Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani)dimanche 7 avril 2013 

Recteur de la Paroisse


Actes  2,  42 - 47

1 Co 15,  12 - 28

Jean 20, 19 - 31


         Ce matin mes amis, la liturgie nous invite à nous questionner sur notre foi dans le Ressuscité.  Souvent j'ai eu l'occasion de dire que la Résurrection du Seigneur vient innerver notre vie, autrement dit : que toutes nos situations sont invitées à être vécues comme ouvertes dans une perspective d'espérance ; qu'aucune situation ne peut être sans issue et que, par conséquent parce que le Christ est ressuscité, nous devons constamment nous relever de nos morts, de tout ce qui pourrait nous enfermer. Oui ! Mais plus fondamentalement encore l'Eglise depuis 2000 ans nous affirme que non seulement notre vie terrestre est bouleversée par cette Résurrection, et que nous devons donc vivre comme des ressuscités, mais que nous ressusciterons un jour. Et là nous sommes vraiment face au mystère. Nous qui avons tous et toutes perdu des êtres chers autour de nous, qui les avons accompagnés dans la terre d'où nous avons été tirés ; voici que l'Eglise nous dit : " ne restez pas là figés, car ce n'est pas le terme de la vie. "   Car la réalité plénière c'est de chanter la gloire de Dieu à partir de cette Résurrection du Seigneur.  Aussi ce matin, mes amis ,  prenons réellement  quelques instants pour nous dire :  Face à ce mystère, suis-je simplement porté par une culture chrétienne, ou suis-je dans ce saisissement qui me fait croire, par toutes les fibres de mon corps, que je vais ressusciter avec le Ressuscité ?

         Dans la première lecture que nous avons entendue, tirée des Actes des apôtres, il est question de ce partage des biens entre les frères et les soeurs. Et lorsque nous l'entendons, nous pourrions nous dire que c'est là le commencement de l'éthique chrétienne : parce que le Seigneur est ressuscité, nous sommes capables de partager. Mais ce partage va beaucoup plus loin que le partage des biens, c'est le partage de la terre. La terre est en effet porteuse de cet acte résurrectionnel, qui non seulement a marqué la résurrection du Christ il y a 2000 ans, mais cette réalité résurrectionnelle est inscrite depuis les commencements des temps, souvenez-vous le prologue de Saint-Jean : " Au commencement était le verbe, le verbe était tourné vers Dieu et  le verbe était Dieu.." Autrement dit ce mystère résurrectionnel qui est incarné, manifesté dans la personne du Christ, qui va pulvériser la mort, est inscrit depuis le commencement.  Dès lors, lorsqu'il est question du partage de la terre, cela veut donc dire que nous devons partager l'Adama ; pas seulement l'Adama du premier péché, l'Adama de cette sortie de l'Éden, l'Adama de l'Exil, de nos blessures : mais l'Adama ressuscitée, relevée, étirée de tous les tombeaux.

L'Adam nouveau,  l'Adam véritable,  le Christ,  ce Père de toute éternité qui accompagne dans  une dimension résurrectionnelle  l'histoire, et qui a pris le visage du Seigneur Jésus pour signifier que la vie est plus forte que la mort, apportée par le premier Adam.

         Aussi, Saint-Paul, lorsqu'il va nous questionner dans cette épître aux Corinthiens : " Mais si vous ne croyez pas que vous ressusciterez,  si vous ne croyez pas en cela ; alors le Christ n'est pas ressuscité !  Alors est vaine notre foi ! "  Il veut nous ramener à l'essentiel : il ne suffit pas de dire : " mon Dieu je crois en toi en tant que Dieu,"  mais il faut que nous comprenions que : Christ ressuscité  nous ramène à l'essence même de qui est Dieu. " Dieu est la Vie ! " Quand bien même cette vie s'est détournée de lui, parce qu'il est la Vie, il réanime ce qui est  mort, il réanime ce qui a été détourné, il réanime ce qui n'était plus en contact, en alliance.  Et cette réanimation prend toute sa dimension dans le Christ Jésus, en ce qu'il est l'anthropos véritable, Celui qui va signifier cette alliance entre le Dieu de la vie et cette création qui est appelée à devenir manifestation de la vie.

         Alors nous aboutissons à cette figure de Thomas, Dydime, le jumeau. Thomas est le jumeau en ce qu'il est l'expression même de notre humanité, nous-mêmes sommes jumeaux nous portons les deux Adams : l'Adam ancien, l'Adam de la blessure, l'Adam du péché  ; mais il y a aussi cet Adam nouveau, ce Christ ressuscité qui est venu nous libérer.  Thomas, comme jumeau, porte ces deux dimensions, ces deux histoires, cette dualité. Il faut qu'il émerge et pour émerger dans un troisième, pour entrer dans le mystère trinitaire, il faut qu'il pose l'acte de foi.  " Que crois-tu ? "   -  " Mon seigneur et mon Dieu ! "  -  " Oui, mais tu crois parce que tu as vu, heureux ceux qui croiront sans voir. "

         Voir, mes amis, ne suffit pas, car pendant le temps où nous voyions nous sommes dans une extériorité,  avoir la foi c'est entrer dans l'intimité, dans la complicité, entrer dans la communion, entrer dans la danse trinitaire, entrer dans Celui qui nous dit : " je suis le Père," entrer dans Celui qui nous dit : " vous êtes les fils et les filles,"  entrer dans ce Souffle de vie, le Saint Esprit, qui nous réanime.  Ainsi Thomas vient nous placer dans ce chemin de questionnement, que croyons-nous ?  Serons-nous toujours dans cette espèce de basculement :  je crois - je ne crois pas ; je ne crois pas - je crois. Ou serons-nous des hommes et des femmes de foi, c'est-à-dire ressuscités. Et si tel est le cas, cessons alors de nous interroger, cessons d'aller chercher dans telle ou telle philosophie. Si réellement nous avons pris la mesure du ressuscité, cette vie est la Vie, cette vie est le moment,  cette incarnation est la radicalité de cet espace spatio-temporel où il faut dire " me voici Seigneur "  Alors véritablement nous serons des hommes et des femmes de foi.

         Cette foi fera que le couple, le travail, les amis, les relations, tout sera dans cette tension qui nous fera aller de la terre au ciel,  et nous serons les être de l'alliance, les êtres lumineux car la Résurrection c'est d'être dans la lumière incréée. Oui, nous sommes porteurs de la matière blessée, mais cette matière est traversée par la lumière de l'Incréé.   Vivre la résurrection, c'est sortir de toutes les catégories où nous sommes toujours dans le prolongement de nos croyances, pour être dans la Présence.

         Cette présence est signifiée dans l'Évangile de Jean : " il va au milieu d'eux,"  La lumière de l'incréé, c'est cette venue, cette présence, cette proximité.  " Mon Seigneur et mon Dieu ! "

Aussi, croire sans voir c'est descendre dans la prière et vivre cette complicité. Croire sans voir c'est recevoir l'Eucharistie qui nous rappelle que cette matière du pain et du vin devenant corps et sang du Christ, nos propres matières sont innervées d'une présence. Croire sans voir, c'est regarder la création, ( certes habitée par le péché ) mais qui devient comme l'appel ;  L'appel au céleste, l'appel au dépassement, l'appel à cette Parole qui nous dit : la Vie. " 

         Oui, mes amis, en ce premier dimanche du temps de Pâques, soyons dans cette joie de la Résurrection, non pas comme une illusion, non pas comme une attente, mais comme la réalité présente, réalisée. Nous sommes porteurs de cette divinité en nous, mais nous sommes aussi dans ce mouvement qui nous fait regarder que toute mort est appel à la plénitude de la vie.

         Christ ressuscité, ce Christ cosmique, ce Christ qui embrase tous les temps, vient embraser le temps de nos histoires singulières. Oserons nous être dans cette joie immense et entendre que l'éternité est déjà réalisée  par le Ressuscité.   Alléluia !