Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

10 mai 018

par le Père Pierre Colombani

Ac1,1 - 11 // Ep 4, 1 - 13 //  Mc 16, 15 – 20

            Ascension du Seigneur

Ces trois textes que nous venons d’entendre mes amis, comment les appréhender pour ne pas faire une lecture qui pourrait nous choquer, surtout quand on entend dans l’Evangile : « Ceux qui ne croiront pas, ils seront condamnés »

D’abord, il y a un nom ; j’allais presque dire un titre qui est donné au départ dans le passage des Actes des Apôtres. En effet, on entend cette expression : « Je m’adresse à toi Théophile » ça peut paraître un prénom, comme cela ; nous portons chacun chacune un prénom. Mais dans Théophile, il y a Théos e il y a Phile ; ainsi Théophile cela veut dire, « l’ami de Dieu » ? Autrement dit, lorsque commence cette évocation, nous sommes chacune chacun interpelés en tant qu’amis de Dieu. Et du coup, résonne la question : Sommes-nous vraiment « ami de Dieu » ? … Que veut dire être ami de Dieu ?

Toutes les religions parlent de Dieu. Depuis toujours que l’homme existe on parle de dieu ; comme si nous cherchions dans notre humanité une certaine protection face aux aléas de l’histoire. Etre ami de Dieu, qu’est ce que cela peut représenter ?

C’est là que les textes nous font entrer dans un cheminement où nous allons saisir la profondeur de cette grande fête de l’Ascension. L’ami de Dieu, ce n’est pas celui qui va rester là figé devant le ciel. Effectivement lorsque nous parlons de Dieu, nous avons tendance à mettre un Dieu dans le ciel, ailleurs, très loin, au delà de tout, inaccessible. Tellement inaccessible que nous regardons ce Dieu qui nous permettrait de nous évader, de ce monde, d’en sortir pour oublier toutes les difficultés et contraintes et espérer autre chose. Et lorsque l’on vit un drame comme celui que j’ai évoqué au départ de cette liturgie : cette disparition de cette femme encore jeune, terrassée par le cancer ; je dois accueillir que tu sois musulman, comme nous pouvons tous en connaître, oui, nous regardons vers le ciel, et en tant qu’ami de Dieu alors, nous devenons tellement fades parce que nous ne savons plus dire; les mots véritables, les mots de l’espérance et nous sommes comme tétanisés. La mort à donc le dernier mot.

Ou bien : Toi Seigneur si tu existes, comment nous protéger de cela, et nous n’avons pas la réponse.

« Qu’avez-vous donc à rester là à regarder le ciel ? » Ainsi commence la fête de l’Ascension par cette interpellation terrible pour nous. Oui, nous sommes invitées à être des contemplatifs de Dieu, non pas en regardant le ciel, non pas en voulant nous évader de ce monde, mais si nous voulons être contemplatifs de Dieu, il nous faut être incérés en ce monde et voir dans chacune de ses réalités qui nous font tellement peur, voir la grandeur de Dieu, voir la présence de Dieu, voir cette intimité, cette proximité du Seigneur.

Où es-tu Seigneur ?  

 

Ainsi nous arrivons à l’Evangile ; … à l’Evangile où le Seigneur nous dit : « Voilà, désormais, je m’en vais, mais je vous fais le don du Saint Esprit. »

Ce Saint Esprit que nous allons célébrer à Pentecôte…. Mais au moment où il fait ce don, le Seigneur se retire et devient invisible à nos yeux. Ce caractère d’invisibilité mes amis, va sans nous rappeler un événement des plus étonnant au début de la vie. En effet, après les premiers récits de création, il nous est dit dans la Thora, que Dieu se retire ; on appelle ça le sting Sung, le retirement de Dieu. Ce retirement ce n’est pas une manière de dire : « eh bien, voilà ! je vous ai offert ce monde et maintenant débrouillez-vous ! Comme si nous étions piégés. Mais ce retirement de Dieu, c’est au contraire pour nous mettre en mouvement ; Dieu se retire pour laisser émerger la Création. Dieu se retire pour laisser émerger l’homme.

Et toute la prédication de Jésus, lorsqu’il nous parlait de prendre la dernière place, nous l’entendons souvent sous le registre de la morale ; ne pas être le premier, mais en réalité, être le dernier cela veut dire laisser… laisser la place à l’autre, laisser la place à celui qui n’est pas reconnu, laisser émerger la Création, laisser émerger le couple, laisser émerger la famille ; ne pas vouloir être à tout prix celui qui sait, celui qui dit, celui qui va proclamer une vérité mais qui laisse au contraire émerger la vérité.

C’est toute l’attitude de l’Ascension qui résonnant à l‘aide du Sting Sung nous fait comprendre que le retirement de Jésus ce n’est pas un acte magique, mais c’est une manière dans l’invisibilité de nous rendre co-responsable avec Lui de la Liberté, du Salut. Et là alors, quand nous arrivons à cet Epitre de Paul aux Ephésiens ; Paul qui nous parle de l’Eglise, mais une Eglise qui n’est pas l’institution Romaine, qui n’est pas l’institution Orthodoxe, qui n’est pas l’institution protestante, l’Eglise qui est vraiment ce rassemblement des baptisés qui constituent le Corps et qui vont donner un caractère visible à celui qui n’est pas visible parce qu’il n’est pas réductible à une définition quand bien même elle serait dogmatique. Qui n’est pas réductible à une affirmation, quand bien même elle serait conciliaire. Qui est toujours au-delà, parce qu’il est le mystère. Le mystère non pas parce qu’il serait bizarre, mais le mystère dans le sens qu’il est encore voilé et que ce qui est voilé doit se laisser dévoilé et le rôle de l’Eglise n’est pas de dire : « Ceci est bien ! ceci est mal ! ceci est permis, ceci est interdit ! mais le rôle de l’Eglise, c’est que petit à petit, c’est de soulever ce voile et de rendre visible ce qui ne l’est pas encore. Ainsi, la fête de l’Ascension nous renvoie réellement à notre condition de baptisés, à notre condition de membres de Corps du Christ, à notre condition d’ecclésias, d’église ; non pas un petit groupement qui serait là comme une quelconque religion, mais réellement cette communauté des ressuscités qui manifestent…. Et qui manifeste quoi ? Qui manifestent la valeur de l’Evangile.

Et là, l’Epitre nous le dit. Ceux qui réellement sont dans cette dimension là, St Paul nous le dit : « Ceux-là vont être dans la douceur, ceux-là vont être dans l’écoute, dans la conscience, dans l’amour » Non pas dans l’amour beat, mais dans l’amour au sens « je meurs à mon égo, à mon attente pour te laisser advenir dans la totalité de ton altérité, dans ce que tu es ; moi qui suit homme, je dois te laisser être femme ; moi qui suis femme, je dois te laisser être homme. Moi qui suis Chrétien, je dois accueillir que tu sois musulman, Juif, Indou. Moi qui suis croyant, je dois accepter peut-être parfois que tu sois un incroyant, un agnostique, un athée. Moi qui suis dans mon cheminement je dois accepter que tu sois dans ta philosophie peut-être même ce que l’on appelle maçonnique. Mais peu importe, là où je suis, je suis planté, je suis placé pour révéler ce visage, cette autreté du Christ qui ne m’appartient pas ; que je n’ai pas comme une possession mais que je dois vivre dans l’amour, dans la charité dans la tolérance, dans l’écoute, dans la bienveillance, dans la beauté. Ainsi, se décline alors tous les ministères dont nous parle St Paul : le ministère de l’apostolat, le ministère de la prophétie, le ministère du chant, le ministère diaconal du service, peu importe, mais chacune, chacun, nous sommes ainsi convoqués à partir de notre état de Théophile, à partir de notre état d’ami de Dieu.

Oui mes amis, cette fête de l’Ascension nous prépare à cela, nous rappelle cette vocation là. Et si réellement nous la creusons, alors réellement nous pourrons aller vers Pentecôte. Alors nous pourrons vivre cet accueil de l’Esprit Saint, cette épiclèse, cette descente du Souffle Divin sur nous. Encore faut-il que nous le désirions, encore faut-il que nous soyons féconds pour nous laisser saisir par Lui. Et pour ce faire, il y a ce lien intrinsèque entre la fête de l’Ascension et celle de Pentecôte qui nous dit que réellement le Christ s’est retiré pour que nous devenions chacune, chacun, à notre tour Christ nous-même ; car Jésus est la manifestation du Christ. Et le Christ aujourd’hui parle par son Eglise. Et une Eglise qui va au delà de toutes les limites, de toutes les frontières.

Alors oui ! partons à l’évangélisation.

Mais l’évangélisation ne doit pas être un prosélytisme. L’évangélisation qui doit être une Bonne Nouvelle, qui met l’homme en mouvement ; qui leurs redonne du sens, qui leurs redonne de l’espérance. Et au moment où nous voulons nous enfermer derrière des frontières qu’elles soient géographiques, qu’elles soient religieuses, bannissons tout cela. Soyons réellement les enfants d’un même Père, un même Christ, comme le dit Paul, car il n’y a qu’un seul Christ, car il n’y a qu’un seul Père ; car il n’y a qu’une seule humanité.

Ainsi, plus de racisme. Ainsi plus de haine de l’autre. Ainsi, plus de différenciations qui nous mettent toujours en opposition. Et sans être dans la confusion, nous pourrons vivre de la sorte : de la communion véritable.

Puissions-nous au cours de cette eucharistie où nous allons communier à travers le Pain et le vin devenu le Corps et le Sang du Christ ; puissions nous viser cette communion-là et devenir ce Corps du Christ qui nous accompagne dans son invisibilité. Alors oui, je vous le dis ; Pentecôte qui approche sera une immense Bonne Nouvelle pour le monde.

Amen