Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani), dimanche 7 octobre 2012 

Recteur de la paroisse 

Le banquet des noces

Za 3, 1 à 5 ; Eph 4, 23 à 28 ; Mt 22, 1 à 14


Vous l’aurez sans doute remarqué, entendu, mes amis, dans l’Evangile de Matthieu que nous venons de proclamer, il est question des bons et des mauvais qui sont invités au banquet de noces. Il n’y a pas de jugement, de séparation. L’accusateur, dont parle le Prophète Zacharie, celui qui est là pour accuser, est toujours celui qui va vouloir diviser, mettre en deux. Le diabolos, dont il est question dans l’Epître de St Paul, ce diviseur, est véritablement celui qui voudrait scinder, séparer le bien, le mal ; il faut, il ne faut pas. Or, dans l’Evangile de Matthieu, il nous est dit que tous sont appelés, les bons, comme les mauvais. Entendons par là que notre personne, notre humanité, notre histoire est toute convoquée. Il n’y a pas la bonne histoire de nous-mêmes qui pourrait se tourner vers Dieu et la mauvaise histoire qui devrait rester tapie au fond parce qu’elle est mauvaise. Mais c’est toute notre humanité, tout notre être, tout ce que nous sommes, qui est invité, convoqué, appelé. Et puis il y a cet être qui se présente sans l’habit des noces. Et là, tout à coup, nous comprenons qu’il ne s’agit pas simplement d’une invitation quelconque, comme on peut inviter un étranger. C’est l’invitation aux noces. Et avoir revêtu la robe de noces, cela veut dire que l’on se situe dans les épousailles. Alors on pourrait écouter dans une première lecture et se dire : « quelle horreur, cet être qui est rentré sans la robe et qui est rejeté ! » Oui ! Mais de façon plus subtile, ce que nous entendons, c’est que cet être qui entre sans la robe n’est pas prêt à se laisser épouser. Et au fond, c’est ce que nous dit l’Evangile ce matin : que nous soyons bons ou mauvais, qu’il y ait en nous la partie bonne ou mauvaise, si nous nous laissons épouser par le Christ, alors tout est transformé et nous pouvons toucher, goûter à ce que St Paul appelle l’Homme nouveau. Le banquet Eucharistique, c’est donc ce temps où nous sommes dans ce saisissement lorsque le prêtre par 3 fois va tourner autour de l’autel pour l’encenser. Il nous fait comprendre que nous sommes invités à entrer dans la danse trinitaire, où nous sommes enlacés, où le Christ se met en épousailles avec nous-mêmes et que quelle que soit notre humanité blessée ou lumineuse, quoi que nous ayons fait, nous sommes saisis. Et dans ce saisissement, peut alors surgir cette véritable humanité, cet anthropos nouveau, celui qui est appelé à ressusciter, à se relever. 

Le prophète Zacharie nous parlait de l’Homme sale qui se présente et qui est tout à coup nettoyé. Oui, celui qui porte la robe des noces et qui entre dans ces épousailles est nettoyé. Ainsi mes amis, il y a en nous le bon et le mauvais, ne soyons pas dans le jugement, mais accueillons Celui qui nous ressaisit, Celui qui va nous mettre en vérité. Et quand St Paul nous parle d’être dans la vérité ce n’est pas simplement une vérité parmi d’autres vérités, mais c’est d’être dans la vérité du Christ, celle qui va nous rendre lumineux, transparents à la vérité de notre être et que nous sommes profondément au-delà des apparences, des actes posés parce que nous sommes des êtres en devenir. Ainsi chaque banquet eucharistique devient ce temps des épousailles. Lorsque nous venons à la messe, nous sommes épousés pour épouser ensuite toute notre semaine, épouser chacun de nos jours, chacune de nos situations, épouser chaque évènement comme le temps, le temps du Royaume, le temps de Dieu ; où il va falloir que je me retourne, que j’aille de l’autre côté voir ce que mes yeux ne voient pas, entendre ce que mes oreilles n’entendent pas, sentir ce que mon nez ne sentait pas, pour contempler la gloire de Dieu, qui nous dit que ce monde est habité, traversé, que ce monde nous place dans le Royaume. Vivre dans les ténèbres, c’est ne pas avoir encore saisi ce temps des épousailles. 

Oui, revêtons la robe ! Et à chaque Eucharistie revivons notre baptême où nous avons été revêtus de cette robe qui n’est pas un tissu, mais qui est la nouvelle peau. Cette peau du ressuscité qui fait de nous des êtres éternels quand bien même nous passons ici bas par le tombeau de la mort. Tous ces mots peuvent paraître éthérés et pourtant, ô combien, ils sont tout le processus de l’histoire ! Car en disant ces mots, je ne vous dis pas : la guerre en Syrie, les exactions qui se passent sous nos yeux, ces jeunes qui s’entretuent pour un mauvais regard, je n’oublie pas cette haine, ce racisme, mais tout cela, c’est l’Homme qui ne s’est pas laissé épouser. Et nous chrétiens, si nous ne sommes pas dans ces épousailles, nous prononcerons des paroles moralisatrices, nous jugerons, nous condamnerons et nous serons à l’identique de tous ces êtres. Si nous voulons être flambeaux de lumière au cœur de cette humanité, alors épousons la terre et rentrons dans l’éternité. 

Amen.