Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - Jeudi Saint - 13 avril 2017


Ex,1-8-11-14 // 

 Co1 11,23-26 //

 Jn 13, 1-15


La Cène du Seigneur


On pourrait dire mes amis, que ce lavement des pieds a une triple fonction :
• Une fonction qui permet d’entrer dans l’acte de procréation qui préfigure la résurrection de Pâque.
• La fonction qui nous ramène à l’état de « jardinier du monde ».
• La fonction éthique.


Pour la 1ère fonction : Nous avons entendu dans ce passage tirée du Livre de l’Exode où il est question de cette première Pâque. La première Pâque, où les linteaux des portes des Hébreux vont être marquées du sang de l’agneau et le Seigneur va passer au-dessus de ces maisons : la malédiction ne touchera pas ces maisons, le Seigneur va passer, le Seigneur va faire qu’il y a cette possibilité d’aller de la servitude à la liberté.


Dans ce lavement des pieds, nous sentons bien qu’il y a cette question de la transmutation résurrectionnelle, ce sens de la Pâque qui nous est donné au travers de cette pureté ; une pureté qui va mettre en oppositions ces apôtres qui sont tellement à la suite de Jésus, dans ce désir de répondre totalement au bien. Une pureté qui va venir éclairer le mal au travers de celui qui est déjà signifié : Judas Iscariote. 


Mais dans ce face à face qu’il y a au travers des apôtres, entre Pierre qui demande à être complètement lavé, qui se sent complètement indigne ; comme nous-mêmes nous nous sentons souvent indignes. Et ce Judas Iscariote qui es annoncé comme l’impur, celui qui va trahir ; nous avons là comme une présentation de l’humanité dans sa totalité et non pas une humanité qui serait marquée par le bien d’un côté et par l’autre coté par le mal ; mais une humanité que nous sommes totalement en nous mêmes. Car nous sommes à la fois ce Pierre qui, tellement désireux de suivre son Seigneur, qu’il se laisse prendre par l’orgueil va dire : « Non tu ne peux pas me laver les pieds à moi ! Je ne suis qu’un indigne » …et par là, on voit tout l’orgueil humain parce que l’on pense que c’est qu’à partir du moment où nous serions dignes que nous pourrions recevoir quelque chose de la part de Dieu, et nous ne serons jamais digne…. et c’est une marque d’orgueil. Et puis en même temps cette naïveté de Pierre : pas seulement la tête, et puis les pieds, mais tout le corps. Et puis de l’autre, ce Juda, c’est aussi nous, cet impur, celui qui va trahir. C’est aussi cette partie de nous-mêmes. Nous sommes dans cette espèce de dichotomie, sans parler de dualité qui nous ferait aller jusqu’au diabolos, au diable. Nous sommes dans la dichotomie de la blessure du péché qui nous fait aller, que constamment nous sommes pris dans un combat et cela demande de réordonner ce combat pour renaître en finalité : Où es-tu ? Où es-tu dans tes choix ? Où es-tu dans ta foi ? Où es-tu dans ce que tu portes d’essentiel ? Où es-tu ? Et là, il va falloir à la fois que nous articulions cette réalité de Pierre en nous et cette réalité de Juda pour devenir ni Pierre ni Juda, mais devenir Christ avec Jésus et entrer dans ce mouvement de la résurrection ; toucher à cette grâce qui fait que par cette purification, nous pouvons advenir totalement. Et là, manduquer ce que parle St Paul dans son Epitre, manduquer le Corps du Christ, c’est-à-dire le devenir, non pas être en extériorité, en regardant toujours le Christ en Jésus, mais manduquer le Corps du Christ, c’est devenir soi-même le Christ au travers de l’Eglise, qui nous a proposé par l’Eucharistie, cette Eucharistie que nous boudons souvent car nous sommes pris parce que nous avons d’autres priorités, parce que nous ne sommes pas disponibles et pourtant qui est le corps même de l’Eglise. Car on aura beau dire : « Je suis du Christ, je suis du Christ, je suis du Christ ! Mais si je ne suis pas nourri de ce Christ, si je ne suis pas de ce corps du Christ, vaine est ma foi. Et voilà la première fonction qui nous est rappelée avec force dans ce lavement des pieds.
Ensuite, il y a une deuxième fonction : C’est la fonction du jardinier, car être lavé à partir des pieds mes amis, c’est revenir à l’Adam nouveau, l’adama, celui qui est tiré de la terre, et qui doit se rappeler que dans Gn §2, le Seigneur nous dit : « Tu devras dominer cette terre, tu devras faire fructifier cette terre » Nous avons souvent uniquement en tête le texte §3 et nous disons : « Il va falloir que nous gagnions notre pain à la sueur de notre front »parce que nous n’avons comme souvenir dans notre mémoire que la malédiction. Une malédiction que nous avons portée sur nous-mêmes, par nous mêmes. Mais l ‘activité du monde n’est pas liée au péché. L’activité du monde mes amis, c’est la bénédiction de Dieu. « Je vous offre cette création. Fructifiez et faites fructifier cette création. Faites-en sorte que cette création se déploie ». Voici ce que le Seigneur nous avait dit. Là, il nous rendait jardinier de son monde. Et comme pour venir nous souligner cela au matin de la résurrection, dans la méprise qui va se vivre entre Marie-Madeleine et Jésus : La première apparition qui va se faire à Marie-Madeleine, la première vision qu’elle aura, avant de dire « Mon Seigneur et mon Dieu, sera de parler à celui qui lui apparaît comme le jardinier. Ainsi Jésus, dans cette apparition vient lui rappeler cette fonction avant même de vouloir faire en sorte que tu ressuscites, reprends cette fonction de « jardinier de Dieu ; ce monde t’a été confié, qu’en fais-tu ? Pour répondre à la grande question : Où suis-je Seigneur ? Où suis-je dans ma vie ? Il va falloir d’abord que je réentende que ma vocation c’est de jardiner le monde ; jardiner le monde de mon couple, de ma famille, jardiner le monde de mes amitiés, jardinez le monde de mon voisinage, jardiner le monde de mes activités professionnelles. Il n’a pas d’âge, il n’y a pas le temps des anciens qui seraient presque fini, le temps des jeunes qui ne serait pas tout à fait commencé et le temps entre les deux que l’on est tellement pris que l’on n’a pas le temps de Dieu.


Tout âge est le temps de Dieu, tout âge est le temps du jardinage, tout âge est le moment où nous avons à répondre à cette création en souffrance, tout âge est le moment béni où je dois faire en sorte que la graine puisse pourrir en terre pour faire que l’épi se lève. Oui mes amis, l’eucharistie c’est aussi cela ; parce qu’il n’y aura pas le pain que nous allons manduquer dans l’eucharistie si nous n’avons pas été jardinier, il n’y aura pas le vin si nous n’avons pas fait fructifier la vigne et par là donc, ce lavement des pieds vient nous rappeler que nous devons cultiver la terre, nous devons travailler la terre, nous devons travailler ce monde.


La troisième fonction qu’il y a dans cet Evangile, c’est alors la fonction éthique ; une fonction que nous allons rappeler à présent par le rituel du lavement des pieds. Oui le Seigneur nous fait comprendre que l’Eucharistie ce n’est pas un rituel. L’Eucharistie ce n’est pas une parenthèse dans la vie. L’Eucharistie, c’est vraiment le ferment de notre Histoire ; c’est le ferment de notre chemin, le ferment de notre existence. Et si réellement nous entendons cela, chaque fois que nous venons à la messe, à la divine Liturgie, à l’Eucharistie, nous devons porter toute notre histoire, toute notre humanité, pour la déposer dans la patène où se trouve le pain, dans le calice où se trouve le vin ; pour ne pas simplement voir dans ces matières le pain et le vin, mais voir toute la chair de notre humanité singulière, nos personnes, toute la chair de l’humanité collective, le monde. C’est cela que nous devons déposer. Et si, simplement nous regardons passer le pain et le vin en disant « ils vont devenir le corps et le sang du Christ », nous sommes comme des prostitués parce que nous blasphémons. Parce que nous n’entendons pas la réalité charnelle de ce Christ qui se donne à nous, et qui nous permet de le rejoindre dans l’ici-bas. Lorsqu’il est dit dans l’Epitre de St Paul : « Chaque fois que vous ferez cela, vous célèbrerez le Seigneur en attendant qu’il revienne », c’est une manière de nous faire comprendre que l’acte de la Parousie se joue ici-même, car si j’ai réellement reçu le corps du Christ, le sang du Christ, l’avènement du Christ est pour dès à présent dans mon histoire, et alors ma vie doit devenir éthique, pas une morale, pas une morale du devoir, une morale du principe, une morale à deux sous que je ferai au nom d’un Dieu ; mais une éthique, c’est à dire un acte sacramentel où ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ; ce n’est plus moi qui prie, c’est le Christ qui prie en moi et ce que je dois faire, je le fais au delà de moi-même pour le laisser passer Lui, par le Souffle de l’Esprit, et être traversé de cette présence qui fait que nous sommes secoués dépoussiérés et laisser émerger la réalité haute, la réalité du Royaume que nous chantons à chaque célébration, qui n’est pas une espèce de réalité éthérée, mais qui est là ! Alors oui, il y a ce monde, il y a ces élections, oui il y a ces tueries, il y a ces guerres, il y a des injustices, il y a tout cela, et dans tout cela, il y a des êtres qui cheminent, qui invoquent, qui travaillent, qui font avancer la Lumière. Et nous ne pouvons pas rester figés toujours sur ce qui ne va pas mais nous devons être ceux qui laissent passer l’eau de la Vie, l’eau du baptême, l’eau du lavement des pieds, l’eau qui vient transmuter, cette eau qui est la manifestation de l’au de là, par nous, en nous, parmi nous et pour nous. Aussi, en cette messe où nous faisons mémoire de cette première Sainte Cène célébrée par le Seigneur ; et bien, revenons à cette question fondamentale : Que croyons-nous quand nous célébrons l’eucharistie ? A quoi sommes-nous missionnés à partir de cette eucharistie ? Quelle Eglise voulons-nous fonder à partir de cette eucharistie ?


Et si ces trois questions deviennent pour nous source de prières ; alors Pâques prendra tout son éclat, toute sa réalité, tout son sens, car nous ne pouvons pas aller à Pâques 2017 comme des habitués, comme des empoussiérés, mais nous devons y aller avec cette certitude que le Seigneur nous dit à chacune et à chacun de nous : « Aujourd’hui, comment comptes-tu avec moi, vivre ce matin de la Résurrection ? Amen !