Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 1er novembre 2015 - Fête de la Toussaint


Is 11, 10 à 13
Ap 7, 9 à 12
Mt 5, 1 à 12a


La Toussaint, fête de tous les saints ! En ouvrant cette divine liturgie, je vous parlais de la communion des saints et de la rencontre entre la Jérusalem d’en haut et de celle d’en bas. Le mystère de la Toussaint va encore plus loin. Cette fête nous renvoie à notre vocation profonde. En tant qu’orthodoxe, il y a un mot que nous chérissons particulièrement, c’est le mot de déification. Se déifier. Entrer dans la nature divine. Au-delà de la sanctification, qui veut dire la même chose, mais qu’en Occident on a tellement galvauder pour en faire un mot qui ressemblerait à une sorte de morale, et donc de culpabilisation, parce que on ne serait jamais assez saint, entendu comme pur, la déification est vraiment l’invitation à entrer dans la nature divine. Confesser que Christ est vrai Dieu et vrai Homme, c’est dire que, dans notre nature humaine, nous pouvons vivre l’expérience de la Nature Divine.


L’épître de St Jean est de cette étoffe. St Jean nous dit que comme Lui est pur, nous pourrons devenir des purs. Pour cela, il faut Le connaître. Comment connaître le Seigneur ? C’est là un mystère extraordinaire. Il y a les textes de sacrés, les témoignages dont nous sommes dépositaires depuis deux mille ans en tant que chrétiens, et de près de six mille ans en tant que judéo-chrétiens, mais cette manducation des textes suffira-t-elle pour nous faire entrer dans la nature divine ?


Or, dans l’Evangile de St Matthieu, ce matin, les Béatitudes, que nous avons l’habitude de chanter, nous orthodoxes, en introduction à toute divine liturgie le dimanche, sont exactement le chemin par lequel nous pouvons trouver la déification. Elles sont comme des harmoniques, des balises données à chacune et chacun de nous. Nous pourrions nous interroger sur la béatitude qui nous parle le plus, car pour l’un, ce sera la miséricorde, pour l’autre, la douceur, pour celui-ci, la pauvreté de cœur, pour l’autre, le combat pour la justice ; l’intérêt, c’est que chacun d’entre nous s’approprie une de ces béatitudes, voir toutes bien sûr, et à travers chacune de ces béatitudes faire l’expérience d’une transformation intérieure. Que l’on prenne la porte d’entrée de la douceur ou de celle de la justice, celle de la paix ou celle de la miséricorde, nous nous apercevrons que, toujours et encore, chacune de ces béatitudes est un appel à une transformation, à une transmutation, à une résurrection. Qui dit pureté dit impureté, qui dit paix dit violence, qui dit miséricorde dit rancune, qui dit pauvreté de coeur dit richesse en soi. 


Ceux que nous appelons des Saints ne sont pas des gens extraordinaires que nous pourrions mettre sur un pied d’estale, et qui seraient indépassables, mais ils sont saints parce que, à un moment donné, ils ont eu le courage et l’audace de relever ce défi : oui je ne suis pas un doux, je ne suis pas un pur, je ne suis pas un miséricordieux, mais cette béatitude, je la fais mienne, et peu à peu, elle va devenir l’appel incessant à ce retournement, à cette métanoïa, à cette transformation, à cette relevée d’entre les morts en moi. Une multitude d’hommes et de femmes, de jeunes, de vieillards ont vécu comme cela. Ce sont ces êtres que nous vénérons, ce sont eux que nous appelons aujourd’hui, qu’ils soient pour nous comme des témoins, des exemples de vie, où ils nous montrent que c’est possible d’entrer dans cette déification.


C’est cette foule immense, dont parle St Jean dans le Livre de l’Apocalypse et dont il a eu la vision. Une foule immense s’approche du trône du Seigneur parce que réellement, profondément chacune de ces béatitudes est l’expérience du Divin.
Dès lors, lorsque nous parlons de déification, ne pensons pas que ce soit un mot éterré, une sorte de bonne intention, c’est le programme existentiel pour le chrétien, ce qui nous est profondément demandé pour connaître Dieu, car je ne peux pas connaître Dieu si je ne l’expérimente pas Expérimenter Dieu, c’est vivre ces béatitudes.


Jésus le Christ est le Fils de Dieu, l’Unique en ce qu’Il est le seul à l’avoir connu dans ce mystère trinitaire, tel est le sens du prologue de St Jean. Ce Jésus Christ s’est révélé à nous comme le Messie, comme le Sauveur, il nous donne accès à ce Divin en nous présentant simplement chacune de ces béatitudes. Plutôt que de chercher des techniques de respiration, de prières, nous devrions prendre ce texte, l’apprendre et le connaître par cœur et nous le répéter encore et encore pour qu’il vienne nous buriner intérieurement, nous interroger, nous réveiller dans nos consciences et nous dire « où es-tu capable d’être artisan de justice ? », « où es-tu capable d’être artisan de paix ? », « où es-tu le pauvre dans ta vie ?» et ainsi, peu à peu, entendre alors cette parole, qui n’est pas un vieux parchemin, pas de simples mots, mais une parole qui nous étreint, qui nous saisit, qui nous enlace et devient le chant d’amour de tous ceux qui, de l’autre côté du voile, nous disent encore et encore : priez avec nous, priez par nous, priez pour nous. Mais cette prière devient très précise, très existentielle, très orientée à travers chacune de ces béatitudes qui nous mettent en marche, comme le disait l’exégète Chouraqui. 


C’est la fête de la Toussaint, nous devrions exulter de joie !


Lorsqu’on entend dans les médias que la Toussaint, c’est la fête des Morts, rasons cela. Demain, nous prierons pour nos défunts. Mais la Toussaint n’est pas la fête des Morts, mais celle des Vivants, vivants qui sont de l’autre côté, les vivants que nous sommes invités à devenir. Cette fête est réellement une fête, c’est-à-dire la contemplation de ce à quoi nous sommes appelés, devenir image de Celui qui est le Vivant par excellence, parce qu’Il est amour et, dans son amour, Il est dépossession de lui-même pour permettre à l’autre, et en l’occurrence à nous, de devenir à son image, imago dei, image divine, visage du Vivant, image de celui qui n’est que vie et amour.


Alors, au plus secret de nos prières et de nos cœurs, ce soir, dans le face à face avec le Seigneur, reprenons ce texte et demain et après demain et dans un mois et toujours reprenons le, il est le fondement par lequel nous pouvons dire « Seigneur, tu n’es pas là haut, tu n’es pas en bas, tu es en moi, car c’est par Toi, et par moi, que nous devenons qui Tu es et qui je suis, fils de Dieu, fille de Dieu, comme le disait st Jean dans son épître .
Prions avec tous les saints du ciel pour cela. Amen