Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani), dimanche 11 novembre 2012 

Recteur de la paroisse 


La fin des temps

DN 7, 13-14 ; Col 1, 9-14 ; Mt 24, 15-35


Mes amis, le passage de l'Évangile de Matthieu que nous venons d'entendre est un texte à portée eschatologique, c'est-à-dire un texte qui nous parle de la fin des temps. Nous savons que beaucoup de nos contemporains sont inquiets, car selon un calendrier maya la date du 21 décembre 2012 pourrait être celle de la fin des temps. 

L'Évangile de ce matin nous dit : " nul ne connaît ni le jour ni l'heure." Alors quelle est la portée de ce texte dit eschatologique de la fin des temps ? Je crois que toutes les générations sont passées par des épreuves, des événements terrifiants qui ont pu leur faire penser que c'était la fin des temps. Et en ce jour du 11 novembre, où nous célébrons le 94e anniversaire de l'armistice de la " Grande guerre, " la première guerre mondiale, pensons à ces millions de jeunes gens, français, allemand, qui sont morts pour rien, et qui partant au combat ou mourant déchirés par la mitraille, devaient penser eux aussi : " c'est la fin du monde." Oui, toutes les générations ont vécu des tribulations, ont vécu des événements terribles qui ont pu leur fait penser : " c'est la fin du monde." 

Dès lors, comment appréhender cette question si essentielle, face à laquelle les premiers chrétiens, eux-mêmes, étaient perturbés et se sont beaucoup interrogés sur la parousie, le retour du Christ ; " Quand viendras-tu Seigneur ? Il me semble que pour comprendre la portée de la dimension eschatologique, il nous faut revenir sur notre thématique de cette année : " Quelle est notre foi en Jésus-Christ ?" Oui, quelle est notre foi ? Et ce matin une nouvelle définition nous est donnée, pour entrer, davantage encore, dans ce déploiement de la définition que nous pourrions tenter pour dire : " Qui est pour nous le Christ" ? 

En effet dans l'horizon de la prophétie de Daniel, l'évangéliste Matthieu reprend ce titre : " Jésus est le fils de l'homme " Comment pouvons-nous entendre cela, mes amis ? ce titre de " fils de l'homme " à deux significations. La première signification, le fils de l'homme, cela veut dire que Yeschua, Jésus, est de pleine condition humaine ; Il partage avec nous ces hommes qui ont eu peur quand ils s'enfouissaient sous la terre pour ne pas être broyés par les obus ; Il partage notre condition de ceux qui tremblent parce qu'ils n'ont plus de travail, plus de dignité, et qu'ils semblent être emportés par ce monde où tout devient fou, où tout s'accélère ; Il partage notre condition de ceux qui n'ont pas de quoi avoir un toit alors qu'il va faire froid, qu'il pleut et qui meurent dans la rue ; Il partage notre condition quand nos couples éclatent, quand nos familles ne s'entendent plus ; Il partage notre condition quand nous doutons, que nous doutons même du principe divin, de la réalité de Dieu ; oui Il partage tout cela au point que, sur la Croix, il dira : " Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Cri tellement humain, cri ressaisi, cri repris par le Seigneur sur la Croix. Il est le fils de l'homme, il est de cette matière, de cet humus, il est de cet Adama, il est de cette condition. Une condition où nous pourrions penser que nous sommes prisonniers, et partageant notre condition, il nous dit : " Non, vous n'êtes pas prisonniers, car ayant épousé votre condition, ayant traversé votre condition, je vous montre que vous êtes faits pour être plus grands que toute cette vie, plus grands que toute cette horreur, plus grands que toutes ces guerres, que toutes ces haines ; plus grands que toutes ces prisons que vous pouvez vous mettre autour de vous, en vous, par vous-mêmes ; plus grands parce que vous êtes appelés à partager la condition des Saints." 

L'épître de Saint-Paul aux Colossiens nous disant : " Soyez dans la joie, vous qui êtes invités à partager la condition des Saints," nous fait faire mémoire de ce que nous avons célébré le jour de la Toussaint, communion avec tous ceux qui nous ont précédés et qui ont porté avant nous cette foi. Aujourd'hui, alors que nous célébrons Saint-Martin, lui qui a partagé son manteau, nous montre que la condition du Saint c'est d'aller à contre-courant de ce qu'est l'esprit humain ; bien de cette terre, et dans cette terre être capable de toucher, de goûter à la vérité du Royaume. Le fils de l'homme, c'est donc celui qui nous dit : " je partage votre condition d'homme et je vous élève, je vous arrache de cette condition pour vous montrer la voie royale, la voie en Christ, la voie des élus. Être un élu, mes amis, c'est devenir fils de l'homme : mais de l'homme plénier, de l'homme véritable, de l'homme qui se sait appelé par plus haut que lui, ordonné à plus haut que lui. 

Alors cela ne nous fera pas éviter les injustices, les misères, les colères, les haines ; mais dans tous ces affres, nous serons capables de vivre cette béance comme le temps de Dieu où nous entendrons cette voix qui nous dit : " alors, où es-tu, que crois-tu ? " Et là, au coeur de l'injustice, au coeur de la rupture, au coeur du manque, nous serons capables, comme Martin, de déchirer notre manteau, de partager avec celui qui a faim, et d'engager le monde sur d'autres routes. C'est cela le temps du fils de l'homme, et c'est cela la fin des temps ; la fin du temps de l'homme emprisonné dans ses aliénations, pour vivre le temps nouveau, le temps en Dieu, le temps de Dieu. Et qu'importe si demain, après-demain, tout devait s'arrêter, cela ne nous appartient pas ; ce qui est essentiel c'est d'entrer dans cette fin du temps sans Dieu, pour inaugurer le temps en Dieu. Être avec le fils de l'homme, c'est donc nous planter dans notre condition d'homme pour nous élever vers Celui qui nous fait toucher à la plénitude humaine. Car la plénitude humaine, c'est ce rapport entre l'homme et la femme, autrement dit un rapport de pluralité, j'ai besoin d'être avec l'autre, mon frère ; et un rapport d'altérité, j'ai besoin d'être avec la femme, autrement dit j'ai besoin d'être l'un avec l'autre, différent de moi, et dans cette différence me laisser épouser, me laisser féconder, me laisser être dans ce moment d'expansion de l'inconnaissable qui me dit que tout est possible. 

Quelle mission, mes amis, quelle merveille ! Alors oui, célébrons nos morts, pensons à tous ceux qui ont donné leur vie en 14-18, en 39-45, avant, après. Mais au-delà, pensons qu'il est essentiel de donner sa vie pour que l'homme sans Dieu meure, et que " l'homme en Dieu " apparaisse au firmament. Alors, je vous le dis nous verrons la gloire du Père et nous serons dans ce Salut qui nous est promis depuis 2000 ans, et qui est réalité pour aujourd'hui, maintenant, ici, dans l'instant. Père, je te rends grâce de nous avoir révélé cela, à nous qui sommes si peu. 

Amen