Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 16 juin 2013 


Michée 7,  18 - 20

Romains 8,  18 - 23

Luc 5,  1 - 11


            La pêche miraculeuse, texte tellement connu, texte tellement médité. Pour entrer ce matin dans la compréhension de ce texte, la pêche miraculeuse, je pense qu'il faut d'abord partir de l'épître de Saint-Paul aux Romains, cette épître où l'apôtre nous parle de toute cette Création, de tout ce cosmos en attente d'achèvement. Cette réflexion de Paul est très intéressante, elle n'a pas un caractère cosmique au sens scientifique ou philosophique, c'est une réflexion spirituelle. Paul est comme tous ces premiers chrétiens qui sont face à ce dilemme : la mort et la Résurrection viennent de se produire, nous sommes quelques décennies dans le prolongement de cet événement pascal, et donc, d'une certaine façon, non seulement la Révélation est plénière, mais le Salut est réalisé, accompli. Dès lors, on est dans cette attente du retour du Christ que l'on appelle la Parousie. Tout est accompli, comment se peut-il que le monde puisse porter encore les stigmates du mal, les blessures qui ont toujours caractérisé l'ensemble du monde, l'ensemble des mondes, l'ensemble de la Création. Dans cette épître, Paul nous place devant cette espèce d'étirement qu'il y a entre cette plénitude accomplie en la personne de Jésus-Christ, et cette réalité qui semble résister, comme si tout n'avait pas été saisi par cette densité lumineuse de la venue de Dieu parmi nous.

         Là alors, ayant entendu cette réflexion de Paul, nous pouvons nous rappeler quelle était déjà l'espérance du premier testament, c'est ce qu'évoque le prophète Michée : " Nous savons que tu es un Dieu qui, depuis notre Père Jacob, devenu Israël, depuis notre Père Abraham, le père de la foi, fait que nous sommes aimés, nous sommes sauvés, donc nous sommes dans cette marche qui nous conduit vers un avènement. Et pourtant, la souffrance dans nos corps, dans nos âmes, et pourtant encore la mort qui vient nous frapper, et pourtant l'injustice, et pourtant ce monde qui ne va pas. Alors oui Seigneur dis nous quel est le sens ? Et là, nous aboutissons à cette pêche miraculeuse.

         Car au fond, la réflexion de Paul comme celle du prophète Michée, sont comme ressaisies par la parole de Pierre : " Mais nous avons pêché toute la nuit et nous n'avons rien pris ?" Nous sommes face à cette réalité qui résiste : nous sommes allés à la pêche, dans la nuit, dans la nuit de notre doute, dans la nuit de notre histoire, dans la nuit de notre incompréhension, nous avons fait l'acte de foi et nous sommes allés chercher ce poisson, mais nous ne l'avons pas trouvé... " Mais, sur ta Parole nous allons retourner."  Il me semble que là, nous avons toute la pointe du texte qui nous permet de comprendre le rapport entre la Révélation qui nous a été faite et cette Parousie, ce retour du Christ. " Sur ta Parole nous allons retourner. Tant que les hommes vont parler de Dieu, de Jésus, le monde ne pourra goûter la plénitude de la fécondité de la Résurrection ; car nous serons toujours dans une sorte d'extériorité, nous évoquerons une divinité, nous évoquerons une spiritualité, nous évoquerons un salut, mais ce ne sera qu'en périphérie, toujours loin de nous. Le Seigneur nous disant : " Va au large, va jeter les filets !" Il nous invite à repartir, mais sur Sa Parole, non plus sur un simple acte de foi qui consisterait à être dans une peur face à laquelle nous aurions besoin de nous raccrocher à une religion, à une mystique, mais sur la Parole du Seigneur. Autrement dit, quel soin prenons-nous de cette Parole ?  Est-elle la parole d'un vieux parchemin, d'un texte poussiéreux, où est-elle cette Parole Vivante qui vibre en nous ? Et si tel est le cas comment en prenons nous soin ?  

         Prendre soin de la Parole, mes amis, c'est prendre le temps d'écouter dans son intérieur, dans son âme, dans son esprit Celui qui nous dit : " va au large, va jeter les filets !" Prendre le temps de la prière, c'est là que nous allons entendre une parole qui vibre, et qui est vivante parce que Christ est vivant. Là, véritablement nous allons pouvoir comprendre que souvent nous sommes allés au large avec nos barques d'ennui, mais nous étions dans un acte volontaire, ne comptant que sur nos propres forces, que sur nos propres énergies, nos propres capacités. Lorsque Pierre va dire : " sur ton ordre, sur ta Parole, je retourne, je m'en remets à toi,"  là alors Celui qui est ressuscité est véritablement vivant, car sa Parole poursuit son oeuvre, par l'Eglise.  L'Eglise, qui n'est pas une religion, qui n'est pas une institution, mais l'Eglise, qui est le corps vivant du Christ, maintenant ici, et maintenant aujourd'hui, pour aujourd'hui. Elle déploie ce mystère de la mort et de la Résurrection, et qui, déjà, nous fait goûter à cette parousie que nous attendons mais qui n'est pas pour un jour, à l'avenir, mais pour maintenant.

         Et si réellement nous portons ainsi la Parole nous devenons l'Eglise, le Corps mystique du Christ, c'est-à-dire, qu'il y a en nous comme une sorte de régénération, de transmutation, de transformation : " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. Ce n'est plus moi qui prie, c'est le Christ qui prie en moi. Et là alors, le monde peut goûter aux prémices de cet accomplissement tant attendu.  Aussi pour nous, la question est toute simple, mes amis : quel soin prenons-nous de la Parole : dans la méditation de l'écriture, dans l'écoute intérieure par le silence, par la messe où nous nous rassemblons pour être dans ce saisissement ? Mais une Parole qui nous place dans ce corps nouveau : l'Ecclésia, l'Eglise. Et quel soin prenons-nous de notre Eglise  ?  Notre Eglise, ce n'est pas une chapelle, ce n'est pas : catholique romain, orthodoxe, protestant,  ce sont tous ceux qui sont mus par l'Esprit Saint, mus par le Souffle de vie ; tous ceux qui se rassemblent pour être dans cette manducation de la Parole et qui la portent haut et fort dans leur diversité: diversité de climat idéologique, diversité de sensibilités, diversité d'histoires, pour que, par cette diversité, le monde humain soit saisi dans ces 7 milliards et demi d'hommes, pour que les mondes existants soient tous saisis, pour que toute cette réalité diversifiée : angélique, subtile, soit saisie également.

         Ainsi, nous sommes dépositaires d'une Bonne Nouvelle, d'une Révélation, d'un Salut accompli, mais dont l'accomplissement se poursuit et passe par notre liberté, par notre oui, par notre présence, par notre capacité, à l'exemple de Marie, de dire : " Me voici " !  C'est exactement ce qu'ont fait Pierre et les apôtres. Et dans ce passage de saint Luc il est précisé que Pierre, c'est l'universalité, Jacques, premier évêque de Jérusalem qui va enraciner cette Eglise universelle en un lieu toujours précis et Jean qui donnera toute la profondeur, toute la densité de cette Eglise par la Parole : " Dieu est amour."

         Père du ciel et de la terre, je te remercie de nous révéler cela, puissions-nous rester petits pour l'accueillir.  


Amen.