Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 5 janvier 2014


Isaïe 60, 1 - 9

Ephésiens 3, 2 - 3a. 5 - 6

Matthieu 2, 1 - 12


         Frères et sœurs, quelle joie de nous retrouver en ces premiers jours de 2014. Et surtout quelle joie de nous retrouver pour ré entendre ce passage de l’Evangile tiré de St Matthieu, qui nous relate cette venue des rois-mages. Au delà des couronnes que nous plaçons sur nos galettes, sur nos gâteaux, et que nous nous offrons aujourd’hui, quelle signification donner à ces rois-mages ?

Ces rois mages sont venus de l’Orient. Autrement dit, ils étaient orientés, ils étaient en chemin, ils étaient dans la quête, la quête de Dieu. Et tout en étant dans la quête de Dieu, ils venaient d’ailleurs, ils n’étaient pas inscrits dans l’histoire d’Israël, ils n’étaient pas inscrits dans cette tradition, ils venaient d’ailleurs. Et alors pour nous, autour de cet enfant qui va être révélé comme étant le sauveur, ce que dit St Paul dans son épître - il est le Sauveur - cela a été révélé, annoncé.  Annoncé par l’Ecriture, annoncé aussi par une transmission subtile, oui cette grande nouvelle ne peut plus être réservée seulement à un peuple élu, mais désormais, tous les hommes quelque soit leur condition, quelle que soit leur tradition, quelle que soit leur croyance, tous les hommes, de tous les temps, de tous les continents, de toutes les conditions, tous les hommes, sont concernés, sont convoqués, sont appelés, sont élus.  Elus, élus de Dieu, élus de Dieu par un enfant.

         Quel paradoxe ! Elus de Dieu par un enfant, autrement dit élus dans une puissance, la puissance divine, la puissance de l’infinitude qui passe par la fragilité de l’enfant qui s’en remet à nous. Et là, nous retrouvons tout ce rapport, très spécifique au christianisme, d’un Dieu qui se faisant Homme, passe par nous, pour faire en sorte que sa Bonne Nouvelle, que sa présence deviennent effectives au travers de notre liberté, de notre oui.

         Souvent nous entendons dire : mais si Dieu existait, il n’y aurait pas ces catastrophes, si Dieu existait, il n’y aurait pas de guerres, si Dieu existait, il n’y aurait pas de haine. Mais Dieu nous a créés dans la liberté. Et la question du péché, n’est pas simplement de bien faire ou mal faire, mais la question du péché est toute la question de notre condition d’homme, de femme, d’être humain libre, libre pour dire oui ou non à Dieu.

         Ainsi la symbolique de cet enfant de la crèche, c’est la fragilité d’un Dieu qui s’en remet à notre responsabilité de l’accueillir ou de ne pas l’accueillir. Et cette proposition est faite, à travers ces rois mages, à tous les hommes de tous les temps, de tous les continents, de toutes les conditions, eux qui vont porter l’or, l’encens, la myrrhe. Nous avons là tous les ingrédients de ce qui nous fait toujours rêver.

         L’or c’est la richesse,  c’est la puissance, c’est la possibilité de dominer.

L’encens, c’est le pouvoir religieux, ce qui va relier le ciel et la terre, l’homme à Dieu.

Et la myrrhe, c’est la grande  question existentielle, philosophique de la mort, puisque la myrrhe sert à embaumer le corps lorsque l’on part pour le grand voyage.

Voilà ce que portent ces hommes dans leurs magnifiques manteaux, dans leurs magnifiques apparats, ils portent l’or, l’encens, la myrrhe, ils portent ce qui est la quête humaine. Nous avons besoin de reconnaissance, nous avons besoin de puissance, nous avons besoin d’une spiritualité et nous avons besoin de comprendre pourquoi nous cognons contre cette finitude de notre mort. Et là, ils sont là et ils portent cela. Et là nous retrouvons en quoi notre Evangile, Evangelios veut dire Bonne Nouvelle, car le Christ effectivement va répondre à ces trois grandes questions.

         D’abord par rapport à la royauté. La véritable royauté, que va nous apprendre le Seigneur, c’est la royauté de l’Amour. L’Amour, non pas comme un simple sentiment, l’amour non pas simplement comme une tolérance, comme une espèce de mollesse, morale, intellectuelle qui consisterait à tout accepter, à tout pardonner. Non, l’Amour, l’Amour qui fait que quoi que nous fassions, quoi que nous ayons vécu, nous sommes invités par Dieu du commencement jusqu’à la fin de notre chemin. Et là, revient en écho dans notre mémoire, cette parabole que Jésus racontait lorsqu’il parlait de " l’ouvrier de la onzième heure," autrement dit, jusqu’au bout, jusqu’à la fin de notre existence, nous sommes appelés quoi que nous ayons fait. Ainsi, nous ne sommes pas réductibles à l’acte posé, mais nous sommes aimés de Dieu intrinsèquement, parce qu’il nous connaît. Il nous connaît dans notre être, il nous connaît dans notre âme, il nous connaît dans notre conscience, et il nous appelle toujours vers un ailleurs, vers un meilleur, le meilleur de nous-mêmes. Et la royauté de l ‘Amour, c’est de dire « je t’aime au-delà de tout et je te remets toujours en chemin ». Et quand le Seigneur nous dira « aimez-vous comme je vous ai aimés », il nous invite, non pas simplement à être des miséricordieux au sens religieux, où nous serions dans une espèce de compassion, compassés, mais à être dans l’amour du frère, de la sœur, que l’on ne va pas condamner au nom d’une éthique, au nom d’une morale, au nom d’une religion ; mais on va toujours, au contraire, remettre le frère, la sœur, en dignité, en chemin, en dualité, debout. Et là, finies les haines, finis les ostracismes, fini le rejet de l’autre, car nous devons croire que cet homme qui dort en nous peut se réveiller. Il ne suffit pas de respirer, il ne suffit pas d’exister, il ne suffit pas d’avoir été mis au monde pour être un homme. L’homme véritable, c’est le Christ qui est révélé au travers de l’Enfant Jésus et qui va grandir. Voilà l’humanité véritable et cette humanité doit se déployer du plus profond de nos êtres, l’Homme nouveau dont parlera St Paul. Alors, oui, l’or devient le temps de l’Amour, le royaume de l’Amour.

         L’encens ensuite. A partir du moment où nous sommes entrés dans ce royaume de l’amour, oui véritablement nous pouvons devenir des êtres à Dieu, des êtres de Dieu, la respiration dans l’Esprit Saint, la respiration dans le souffle de Dieu, dans le pneuma, dans la ruah ; car l’encens, c’est la hauteur, c’est cette espèce d’élévation de nous-mêmes. Nous ne regardons plus simplement le monde aplati à partir des événements qui arrivent, mais nous regardons l’événement, l’événement du Christ, qui, mort et ressuscité, vient embraser nos existences.

Où es-tu mon frère dans ta vie, dans le couple, dans la famille, dans le travail, dans les relations, dans tes loisirs, où es-tu ? Et là, où es-tu pour voir au-delà, au-delà de ta femme, au-delà de ton mari, au-delà de ton enfant, au delà de ton parent, au-delà.  Faire comme Moïse, contourner le buisson ardent, pour se dire : - mais enfin, il se passe quelque chose, Il se passe  quelque chose dans ma vie -. Et si réellement il se passe quelque chose, alors j’entre dans ce mouvement de l’encens ; je m’élève et je regarde avec hauteur, et j’entre dans le temps de Dieu. Je  ne suis plus simplement l’être qui va jouer au loto, l’être qui a peur parce qu’il est frappé par le chômage, l’être qui est blessé parce qu’il n’a plus la santé, l’être qui a peur parce qu’il a perdu son être cher dans la mort, mais je deviens cet être humain convoqué. Et dans cette convocation, je comprends que  cette existence a un sens, et que si elle a un sens, tout devient signe d’un autrement, d’autre chose, l’élévation.

         Et enfin, la myrrhe.  la myrrhe, qui va être ce parfum placé sur le corps du mort, pour nous rappeler que Christ va mourir comme nous, mais il va ressusciter. Par conséquent, notre condition de finitude, d’être limité par la mort physique, mais aussi par tout ce que nous pouvons traverser comme échec, comme difficulté, tout cela n’est pas le dernier mot. Nous sommes appelés à ressusciter, ce qui n’a rien à voir avec la ré incarnation. Ressusciter, se relever d’entre les morts. Autrement dit, nous croyons profondément que  tous ceux que nous disons, des morts,  ne sont que de l’autre côté du voile, qu’ils continuent à vivre avec nous, mais qu’un jour, eux, là-haut, et nous, ici,  tous nous serons dans le face à face, dans l’être-à-Dieu, dans l’être en communion avec Dieu. Alors, cette myrrhe n'est plus le signe par lequel nous allons honorer le corps d’un mort. Et cette myrrhe devient le signe par lequel nous annonçons que ce corps touchera au corps glorieux dont parle St Paul.

         L’or, l’encens, la myrrhe et voici que l’Evangile est en marche, et voici que l’humanité nouvelle est en marche, voici que la révélation en Jésus Christ est en marche. Et elle est en marche depuis deux mille ans, mais elle est en marche pour nous aujourd’hui, hommes et femmes de ce XXI° siècle, marqués par toutes les guerres, marqués par la crise, marqués par tout cela. Et debout, debout nous devons être des êtres d’espérance, des êtres de foi dans ces vertus théologales, pour annoncer, à temps et à contre temps, que la foi n’est pas un refuge, que la foi n’est pas une fuite, que la foi n’est pas une peur, mais que la foi est cette proclamation : Si nous savons regarder véritablement notre histoire, nous comprendrons qu’ici-bas, nous sommes en train de répondre à un appel fondamental : où es-tu Homme ? Et répondant, alors, nous devenons visage de Dieu, nous devenons épiphanie de Dieu, nous devenons l’homme en Dieu, ce que l’orthodoxie appelle la déification.

 

         Bonne fête et que 2014 soit pour nous ce temps de Dieu.          Amen