Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 6 avril 2014


Lam 3,53 à 58

1Jn5, 16 à 20

Jn 11,1 à 44


En ce cinquième dimanche de carême, l'Évangile nous fait vivre la résurrection de Lazare. Nous devons vivre cet événement comme notre propre événement, car nous aussi nous ressusciterons. Mais  sommes-nous capables de juger notre vie et sommes-nous capables de reconnaître nos espaces de mort, c'est à dire tout ce qui nous blesse, toutes nos incapacités, nos peurs, nos jalousies. Et devant tous les drames de la vie qui nous entourent, nous pouvons être  amenés à nous poser la question " mais à quoi sert de vivre si l'aboutissement n'est que la mort ?"   " Sommes-nous faits seulement pour cette vie et n'y a-t-il pas à lui trouver un sens ?

Le livre des lamentations que nous avons entendu en première lecture répond un peu à cette grande question existentielle qui a été portée par l'homme de tous les temps et nous donne ce témoignage  : " Du jour où je t'ai invoqué, Seigneur, Tu t'es approché et Tu m'as dit : ne crains pas!"

D'ailleurs, St Jean nous dit que nous sommes sauvés. Nous sommes sauvés en Jésus Christ et il n’y a qu’un seul péché qui ne peut être sauvé, et il ne le nomme pas dans le passage que nous avons entendu. On pourrait rester là à se dire : mais quel est ce péché ? Or dans d’autres passages, il nous le dit : ce péché qui ne peut pas être sauvé, ce péché qui conduit à la mort, c’est le péché contre l’Esprit. 

Pécher contre l’Esprit, c’est immense. Qui peut dire qu’il pèche contre l’Esprit, qu'il pèche contre l’Esprit Saint, le souffle de Dieu ?  Je ne crois pas qu’il y ait véritablement un homme, une femme, qui puisse en conscience pécher contre l’Esprit. Et de ce point de vue là, je crois, de toute ma force, que tout homme est sauvé et qu’il n’est pas une situation qui ne soit pas traversée par la lumière de Dieu.

 Alors, on en arrive à ce miracle de Lazare ressuscité. Et là, nous sommes partagés entre : nous laisser prendre par cette bonne nouvelle, il est ressuscité ! il est donc quelque part la préfiguration de cette grande Résurrection que nous allons célébrer dans quinze jours, Pâques, "le passage de la mort à la vie". Et puis de l’autre, de nous dire, mais pourquoi, si Lazare est ressuscité, pour nous, les êtres que nous aimons comme Romuald, doivent disparaître et attendre l’hypothétique retour d’un Seigneur. Et en attendant, nous sommes séparés, nous sommes dans la douleur et nous ne comprenons pas.

Là, alors, peut-être avons-nous, mes amis, à réfléchir sur le sens profond de la vie et de la mort. Nous pouvons parfois vivre dans cette existence et, en réalité, être dans la mort. Car la vie et la mort, ce n’est pas simplement avoir ce corps physique ou ne pas l’avoir, la vie et la mort sont à un autre niveau.

 Et au fond, ce Lazare vient nous questionner : quelle est la réanimation dont il a été l’objet ? Il a été réanimé pour dire la vérité de la vie. Partant de là, mes amis, nous pouvons exister en ce monde en étant dans des faussetés, et là nous sommes véritablement dans une corporéité mortelle, mortifère, mais ce Lazare réanimé nous dit que nous avons aussi cette possibilité de vivre différemment. Par conséquent, la Résurrection pour nous, ce n’est pas une idée, une hypothèse, un symbole, une réalité peut-être que nous vivrons un jour, à la fin des temps. Mais si nous sortons de nos corps de fausseté, de nos corps de mensonge, de nos corps de manipulation, alors oui je vous le dis, nous participons déjà de la réanimation , de la résurrection.

Jésus, devant le tombeau a pleuré. Alors qu’il sait pertinemment qu’il va ressusciter son frère Lazare, il pleure. Ses larmes coulent devant cette humanité qui a oublié son origine, ses larmes coulent devant cette humanité qui se laisse toujours aller à l’apparence, à la facilité, à croire que l’immortalité c’est la possession d’un bien, d’une personne. L’immortalité est à un autre niveau, c’est l’amour, l’amour véritable, l’amour qui se défait de soi pour être totalement donné à l’autre, l’amour quand on prend son enfant et qu’on fait tout pour lui, quand on s’occupe de son parent et qu’on fait tout pour lui, quand on se défait de soi pour aller vers autrui, quel qu’il soit.  Voilà le sens de l’immortalité, voilà le sens de la vie ; les larmes de Jésus sont là pour pleurer sur cette humanité qui oublie trop ce à quoi elle est appelée. L’acte qu’il pose, tout à coup, est une réanimation au sens d’une mémoire qui est réactivée, car cette vie éternelle, mes amis, nous la portons depuis la nuit des temps, cette vie éternelle nous la portons depuis la création des mondes, car Dieu n’a jamais voulu le mal, Dieu n’a jamais voulu la mort, Dieu n’a jamais voulu tout ce qui nous agresse, et tout cela est venu parce que nous nous sommes voilés, voilés dans une fausse connaissance alors qu’il n’y a qu’une connaissance, c’est celle de l’Amour, un amour qui n’est pas un simple sentiment, mais un amour qui fait que nous allons tout quitter pour aller vers l’autre, tout quitter pour courir vers l’autre et toute l’Ecriture Sainte nous explique cela : Abraham doit quitter son pays, nous devons quitter nos pays d’enfermement pour aller à la rencontre de l’autre qui devient la terre promise, qui n’est pas un lieu ; l’autre qui devient la terre promise qui est cet appel irrépressible de la vie ."  Allez, va de l’avant! "

Ce matin, alors que nous nous préparons à aller vers les Rameaux et ensuite vers la Semaine Sainte, vers la Passion, vers la Mort, vers la Résurrection, ce matin avec Lazare, demandons au Seigneur de nous laisser réanimer, de retrouver en nous cette dignité de fils et de fille de Dieu et de vivre comme tel.

Amen