Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - samedi 21 mars 2015 

5ème dimanche de Carême


Lam 3, 53 à 58
1Jn 5, 16 à 20
Jn 11, 1 à 4


Dimanche prochain, nous célébrerons la grande fête des Rameaux et par là nous clôturerons ce temps de Carême pour entrer dans la Semaine Sainte, semaine qui nous conduira vers la grande Vigile pascale, la célébration de Pâques, la Pescha, le grand passage de la mort à la vie. Nous crierons dans cette nuit « Christ est ressuscité, en vérité, Il est ressuscité ». Pour nous permettre de clôturer ce Carême et nous préparer à ces fêtes de Pâques, l’Eglise nous propose, comme dernier Evangile, ce temps particulier de la rencontre de Jésus avec les amis de Béthanie, où on assiste au relèvement d’entre les morts de Lazare, à la résurrection de Lazare.


Cet Evangile est très riche et nous pourrions en retirer beaucoup d’enseignements. Nous en retiendrons trois.


Le premier enseignement est la double nature du Christ, sur laquelle nous méditons souvent et qui rejaillit dans ce passage. Nous croyons en Jésus, vrai Dieu et vrai Homme, une seule personne et deux natures. Cette double nature est présentée avec tout d’abord le versant de l’humanité de Jésus, qui devant le tombeau de Lazare se met à pleurer. Nous pouvons être étonnés des pleurs de Jésus, alors qu’il sait pertinemment au fond de lui, en relation avec son Père, qu’Il va ressusciter Lazare, qu’il va le faire revenir du monde des morts. Les pleurs de Jésus ne sont pas sans rappeler ce grand cri qu’il poussera sur la croix : Eloi, Eloi, llamasabactami, Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? » C’est le moment où Jésus épouse totalement notre condition d’homme. Notre humanité est questionnée, ô combien, devant la mort. Lorsque nous pleurons, nous pleurons parce que nous sommes désespérés, nous croyons que l’être cher, aimé, celui que nous chérissions tant est parti, que nous en sommes séparés, que plus jamais nous le retrouverons et nous sommes dans ce désespoir. Nos larmes versées pour des parents, des enfants, des amis, nous savons à quel point, elles sont amères, mais elles ne sont pas sans rappeler toutes les larmes versées par des frères et des sœurs qui meurent aujourd’hui décapités, ou sous les bombes, dans la folie du djihadisme, des injustices, dans la folie de ce monde, des larmes de ceux qui sont saisis par le chômage, l’indignité, l’injustice, des larmes versées par une humanité qui ne comprend pas et qui ne peut que se révolter et dire mais qu’est ce que la vie, mais où est Dieu ? Dieu nous a-t-il abandonnés ? Ces larmes de Jésus sont comme une ressaisie de toute l’humanité qui se questionne. Jésus devant le tombeau de Lazare est la manifestation de l’homme qui s’interroge sur sa condition.


Il y a ensuite l’autre versant, ce moment où Jésus va crier « Lazare, sors du tombeau », car il sait, comme il l’a dit à son amie Marthe « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ». 


Nous sommes au cœur même de notre foi, mais pas seulement pour dire je crois en Dieu, dans un au-delà, en une force, en une énergie. La foi chrétienne est toute condensée dans cette humanité qui, tout à coup, laisse éclore la manifestation de Dieu parmi nous, puissance de vie qui vient pulvériser la mort. Nous croyons en la Résurrection, nous croyons que Jésus est la résurrection, qu’Il est la porte qui nous ouvre sur l’autre monde et nous ne le croyons pas par peur de la mort et besoin de nous inventer une divinité, parce que nous aurions besoin d’être dans une stratégie d’évitement qui nous permettrait de ne pas être dans les contingences de l’histoire. Nous le croyons parce que, réellement, un jour, qui que nous soyons, nous avons fait cette expérience, cette rencontre au delà du baptême que nous avons pu recevoir petit enfant ou grand. Nous avons fait, un jour, cette expérience de la rencontre avec le Christ. Avoir fait cette rencontre, c’est avoir rencontré celui qui est mon maître, que je reconnais et dont je sais qu’il m’a accompagné dans les méandres de mon histoire, dans les moments où je n’en pouvais plus, où je croyais que tout était perdu, que tout était fermé, parce qu’on m’avait dit que, divorcé et remarié, je n’avais plus de place et tout à coup j’ai une place, parce qu’on m’avait dit que j’avais tué, violé, menti et tout coup, on m’a dit que je pouvais être plus grand que cela. Oui, j’ai été comme retiré de ma faute et remis sur le chemin du vivant. 


Ainsi le pardon dont parle l’Eglise, la réconciliation, l’amour, ce ne sont pas des mots de morale pour être dans un droit chemin, mais les mots qui déclinent la réalité de la Résurrection. Si je crois que Christ est ressuscité, qu’Il est la résurrection, qu’Il a crié « Lazare, sors du tombeau », alors je crois qu’il m’appelle à sortir de mon propre tombeau. Lui qui a épousé ma condition humaine, vient m’épouser dans cette condition divine où je deviens plus grand que ma faute, que mon erreur, que mes peurs. Se diviniser, c’est se remettre en route et dire que l’amour est encore possible, et je peux reprendre confiance, ma vie a un sens, tout s’éclaire et s’ouvre.


Jésus Christ vrai Dieu, vrai homme qui manifeste dans mon humanité ce caractère divin : je suis fait pour la vie, pas même la mort pourra me briser, me limiter.


Il est un deuxième enseignement, ce moment où Jésus dit : attention, si vous marchez dans les ténèbres, vous allez trébucher. Celui qui marche dans la lumière ne trébuchera pas. Ces paroles viennent nous rappeler que cette dialectique ténèbres-lumière, cela veut dire que dans notre existence, nous avons besoin d’être éclairés, illuminés. Tous les cierges que nous allumons autour de nous, ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas pour faire beau, mais c’est une mémoire, une anamnèse, pour nous rappeler que nous devons être illuminés de l’intérieur. SI nous sommes illuminés par la présence du Christ, tout ce qui nous arrive prend du sens. Quand Jésus dira « Je sais que Lazare est malade, mais je ne pars pas tout de suite afin que sa mort devienne un signe », il veut nous faire comprendre que nos existences sont remplies d’événements que nous devons lire comme des signes, qui vont nous conduire vers cette résurrection, vers cette parole « Lazare, sors du tombeau ». Qui que tu sois, sors de ton tombeau. 


Etre lumière dans les ténèbres, c’est être capable d’entendre l’enseignement profond, ma vie a un sens, les événements que je traverse ont du sens, quoique je vive, tout un sens, le hasard n’existe pas. 


Dès lors, l’homme, la femme de foi, c’est celui qui va marcher dans la lumière, qui va savoir lire tout ce qui lui arrive. Et il sera capable de se mettre en route comme Lazare, parce qu’il est appelé à sortir de son tombeau. 


Cela veut dire que notre vie n‘est pas dans ce tombeau, dans cette roche, mais c’est de nous en arracher : Abraham, quitte ton pays ! » ; oui, de nous arracher de toutes nos obscurités pour aller à la lumière, à la transcendance, à cette incandescence. Etre illuminés de Celui qui ne cesse de nous appeler.


Aussi, dans le jardin d’Eden, Dieu criait « Adam, où es-tu ? » ; cette question résonne et nous pose l’interrogation : où en sommes-nous vis à vis de notre foi ? Où en sommes-nous vis à vis de Dieu ? Où en sommes nous dans notre existence ? Le Seigneur est-il simplement à la périphérie de nos existence comme un décorum, une image, une culture ou est-il réellement celui qui vient nous animer et nous éclairer et faire que notre existence devienne un phare qui illumine le monde ?


Le troisième enseignement est dans le livre des lamentations où l’auteur dit à la fois son espoir et son désespoir, une question tellement humaine. 


Nous avons perçu dans l’épître de St Jean, qu’il est un péché dont nous ne pourrons pas ressusciter, qui nous conduit à la mort véritable, c’est le péché contre l’Esprit, c’est-à-dire ce moment où nous allons dire un non au souffle de Dieu, au souffle de vie. Non pas simplement pécher, nous péchons tous ; le péché, ce n’est pas de mal faire, mais c’est de ne pas viser, de ne pas être orientés dans la finalité ; le péché qui conduit à la mort, c’est le péché contre l’Esprit : dire que je ne crois plus qu’il me soit possible de ressusciter, de me relever, que Dieu puisse encore me donner un avenir, que je sois capable de sortir de mes tombeaux. Pécher contre l’Esprit, ce n’est pas finir par dire Dieu n’existe pas, mais dire Dieu n’a plus de prise sur moi, finir par croire que le souffle de Dieu ne pourrait pas me ressusciter, me mettre dans une posture de celui qui peut rebondir, repartir.


Aussi pour conclure ce temps de Carême, ce troisième enseignement est capital. Ne pas pécher contre l’Esprit, retrouver ce désir du Seigneur, être à l’affut de Celui qui va nous dire « Sors de ton tombeau » et entendre cette parole au travers de ce qui nous est permis de vivre, dans le couple, la famille, les amitiés, dans la vie professionnelle, au plan économique, politique, religieux, dans tous les domaines être des êtres en mouvement, nous remettant en situation debout. C’est ce que nous propose l’Evangile comme méditation


Aussi appelons l’Esprit du Ressuscité et prions le au cours de cette semaine, manduquons l’Eucharistie, le Christ vivant dans le pain et le vin en demandant de devenir cet être nouveau capable de sortir de son tombeau. Demandons, dans le sacrement de confession, de pouvoir retrouver cette jeunesse de l’Eprit en nous, méditons les écritures et alors, je vous le dis, nous ne serons pas des croyants poussiéreux, habitués, mais des êtres habités, illuminés, soulevés au-dessus d’eux-mêmes. Alors nous pourrons dire : aujourd’hui, j’ai vu la gloire de Dieu. Amen