Paroisse Sainte Marie de Magdala

Un espace ouvert à tous à Sanary

Homélie du Père Pierre (Colombani) - dimanche 13 avril 2014


Isaïe  50,  1 - 11

Philippiens 2,6-11                                                              

Matthieu 26, 14 - 27, 66

 

Mes amis, si l’Eglise nous propose, en cette fête des Rameaux, de faire croiser l’Evangile que nous avons entendu et qui nous présente l’entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem, et la lecture de la Passion que nous reprendrons bien sûr Vendredi Saint, c’est bien pour mettre en évidence ce que j’indiquais en ouvrant cette Divine Liturgie, toute l’ambivalence du cœur humain. Car ceux-là mêmes qui vont accueillir le Seigneur comme étant le Messie, le Roi des Rois, crieront « Crucifie-le ».

Pour quelle raison y a-t-il ce basculement, pour quelle raison y a-t-il cette espèce de dualité en nous tous ?

Au-delà de la blessure qui nous habite, mes amis, je crois que la problématique profonde a été sur ce titre de Jésus, Fils de Dieu. Oui, les foules qui acclament Jésus Fils de Dieu, le reconnaissent comme tel, mais en le proclamant Fils de Dieu, elles attendent de lui, celui qui sera pourvu de tous les pouvoirs, de la puissance et d’abord une puissance terrestre.

Ainsi lorsque ces foules acclament Jésus, elles attendent de lui qu’Il soit le Roi, mais le Roi qui va écraser toutes les injustices et, par là même, revêtir cette gloire religieuse qui est en fait une gloire politique.

Or, le Seigneur vient proclamer une messianité, un Christ dans l’Amour.

Et le prophète Isaïe ne disait pas autre chose dans la première lecture que nous avons entendue, en nous présentant le serviteur souffrant.

Par conséquent, lorsque Jésus se présente comme le Messie, il ne se présente pas comme celui qui va abattre tous les pouvoirs de ce monde, abattre toutes les injustices, abattre tout ce qui pourrait nous apparaître comme insupportable, mais Il vient proclamer que la première conversion, pour que l’abattement des injustices soit réelle, c’est de convertir son cœur, d’être profondément en soi un homme, une femme aimant.

Par conséquent, mes amis, cette fête des Rameaux nous renvoie d’abord à nous-mêmes : sommes-nous des êtres aimants ? Quelle est notre attente messianique ? Quelle est notre attente lorsque nous disons : " oui Seigneur, je te reconnais " ? Sommes-nous vraiment dans l’accueil du Christ ou sommes-nous dans un imaginaire religieux, où nous chercherions un Dieu qui viendrait nous permettre de ne pas passer l’épreuve ?

L’épreuve, quelle qu’en soit la nature, qu’il s’agisse de l’échec, de la maladie, de la mort, est inhérente à notre condition humaine.

La question pour nous n’est pas d’attendre d’un Dieu qu’il nous permette d’éviter cette épreuve, mais de vivre cette épreuve comme le temps véritablement du dévoilement, de la rencontre avec Celui qui me dit qu’un autrement est possible et qu’il ne s’agit pas de se révolter, mais d’obéir.

L’obéissance, dont parlera St Paul dans son épître aux Philippiens, l’obéissance jusqu’à la Croix, n’est pas une soumission. Ne croyons pas que Jésus s’est soumis à une autorité puissante, au dessus de Lui, mais obéir, obere, veut dire écouter.

L’obéissant, c’est celui qui est en écoute et qui, par conséquent, dans l’épreuve traversée, dans la difficulté rencontrée, dans la douleur de la maladie, dans la douleur de la mort, va écouter, écouter l’autre parole, celle qui donne le sens profond de l’Histoire. Et parce que ces foules n’ont pas écouté, parce qu’elles étaient soumises à une autorité, l’autorité de leurs pulsions, pulsions de mort, de puissance, alors, déçues, elles se sont mises à crier « crucifie-le ».

Déçues, elles ont voulu, avec Judas, trahir le Seigneur, car ce n’est pas seulement Judas, ce sont ces foules ; et au-delà de Judas et de ces foules, nous tous, nous sommes de cette humanité qui crie : crucifie-le.

Quand nous instrumentalisons Dieu pour en faire une puissance pour écraser, alors que Dieu n’est qu’amour et un amour qui demande à être accueilli, écouté au travers de ce que nous expérimentons.

En cette fête des Rameaux, nous sommes donc ramenés à nos existences, conjugales, familiales, individuelles, lorsqu’on se retrouve seul, existence dans le travail, dans toutes les relations, les responsabilités qui sont les nôtres. Là nous poser cette question : Seigneur, qu’ai-je entendu de Toi ? Quelle est la parole que Tu me proclames  dans ce que je vis ? Et suivant notre réponse, nous serons de ceux qui crient crucifie le ou nous serons véritablement à Jésus en tant que Christ ?

Aussi par cette fête des Rameaux, mes amis, demandons au Seigneur la grâce de la conversion, du retournement intérieur pour nous arracher de toutes nos peurs, car lorsque nous sommes dans la quête d’une puissance, en réalité nous avons peur, peur de la vie, peur de l’avenir, peur de nous-mêmes, peur de la souffrance, peur de ce qui pourrait nous advenir et il nous faut traverser ces peurs, les supplanter car nous sommes promis à une vie éternelle, à une résurrection, ce que nous vivrons dans la nuit de Pâques.

Alors, piétinons nos peurs, et pour cela implorons la puissance de l’Esprit pour nous arracher de cette humanité tellement cloisonnée en elle, tellement recroquevillée, arcboutée sur ses idéologies, sur ses apriori, ses dogmes verrouillés, pour être dans la plénitude de ce Dieu qui nous dit : " Viens et vois." Vois, tu es mon fils et ma fille, avec toi aujourd’hui je plante le paradis que tu avais perdu depuis ton exil.

C’est le temps où nous entrons par cette fête des Rameaux, dans la Semaine Sainte, semaine par laquelle nous allons revivre jeudi le lavement des pieds et la Sainte Cène, semaine où nous allons revivre le chemin de Croix, cette Croix plantée qui nous rappelle que la mort n’est pas une fin en soi, mais une pesha, un passage, une Pâque, qui nous fera aboutir à la nuit de la victoire de la vie sur la mort.

Puissions-nous dans cette semaine, demander de toutes nos forces dans la prière, que le Seigneur fasse de nous des êtres renouvelés et que, par nos rameaux bénis, nous devenions témoignage de foi et d’amour, en un monde en quête de sens. 

Amen