Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 7 février 2016


« Va, ta foi t’a sauvé ! » 


Le Christ se présente à nous de manière originale : il ne se présente jamais à la manière d’un sauveur comme les hommes l’entendent et qu’ils ont pu produire au travers du phénomène religieux. En effet, les divinités que nous avons pu bâtir sont toujours des projections de nous-mêmes, mais à travers ces divinités, nous attendons tous dans une forme d’extériorité, une divinité qui viendrait faire à notre place au travers d’un Dieu porté par la religion, par une idéologie politique, par le consumérisme de l’argent. On attend extérieurement que vienne une force qui va pouvoir faire à notre place.
Or, le Christ attend, il appelle, il induit de notre part notre présence, notre engagement, notre capacité à être entièrement donné.


Nous pouvons nous demander pourquoi chercher un Dieu si nous devons faire par nous-mêmes. Mais ce que le Christ veut nous faire découvrir par la foi, c’est cette présence qui l’habite et qui est le Souffle du Père, l’Esprit Saint. Chaque fois que Jésus, en tant que Christ va agir, il n’agit pas par lui-même mais Il se réfère au Père. Ce faisant, Il appelle l’Esprit du Père, le Souffle. C’est par ce souffle qu’il vient rétablir l’homme nouveau, l’homme en Dieu, qui n’est plus amnésique, mais qui, se vivant dans une relation, une altérité, dans une communion, une alliance, trouve en lui ce souffle vivant, souffle de vie qui insuffle, qui permet tout à coup à la réalité de s’ouvrir et de devenir lumineuse.


Par conséquent, quand Jésus va rencontrer cet aveugle de Jéricho, il l’invite à plonger en lui-même. Toi qui crie « Fils de David, aie pitié de moi », plonge en toi, ne te laisse pas happer par la peur que tu portes, car lorsque tu cries : Fils de David, aie pitié de moi, c’est que tu te reconnais comme pécheur et tu as raison, mais ce péché ne peut pas t’enfermer, t’écraser, au contraire tu es appelé à un autrement et tu peux sortir de toi-même, de ta torpeur, de ta peur, si tu trouves ce souffle du Père.
La foi n’est pas un endoctrinement, une adhésion à une doctrine, à des dogmes, à une catéchèse, mais la foi est d’abord la rencontre avec le Seigneur qui nous permet de voir, de respirer ce Souffle venu d’en haut, venu du Père. Si dans l’Orthodoxie, nous insistons tant sur cette notion de l’Esprit qui vient essentiellement du Père, ce n’est pas pour rabaisser le Fils, mais au contraire, c’est pour montrer à quel point le Fils Jésus est Christ en ce qu’il se laisse habiter par l’Esprit du Père. Par conséquent, pour nous, la foi c’est d’abord d’accueillir l’Esprit qui va nous rendre libre et qui permet à l’aveugle de Jéricho, tout à coup, de retrouver la vue. La foi t’a sauvé. Tu as recontacté ta source intérieure, tu as retrouvé en toi le souffle ; par cette connexion qui se rétablit en toi et qui te permet de trouver la source et d’humer l’Esprit Saint, les voiles tombent et tu vois.
Ce qui aurait pu rester un miracle dans l’ordre personnel, devient un miracle dans l’ordre social de la création. 


Tout à coup, le texte nous dit que la foule en voyant cela louait Dieu, autrement dit avons-nous conscience que, non seulement l’aveugle de Jéricho retrouve la vue, mais que la foule qui l’entoure retrouve elle-même la vue, car ayant vu cela, elle rend gloire à Dieu. Par conséquent, celui qui s’ouvre au Seigneur, celui qui respire l’Esprit permet cette possibilité d’irradier au tour de lui le salut.


Ce qui a été possible pour l’aveugle de Jéricho, devient possible pour ce peuple qui au départ disait à cet aveugle de se taire. Il y a un renversement, un bouleversement. La foi est contagieuse à condition de ne pas être dans un prosélytisme qui consisterait à dire de venir adhérer à mon système de croyance. Mais c’est contagieux à partir du moment où, étant habités, nous allons pouvoir partager cette habitation avec d’autres. La foi est contagieuse parce que, si réellement, notre prière est un moment d’intimité avec le Seigneur, nous allons pouvoir déceler cette intimité autour de nous.


En cela, la foi nous rend la vue, car nous pourrions aller de par le monde, plein de nous-mêmes, mais tellement aveugles que nous ne verrions pas à quel point des hommes, des femmes sont merveilleusement habités, font des choses extraordinaires. tout Voir dans la foi, c’est percevoir tout ce qui est déjà de l’ordre de l’Esprit Saint.


Dans son épître, St Paul ne nous dit pas autre chose lorsqu’il nous appelle à déployer et décliner chacune, chacun, nos charismes. Il nous dit par là que si nous savons voir, nous verrons à quel point l’œuvre de l’Esprit est là tout à fait dynamique. Il y a déjà des hommes et des femmes qui sont traversés, habités. Si vous avez la foi, vous verrez et le voyant vous le manifesterez et vous communiquerez cela. La foi est contagieuse, non seulement au niveau de l’espace, par rapport à toutes les personnes que nous croisons, par rapport à ce monde, tellement blessé, bouleversé, en quête de sens, mais la foi est contagieuse aussi au niveau liturgique. Je n’ai jamais fini de me laisser broyer, d’habiter pleinement la réalité de la rencontre. Il va falloir que je passe par mon corps physique, émotionnel, mental, par tous ces corps, corps de mémoire, tout ce que je porte de mon histoire, pour ressasser petit à petit cette évidence de l’Esprit qui vient comme régénèrer totalement ici et maintenant, aujourd’hui, mais aussi hier et demain. Là les voiles tombant, je contemple à quel point je suis aimé, attendu, espéré par mon Père et à travers lui, par toi, mon frère, ma sœur, qui que tu sois. Avoir la foi, c’est contagieux dans la relation que nous avons avec autrui, dans la relation que nous avons avec nous-mêmes. Soyons donc des hommes et des femmes de foi, faisons tomber tout ce qui obstrue notre regard, faisons tomber tous nos voiles, déchirons le voile du temple qui est encore résistant en nous. Ne soyons pas comme Adam, courant se cacher quand le Seigneur l’appelle. Soyons dans la tendresse de Marie qui disait me voici. Oui, proclamons cela à la face du monde : Me voici. Et dans ce me voici, soyons comme l’aveugle de Jéricho. Accueillons cette grâce qui fait que, voyant le Seigneur, nous verrons l’homme, l’homme debout, l’homme sauvé, l’homme capable. Quand bien même on viendra nous étaler une société malade, on viendra nous parler de crise, nous ne serons pas dans un irréel, dans une utopie, mais dans cette espérance qui fait que je peux dire « j’ai vu » et désormais, ayant vu, je vais au-delà de tout.


En prononçant ces paroles, je me souviens des paroles de Martin Luther King qui, à la veille de sa mort, disait : « J’ai vu la gloire du Père », alors qu’il savait qu’il allait être assassiné. Et ayant vu, il avait peur dans son humanité, car il savait qu’il serait assassiné, mais il n’avait pas peur pour le monde, pour son devenir parce qu'il avait vu. Ayant vu l’homme restauré, debout, il savait que la foi c’est l’annonce que nous sommes au-delà de tous les affres de ce monde.


Prions le Seigneur au cours de cette liturgie, demandons lui que, par l’Esprit Saint, nous soyons mis à nu et que dans cette nudité, ainsi transparent devant le Seigneur, nous puissions regarder la plus grande gloire de Dieu, l’Homme Vivant appelé en chacune et en chacun de nous. Amen