouvantable, ne plus avoir d'espoir, et pourtant être habité d'une espérance. Quelle est donc la différence entre l'espoir et l'espérance ? Cela est signifié depuis la crèche de Noël jusqu'à la Croix de la Passion qui nous fera aboutir à la Résurrection, au coeur du tombeau manifestation de la mort. Oui, nous sommes des hommes et des femmes de l'espérance, au coeur du désespoir humain. Ainsi nous ne pouvons pas nous laisser abimer par la peur, et notre foi n'est pas une réponse à la peur, mais elle est une réponse à un appel. 

Ainsi dans l'Évangile de ce matin Jésus veut surtout nous poser cette question : " sommes-nous prêts"? Sommes-nous prêts à attendre, à entrer dans ce combat de l'attente ? Dans son épître aux Romains, Saint Paul nous parle des païens et des circoncis, autrement dit, lui qui vient du peuple juif, il nous parle de ceux qui ont reçu cette première délégation en Moïse, les circoncis, et il nous parle des païens, ceux qui ne l'ont pas reçue, qui sont de l'autre monde à l'époque de Rome ; et Saint-Paul annonce par là qu'il va y avoir une réunification. Le fils de l'homme vient pour réunir, oui, mes amis, il y a, en nous, un travail de réunification à faire, il y a une partie en nous qui a été marquée par la circoncision, non pas que nous soyons juifs, bien que nous soyons héritiers de cette foi, mais une partie de nous est marquée par la circoncision donc par la foi : " je crois, je crois en Dieu. " Alors, parce que je crois en Dieu j'essaye d'animer ma vie, plus ou moins dans cette orientation, vers cette lumière que je décline comme étant cette manifestation de l'amour. Et j'essaye, jour après jour, de faire au mieux, en priant, en aimant mon frère, en célébrant ; et puis il y a une partie païenne en moi, une partie qui résiste, qui est animée par cette voix en moi qui me dit : et si tout cela était un conte, et si tout cela était une belle histoire ; Nous sommes tous dans cette dualité entre une parole à laquelle nous croyons, qui nous anime, et puis de l'autre cette humanité qui nous déprime et nous fait parfois basculer. 

Ainsi lorsque Paul parle des circoncis et des païens, il nous parle de ce combat intérieur. Et dans l'Évangile de ce matin, Jésus nous invitant à l'espérance, au combat, dit : " trouverai-je encore la foi lorsque je reviendrai sur terre ?" Il nous invite à passer du monde païen au monde circoncis, c'est-à-dire à ce monde qui peu à peu va se mettre en alliance, car la circoncision n'est pas simplement un acte culturel, elle n'est pas simplement la façon d'appartenir à un peuple ; la circoncision c'est cet acte symbolique pour vivre, " je suis relié à plus grand que moi." Et dans ses visions, Daniel dans la première lecture nous parle de la venue du fils de l'homme, celui qui va aller vers le patriarche, ainsi ce n'est plus Dieu qui vient vers l'homme comme ce fut le cas dans la première manifestation en Moïse, comme ce sera le cas en Yeschua, mais par la venue du fils de l'homme c'est aussi l'homme qui s'élève vers son Dieu. Aussi, dans l'espérance, nous est posée cette question : " es-tu prêt à tout vivre pour vivre l'élévation ?" Car le but de notre vie c'est de nous étirer de l'Adam, nous étirer de l'Adama, de nous étirer de cette terre pour aller vers le royaume de l'élection : tu es élu, mon frère, ma soeur, et les sauvés ce ne sont pas ceux qui seraient sauvés par rapport à ceux qui seraient damnés ; les sauvés ce sont ceux qui s'arrachent de ces terres de damnation. Car ces terres de damnation ne sont pas damnées par Dieu , elles sont damnées par nous. Et Dieu nous propose de nous en élever pour aller vers une liberté de plus en plus grande. Damnation de nos couples, blessés, abîmés par manque d'amour ; damnation de nos économies qui laissent sur la route des hommes et des femmes sans travail et sans dignité ; damnation pour tant de peuples qui s'entre-tuent au nom d'une idéologie, oui, damnation de tous côtés qui viennent de nos égoïsmes. Mais : bénédiction, élection , amour en Dieu qui nous invite à nous tirer de là et à entrer dans la terre promise, c'est-à-dire au coeur de nous-mêmes, là où ça saigne, là où il y a, en nous, ce cri qui nous fait dire : " où es-tu mon Dieu ?" 

Alors ce matin, nous sommes invités par l'Eglise à travailler cette vertu théologale de l'espérance. Je n'ai plus d'espoir mais j'ai l'espérance. Dès lors, ce qui est de l'ordre de la mort, de tout ce qui pourrait être mortifère, que nous signifions par la Croix, est comme le prélude d'un ailleurs, d'un autrement, d'un passage, d'une Pâque, il va falloir passer. Comment pouvoir passer ? réinventer un dialogue avec toi, mon fils, toi qui me rejettes, toi qui me trouves tellement archaïque, vieilli ; comment trouver le mot pour qu'il vive le printemps de la vie. Toi mon amour, toi qui penses que nous n'avons plus d'avenir dans notre couple parce que fatigué par les années, comment inventer d'autres mots pour nous dire la jeunesse de l'éternité de, je t'aime. Toi mon voisin, que je vais tuer parce que tu faisais trop de bruit, comment trouver un autre dialogue pour inventer l'humanité qui se réconcilie. Oui, l'attente, l'espérance, c'est de placer l'amour au coeur de ce qui apparaît comme cloisonné, verrouillé. Au cours de cette semaine, mes amis, si nous voulons être porteurs de ce message d'espérance, il nous faut nous relayer en haut, prendre le temps de prier, pas pour rabâcher des prières mais pour regarder un instant, une minute, une heure Celui qui nous dit : " tu es plus grand que toutes tes misères," alors si nous faisons cela nous nous rappellerons que au-delà de tous les affres de l'histoire, nous sommes beaux, nous sommes grands, parce que nous sommes éternels au-delà de nous. 

Amen