Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre ( Colombani ), dimanche 3 février 2013

Recteur de la paroisse 


Jérémie 12,  10 à 13 a

Galates 5,  13 à 6, 2

Luc 8,  4 - 15


              Ce matin, par cette parabole du semeur, l'Eglise nous invite à comprendre, à nous rappeler,  que le Seigneur est d'abord pour nous un "psaume", autrement dit Celui qui s'inscrit dans notre nature blessée, qui s'inscrit dans la reconnaissance de ce que nous sommes .

            De façon imagée, très symbolique, nous avons entendu le passage tiré du livre de Jérémie qui nous présente le monde comme dévasté. Cette dévastation ce n'est pas simplement : la globalisation de l'économie, un monde en feu, la guerre, la misère qui s'étend partout. Ce monde dévasté, il est en chacune et chacun d'entre nous et si nous pouvons prier pour qu'il y ait plus de justice et de paix autour de nous, comprenons que tout ceci n'est que le reflet extérieur de ce qui se passe à l'intérieur de nous. Nous sommes des mondes dévastés,  mais dévastés par quoi ? Saint-Paul va le rappeler dans son épître aux Galates : nous sommes des terres dévastées : par l'orgueil, par la haine, par la médisance, par tout ce qu'il décrit ; ce catalogue peut apparaître assez effrayant, or cela ressemble bien à la nature qui est la nôtre.  Car en vérité, si nous sommes en conscience, chacune, chacun à un moment donné va se reconnaître, soit dans la jalousie, soit dans le mépris, soit dans l'orgueil, soit dans l'envie, peu importe.  Nous ne sommes pas là pour nous culpabiliser, mais nous sommes là pour entendre où est le lieu de la césure, où est le lieu de la blessure ; le lieu où véritablement je suis cette terre dévastée, et là, peut-être, puis-je entendre que, si je suis dans l'envie, si je suis dans la peur, c'est peut-être parce que j'ai manqué dans mon enfance, soit de reconnaissance, soit d'amour, soit de biens matériels. Mais ce qui est important c'est qu'au travers de la blessure qui va nous rejoindre, nous pouvons remonter la temporalité de notre histoire et voir le moment où il y a eu basculement. Nous sommes tous ballotés par des sentiments divers, mais tous nous sommes marqués par une blessure particulière qui revient de manière incessante et au travers de situations tout à fait différentes, que ce soit au niveau de la vie familiale, conjugale, amicale, professionnelle, mais toujours, si nous faisons cet examen de conscience en profondeur nous allons nous apercevoir que revient cette blessure. Il est important de la connaître car c'est peut-être de là que va pouvoir éclore pour nous le salut, être sauvé. Pourquoi suis-je toujours dans la médisance, dans la jalousie ? pourquoi suis-je toujours dans la peur de perdre, dans le besoin de reconnaissance ?  Chacun doit essayer de creuser cela.

            Et alors nous allons pouvoir réentendre cette parabole du semeur. Car avant de faire une sorte de va et vient : entre ce catalogue de Saint-Paul de tout ce qui ne va pas, et de tout ce qu'il faudrait dans l'Esprit Saint, et aussi d'un manichéisme entre  le bien et le mal, l'esprit et la chair, l'esprit du monde et l'Esprit de Dieu, entendons d'abord cette parabole. " Le semeur est sorti pour semer ". Si le semeur est sorti, mes amis, sommes-nous disponibles  ?  Dans ces terres dévastées en nous, comment accueillons nous la sortie du semeur ? Autrement dit, comment sommes-nous prêts à accueillir Celui qui nous rejoint ? Car lorsqu'on parle du salut nous parlons de Celui qui prend l'initiative de l'amour pour nous rejoindre au coeur même de cette blessure. Mais il ne suffit pas de reconnaître la blessure, de la décrypter, encore faut-il être à l'écoute de Celui qui vient nous visiter au coeur même de cette blessure. " Seigneur tu es sorti, j'étais sorti de ton Eden, j'étais en exil ; et tu sors de ton royaume, tu sors de ta plénitude, tu sors de ton amour pour me rejoindre. Il y a là déjà dans cette description que nous fait Jésus au travers de cette parabole, l'affirmation de la primauté de l'amour de Dieu pour nous. Lorsque nous disons que le salut commence par une alliance, eh bien l'alliance elle est là, Dieu n'attend pas que nous ayons fait des merveilles, Dieu commence par venir nous, rejoindre et ce qui nous est demandé c'est d'accueillir cette sortie de Dieu pour nous. Il sort de lui-même pour nous rejoindre, il y a là un mystère extraordinaire et lorsque les Pères de l'Eglise, les anciens vont parler de la kénose, ils vont parler de cet abaissement de Dieu vers l'homme. Il n'y a là rien de condescendant mais c'est véritablement une sorte d'admiration, une sorte d'accueil de cet amour extraordinaire de Dieu pour nous. Oui, contemplons cet amour, il sort de sa plénitude pour  nous rejoindre dans ce qui fait notre finitude. Il y a là, au-delà des mots, au-delà des formules, une vérité, une profondeur qui devrait nous émouvoir et nous amener à comprendre que ce salut est une proposition à nous mettre en marche et que la vie, ce n'est pas un rapport différencié par rapport à la mort, mais que la vie, c'est véritablement être dans cette marche.

            Mon frère, ma soeur, voici la question qui se pose à nous ce matin : si nous croyons que Jésus est le Sauveur, sommes-nous prêts à nous mettre en marche, comme Lui-même se met en marche vers nous ?  Et là encore, dans cette marche la Parole, que nous allons pouvoir entendre, peut tomber lorsque nous sommes au bord du chemin ou bien que nous ne pourrons pas l'entendre, parce que, nous sommes saisis, comme le dit le Seigneur, par le diable, par son esprit de division qui fait que nous sommes incapables de nous unifier, tellement nous sommes éparpillés par divers sentiments. Nous pourrons aussi parfois être cette terre qui manque de racines et qui nous fait partir dans tous les sens parce que nous ne sommes pas assez formés dans l'Adama, dans la terre par laquelle nous allons pouvoir nous épanouir en Dieu. Mais il y a la bonne terre, et le salut en Dieu, mes amis, si nous sommes capables de l'accueillir et de nous mettre en marche, comme Lui-même se met en marche vers nous, alors allons pouvoir réaliser l'humanité nouvelle, l'humanité que nous contemplons dans le visage de Marie, Marie la vierge, celle qui nous apprend à retrouver notre propre virginité, celle qui nous apprend à trouver cette bonne terre qui est dans chacune et dans chacun de nous. Dans les trois vertus théologales que  l'Eglise porte : foi, espérance, amour, amour qui mène à l'espérance. L'espérance, c'est de dire que: qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait, il y a toujours on nous la bonne terre, et cette terre si elle se laisse ensemencer par la Parole, va produire du fruit. Mais le pré requit, le préalable qui nous est demandé c'est d'être dans cette contemplation de ce Dieu qui vient à nous et qui nous dit : allez, mets toi en marche !

            Alors dans cette marche, ce que St Paul décline comme les fruits de l'Esprit, nous n'allons pas le chercher de manière scolaire, comme on apprendrait dans un livre ce qui doit être bien, mais nous allons l'éprouver, car, voyez-vous, le Saint Esprit va nous faire découvrir les fruits qui viennent de lui, dans la mesure où nous allons les pratiquer, n'importe lesquels, ce n'est donc pas un catalogue de ce qu'il faudrait par rapport à ce qu'il ne faudrait pas. La foi chrétienne c'est une pratique, une pratique du souffle divin : Il s'est mis en marche vers moi, je me mets en marche vers lui et c'est au coeur de cette pratique que je vais sentir en moi le fruit de la paix, de la joie, de la tolérance. Non pas comme quelque chose que j'ai décidé, mais comme quelque chose qui nait en moi, qui grandit parce que je me suis mis en marche vers lui, que j'ai demandé l'Esprit et que je l'ai accueilli.

            Mes amis, la foi est un don, mais c'est un don qui se pratique, il nous donc faut simplement entendre ce matin que nous devons être des marcheurs, des marcheurs de l'Esprit, du Souffle, des marcheurs de Dieu. Comment se mettre en route?   eh bien en faisant le choix d'être véritablement dans cette écoute, car celui qui marche c'est celui qui a écouté pour savoir comment s'orienter. L'orientation mes amis, c'est Jérusalem, la cité d'en haut. St Paul dit dans son épître : soyons des spirituels inspirés, l'inspiration c'est d'être orientés ; alors il faut nous mettre en marche vers cet Orient, et dans la pratique de la marche nous allons pouvoir goûter les fruits de l'Esprit. Ne compliquons pas les choses. La foi n'est pas une morale, la foi n'est pas une éthique. Oui, elle va se décliner dans une morale, dans une éthique ; mais ce qui est premier c'est ce contact, c'est ce baiser avec Dieu. Se laisser embrasser en Dieu dans l'Esprit. Voici le programme du voyage.

            Aussi, au coeur de cette semaine, acceptons de prendre ce petit temps de prière pour faire mémoire de notre blessure essentielle, et, au coeur de celle-ci, de contempler Dieu qui nous rejoint, et aller le rejoindre pour demander l'Esprit. Tout alors nous sera accordé.

Oui Père, telle est notre foi, oui Fils, telle est notre espérance, oui Esprit, telle est notre vie.

Amen