Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) -  VEILLEE PASCALE - samedi 26 mars 2016



Chers amis,


Quel orgueil, quelle folie, quelle inconscience que de crier dans cette nuit « Christ est ressuscité ! » lorsque nous venons de vivre des drames comme à Bruxelles, comme au Bataclan, comme à Charlie hebdo. Quel esprit puéril nous habite quand nous savons qu’il y a la guerre en Syrie, au Liban, en Palestine, partout dans le monde, et puis la crise économique, nos peurs face à cette globalisation de l’économie, devant laquelle tous les spécialistes semblent démunis.

Serions-nous donc, nous les chrétiens, amnésiques de ce monde ?

Serions-nous comme dans une sorte de bulle, ne voulant pas regarder la réalité en face ? Que veut dire le cri que nous poussons depuis ce soir : « Christ est ressuscité » ? 

Plus qu’une liturgie, plus qu’un rituel, plus qu’une célébration, ce soir réellement plongeons dans notre conscience profonde pour essayer d’entendre la portée de cette parole.

Nous avons d’abord entendu ce grand passage merveilleux du Livre de la Genèse, qui nous rappelait dans un mouvement cette création : premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième sixième et tout à coup le septième jour, la création était achevée.

Ce mouvement est une présentation symbolique pour nous faire entendre qu’effectivement tout se fait dans une évolution. Si, parfois, nous avons pu condamner des gens comme Galilée, ce n’était pas le christianisme, c’était cette peur humaine de dire à partir du moment où nous croyons à la vérité, nous ne voulons pas entendre autre chose. Or, ce mouvement de la création en six jours pour arriver au septième, c’est vraiment dire que le temps de l’Histoire est important, que tout ce que nous allons découvrir participe de la création, de l’oeuvre de Dieu. Il n’y aurait pas d’un côté l’œuvre de Dieu et de l’autre l’œuvre de l’homme, mais tout ce que l’homme va mettre en mouvement participe à l’oeuvre de Dieu, à condition que cet homme reste toujours tendu vers le septime jour, le jour du Sabbat, c’est-à-dire cette reconnaissance que tout ce que nous mettons en œuvre est un prolongement d’un don premier qui nous vient de Celui que nous nommons Dieu parce que nous n’avons pas de mot pour le dire, Lui l’Incréé, Lui au-delà de tout. Ainsi ce mouvement de la création nous fait entendre que, certes, aujourd’hui nous vivons des temps troublés, mais toujours dans l’histoire des hommes il y a eu des temps troublés, des guerres, des violences, des combats, et qu’au cœur de ces combats, peu à peu, le mouvement de la création s’est perpétué, rien ne l’a arrêté, pour aboutir au Christ Ressuscité. Ce jour du Sabbat, c’est vraiment l’expression symbolique de Celui qui va ressusciter.

Arrive alors le deuxième texte du Livre de l’Exode qui nous rappelle cet événement formidable : ils étaient esclaves en Egypte et ils se retrouvent sur la terre de la liberté. Certains ont pu être effrayés d’entendre le chant du psaume « il a tué les premiers nés d’Egypte, éternel est son amour ». Quelle folie de chanter « Eternel est son amour, alors qu’il tue ». Non, ce n’est pas l’aîné de l’Egypte, l’aîné de pharaon, c’est l’aîné de l’Egyptien que je suis, pharaon que je suis, quand je reste dans ma toute puissance, puissance de croire que je vais posséder mon épouse, mon enfant, mon ami, la terre, que je ne peux pas accueillir l’autre, que je suis dans les frontières, que j’ai une vérité religieuse, une vérité politique. Dans cette toute puissance alors, je suis comme pharaon, comme l’égyptien, et ce premier né est en moi, il doit mourir ; tu n’es plus l’enfant de cette femme, de cet homme, de cette terre, tu deviens mon enfant. Alors, il faut qu’il meure, et là tu vas pouvoir quitter tous les esclavages parce que la terre d’esclavage que piétinaient les hébreux, nous continuons à la piétiner. Nous disons que nous venons d’Adam, mais Adam ce n’est pas le premier homme, nous ne sommes pas stupides, Adam cela veut dire adama, tiré de la terre. Nous sommes tirés de la terre de l’esclavage et nous piétinons dans nos esclavages, nous n’en pouvons plus. Tout ce qui se passe aujourd’hui, Daesch et tout le reste, ce sont l’expression de nos esclavages personnels, collectifs, sociaux, sociétaux. Le Seigneur nous dit qu’il nous conduit vers cette terre nouvelle où couleront le lait et le miel ; ces hébreux qui étaient aussi stupides que nous, traversent la Mer Rouge à pieds secs, autrement dit, ils osent traverser leur peur, tout ce qui encombre leur conscience et ils vont, sans savoir où ils vont. Et nous osons-nous aller ? 

C’est la question que nous posait, dans la troisième lecture le prophète Isaïe: « Je vous donnerai de l’eau, vous qui avez soif ». Mais, certes ce soir, il fait chaud et nous avons soif, mais avons-nous soif de la Vie ? Ou vivons-nous, comme cela au gré des événements, un jour on se marie, on a des enfants, quelques amis, nos habitudes dans nos petites paroisses, dans nos associations, nos activités professionnelles et nous sommes menés par le mouvement. On agrémente la vie de quelques loisirs. Mais est-ce cela la Vie ?

Quelle est notre soif ? Lorsque le prophète Isaïe pose cette question, il nous pose en réalité la question du sens. Quel sens donnez-vous à votre vie ? Quel sens donnons-nous à notre existence ?

Nous entendons que le premier, deuxième, …., septième jour, c’est le mouvement de notre histoire pour monter vers le septième et que pour monter vers le septième jour, il faut sortir de nos esclavages, passer la Mer Rouge à pieds secs. J’ai soif de toi, après toi, languis ma chair. Où es-tu mon Seigneur ? Tu es là dans le visage de mon frère, de ma sœur, de mon époux, de mon enfant, de ce frère, celui que j’aime, celui que je n’aime pas. Vais-je répondre à cette présence ?

Arrive alors le quatrième texte, celui du prophète Ezéchiel, qui nous dit « Vous serez mon peuple, je serai votre Dieu ». Notre Dieu ! Chaque fois que nous parlons de Dieu, nous sommes des païens, parce que nous allons mettre notre petite bougie devant l’icône, devant la statue en disant Seigneur, protège moi. Le Seigneur auquel nous croyons n’est pas un patriarche barbu dans le ciel, une divinité, une assurance contre la vie, mais c’est Celui qui est ressuscité. Mais s’il est ressuscité, il est passé par la mort. Nous aussi, nous vivons de morts, des ruptures, des blessures, des injustices, des incompréhensions. Au cœur de ces blessures, se joue alors la question « crois-tu que tu meurs là ou qu’il y a une autre possibilité ? Tu as divorcé, mais tu peux renaître et trouver un autre chemin. Tu t’es disputé avec l’être aimé, mais tu peux recommencer un autre chemin, tu as échoué dans tes projets, mais tu peux renaître sur un autre chemin. « Je serai leur peuple, leur Dieu ».

Ainsi cette parole nous amène à contempler que, pour être peuple de Dieu, il ne suffit pas de dire Dieu, mais il faut vivre comme des vivants. Pour être vivant, il faut entrer au coeur de nos ruptures pour jaillir comme la lumière a jailli ce soir et a éclairé notre ténèbre et par là, constamment comprendre que l’histoire n’est pas hier, mais demain. Même si nous sommes très âgés, si nous sommes fatigués, malades, en prison, blessés par la vie, la vie est demain et elle n’est pas hier, parce que hier, c’était le temps de l’esclavage. Quelque soit notre situation, la liberté est toujours devant parce qu’il faut nous mettre en mouvement.   

Arrive alors l’épitre de St Paul aux Colossiens « Christ est ressuscité ! » je ne peux plus vivre comme un mort, mais comme un vivant. Le Christ ressuscité n’est pas simplement Yeshua, Jésus. Oui, Il est ressuscité, mais ce Jésus ressuscité inaugure notre histoire et il nous appelle nous tous à devenir le Christ, l’oint du Seigneur, celui qui se dépouille du vieil homme pour accueillir la puissance divine et donc aujourd’hui est le jour nouveau, le temps du béréchit, le premier moment où ma conscience jaillit et comme la Vierge Marie, je crie « me voici Seigneur ».

Enfin, l’Evangile de St Jean disait « au matin de Pâques, la pierre était roulée ». Cette pierre roulée, ce sont nos histoires ; si nous voulons être des vivants, roulons les pierres de nos vies parce que nous sommes trop emmurés dans nos certitudes, dans nos peurs, nos angoisses. Il faut briser les verrous de la peur. Les disciples ne voient rien, il n’y a rien dans le tombeau. Les esprits chagrins vont dire qu’il n’y avait rien dans le tombeau, c’est une fadaise. Le tombeau est le lieu de la mort. La mort n’existe pas, c’est le milieu où va mourir le corps. Ce que je suis dans mon âme, dans mon esprit est éternel. Jésus Ressuscité ne pouvait pas rester dans ce tombeau. Ne restons pas dans nos tombeaux. La résurrection sera un jour à la fin des temps, à la fin de notre histoire ici bas, mais elle est pour nous dès maintenant. Ne restons pas dans nos tombeaux, n’ayons pas peur, oui il y a Daesch, l’injustice, la crise économique, la guerre, la violence. Mais je n’ai pas peur, car vous pourrez me briser mes membres, me couper la langue, me piétiner, Christ est ressuscité et ma vie est ressuscitée parce que dire je crois en Dieu, ce n’est pas une hypothèse, une expression, une philosophie, mais cela veut dire « je suis l’être qui se mettant debout, rien ne pourra l’arrêter. Libre je suis, libre je suis né, libre je mourrai et libre je vivrai éternellement car Il est ressuscité, et, avec Lui, c’est toute ma vie qui devient enchantement. Alléluia.