Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 21 juillet 2013 


Jérémie 22,  5 - 9

1 Corinthiens 10,  6 - 13

Luc 19,  41 - 48

 

 

            Cet épisode de l'Evangile de Luc, les vendeurs chassés du temple, nous pourrions ce matin, l'entendre de manière plus intérieure qu'extérieure, car habituellement lorsqu'on aborde ce texte, ce que l'on entend, c'est d'abord ce rapport difficile de Jésus avec les pharisiens et tous ceux qu'il va cibler dans sa critique, en particulier au sujet du temple : qu'avez-vous fait du temple ?  qu'avez-vous fait de la maison de Dieu ?


            Mais en écoutant ce texte dans le prisme de la fête de Marie-Madeleine, il prend un écho tout à fait particulier. En effet, avant d'arriver au temple, le texte de Luc précise que Jésus va pleurer sur Jérusalem : toi, Jérusalem, la ville sainte tu est devenue une ville d'iniquité ; toi Jérusalem as tu été à l'écoute de Celui qui vient te visiter ? Et les larmes de Jésus sont vraiment là pour nous faire percevoir cette douleur de Dieu qui constate cette espèce de séparation qu'il y a entre l'homme et Dieu, quand l'homme n'est plus orienté, n'est plus ordonné, n'est plus relié à son Père.


            L'histoire de Marie-Madeleine, c'est l'histoire de la restauration, c'est l'histoire incarnée de celle qui va permettre l'iconographie de cette restauration de l'homme en Dieu. Car Marie-Madeleine a souvent été présentée dans la tradition comme la pécheresse, nous savons que cette présentation est quelque peu fausse, mais peu importe, restons dans la tradition, et si nous écoutons cette tradition qui nous a présenté Marie-Madeleine comme la prostituée, eh bien nous trouvons, à travers cela, la prostitution du monde qui se prostitue chaque fois qu'il oublie ce pourquoi il a été créé, c'est-à-dire être avec son Dieu. Et cet oubli de Dieu fait que nous allons-nous prosterner devant des faux dieux : le dieu de l'argent, le dieu du pouvoir, le dieu d' une sexualité désordonnée, dieux de confusion totale qui fait que l'homme se perd. Et quand bien même la tradition se serait perdue dans la présentation de Marie-Madeleine au travers d'une prostituée, elle nous restitue peut-être le message authentique, c'est-à-dire que l'humanité est la prostituée quand elle n'est pas au coeur de Dieu.


            Cette prostituée manifestée en Marie-Madeleine est tout à coup capable de venir demander le pardon à ce Christ, à cet envoyé de Dieu. Elle le reconnaît, elle l'implore ; elle qui s'est perdue sur le chemin de l'humanité et qui est habitée par les sept démons, ces sept péchés capitaux, ces péchés que nous connaissons tous : le péché de l'orgueil, de la vanité, de la luxure, de l'envie, de la gourmandise, ( cette nourriture qui nous fait oublier ce qu'est la véritable nourriture,) le péché qui consiste à être dans une séparation absolue du Seigneur. Marie-Madeleine à traversé tous ces péchés là, tous ces démons là, car elle n'était pas orientée, mais, au travers de ses divers démons, elle a voulu aimer, elle a mal aimé, mais elle a voulu aimer. Et quand se présente à elle le " prince, " le principe de l'amour, alors elle est saisie, elle est touchée et elle va vers lui ; et là elle demande le pardon. Et ce faisant, mes amis, elle se laisse visiter. Marie-Madeleine qui va être visitée par le Seigneur, c'est cette Jérusalem nouvelle qui dit : " mon Seigneur et mon Dieu, me voici !"  Ce n'est plus ce temple fermé qui n'écoute pas cette Parole vivante qui vient le visiter, tel un prisonnier qui s'érige en opposition à la Parole de vie, le Logos ; qui a la prétention de définir une vérité, quand la vérité se fait chemin de vie. Car la Parole est vivante parce que le Logos est vivant, parce qu'il est le principe du commencement et de la fin, parce qu'il est l'alpha et l'oméga, parce qu'il est le Tout. Et lorsque ce Logos se présente à Jérusalem et que Jérusalem se ferme, elle devient la prostituée ; et la prostituée Marie-Madeleine qui demande le pardon devient cette Jérusalem d'en haut, la Jérusalem nouvelle.


            Oui, j'ai traversé les sept démons, oui j'ai traversé ce ravin de la mort, j'ai traversé la création qui finit par la mort, mais pour trouver la nouvelle génération, en Toi Seigneur, une génération restituée : premier jour, deuxième jour, troisième jour, quatrième, cinquième, sixième et septième, qui est Toi.  Et là nous comprenons alors que Marie-Madeleine n'est pas simplement un personnage historique, qu'elle n'est pas ce personnage de roman que nous présentent beaucoup d'auteurs en ce XXIe siècle, qu'elle n'est : ni la statue enfermée dans nos églises, ni ce personnage romanesque et stupide. Marie-Madeleine est l'archétype du Christ qui s'instaure dans nos matières humaines, car au moment où le Logos vient toucher nos personnes et nous visiter pour nous dire, comme le dira Saint Paul : " vous êtes le temple de Dieu." à ce moment-là, nous le redire : oui, je suis ce temple et je me laisse visiter. À ce moment-là, il y a un basculement et nous entrons dans ce féminin intérieur, c'est-à-dire cet anthropos qui se laisse habiter par le Christ et qui, dans ces épousailles, récapitule l'ish et l'isha, le masculin et le féminin, la totalité de l'être qui devient resplendissement de la gloire de Dieu, visage de Dieu dans le visage de l'homme.  Marie-Madeleine, mes amis, c'est l'archétype de l'Eglise, c'est l'archétype du Temple nouveau, c'est l'archétype de cette humanité en marche, c'est l'archétype que nous portons en nous. Qu'en faisons-nous ?  Il ne sert à rien de dire que nous vénérons Marie-Madeleine, il ne sert à rien d'écrire au fronton de notre chapelle le nom de Marie-Madeleine, il ne sert à rien de prier Marie-Madeleine, si nous ne sommes pas de la veine de Marie-Madeleine, si nous ne sommes pas des amis de Marie-Madeleine, amis au sens de Béthanie, ceux qui vont s'embraser de passion pour ce Seigneur. Que faisons-nous de l'Évangile ? Que faisons-nous de notre foi ? Que faisons-nous de la Bonne Nouvelle ? Que faisons-nous de cette dimension de l'Esprit Saint qui, nous visitant, nous dit : " allez va, va sur les chemins du monde, annonce cette nouvelle! deviens un embrasement, deviens un feu nouveau qui va donner l'espérance au monde.  Ou, serons-nous là à chantonner quelques psaumes, invoquant Marie-Madeleine comme on invoque d'autres saints, comme on les invoque dans toutes les religions, mais qui sont fatigués par un monde qui finit par être tellement en contradiction avec ce qu'il cherche dans les soi-disantes foi.


            La foi au Christ, mes amis, vient nous dépoussiérer, et Marie-Madeleine qui s'est laissée saisir au point que les sept démons ont été chassés, nous annonce cela, une grande purification, une grande régénération ; et c'est pour cela que, comme le dira St Hippolyte de Rome qui a vécu entre la fin du deuxième siècle et le commencement du troisième : " Marie-Madeleine c'est l'apôtre des apôtres ". Car s'étant laissé purifier de ses démons elle peut être, au matin de la Résurrection, celle qui va recevoir cette annonce merveilleuse : " oui, il est la le Ressuscité qui lui dit : Marie !  Et elle lui dit : " Rabouni ! " Marie ! le nom baptismal est prononcé, Marie ! entendez comme elle renait, elle est déjà dans ses eaux du baptême, elle n'est plus seulement celle qui a été restaurée, mais elle entre dans le mouvement de la Résurrection, Marie ! elle est en épousailles avec le Ressuscité, elle va monter avec Celui qui monte vers le Père : " Marie ! va dire à mes frères qu'Il est ressuscité Celui que tu cherchais."  Ainsi, ce nom prononcé résonne de tout nom prononcé au jour de notre baptême, mais que faisons-nous de cet appel du Seigneur ?  oui, c'est la question que, ce matin, la Magdalena vient nous poser.  " Viens, suis le ! " et si tu suis le Seigneur, avec moi tu entendras Celui qui t'appelle et qui te fera renaitre de tes démons intérieurs."


Amen