Paroisse Sainte Marie de Magdala

Homélie de la veillée de Noël - 24 décembre 2012

Père Pierre Colombani 

Recteur de la paroisse


Malachie 3, 1 - 4 

Galattes 4, 4 - 7 

Luc 2, 1 - 14


L'Évangile de Saint Luc nous le relate ce soir : Dans la nuit les anges apparaissent et proclament une Bonne Nouvelle, une Bonne Nouvelle mes amis. Depuis six semaines, dans l'orthodoxie nous célébrons le temps de l'Avent où nous nous sommes creusés pour aller au plus profond de nos misères, de nos ténèbres, de nos ombres, ombres extérieures en ce monde en folie; mais un monde qui n'est que le reflet de nos ombres intérieures. 

Et tout à coup, en cette nuit, nous entendons cette Bonne Nouvelle qui nous est proclamée. Quel est donc le sens de cette Bonne Nouvelle ? Et tout à coup l'image apparaît comme une dérision : un enfant nous est donné. Un enfant ? Un enfant bien sûr c'est une promesse, un enfant c'est l'avenir, mais un enfant c'est la fragilité. Comment pourrions-nous placer notre destin, notre avenir, dans un enfant ? Cela paraît tout à fait dérisoire. Et pourtant, par cet enfant, Dieu vient nous signifier trois choses, trois choses merveilleuses, trois choses essentielles. D'abord, l'enfant c'est le signe de la vie, c'est le signe de la fécondité ; là où il n'y avait plus la vie tout à coup la vie apparaît dans le désert, le désert de cette pauvre Élisabeth à qui a été annoncée la venue de l'enfant, et dans le désert de la femme vierge, la jeune fille Marie, voici qu'apparaît l'enfant. Ce sont des images mais des images essentielles qui viennent tout à coup nous faire comprendre que dans nos propres stérilités, dans nos propres virginités, peut jaillir cette réalité de la fécondité de Dieu. L'enfant qui nous est donné annonce en nous notre propre enfant intérieur, celui qui est arraché de nos ténèbres ; nous sommes faits pour naître, nous ne sommes pas faits pour mourir. Quand bien même nous sommes confrontés parfois à la douleur de la séparation, à la douleur de la mort parce que nous perdons un être cher, nous sommes faits pour la vie et cet enfant vient nous le proclamer. Il nous faut descendre au plus profond de nous pour faire jaillir notre enfant intérieur, ne restons pas comme des vieillards, ne restons pas comme des Adams de l'ancien, soyons l'Adam du nouveau . Oui, cet enfant vient jaillir au plus profond de chacun de nous. Ce n'est pas simplement la crèche, ce n'est pas le petit Jésus, c'est nous tous qui sommes appelés à jaillir, à naître, naître de nouveau. Voici le premier enseignement qui nous est donné. 

Et puis il est un deuxième enseignement : c'est que l'enfant c'est une espérance, il est une espérance parce qu'il va se déployer, parce qu'il annonce un avenir, parce qu'il annonce un avènement. Ainsi cet enfant nous fait comprendre que nous-mêmes, parce que nous sommes appelés à naître nous sommes appelés à nous déployer, nous sommes en devenir. Lorsque nous avons été créés nous n'étions pas tout faits, nous ne sommes pas tout faits, nous sommes toujours à faire et si nous acceptons de naître il nous faut aussi accepter de cheminer, de grandir, d'advenir. Alors oui, nous passons par des moments de ténèbres, oui nous passons par des moments d'errements, mais tout ceci ne dit pas le fond de nous-mêmes car nous sommes promis à autre chose, à un autrement. Et ainsi si nous acceptons de naître il nous faut aussi accepter d'aller de l'avant et de naître toujours davantage comme cet enfant qui va se déployer. Tel est le sens de l'espérance et tel est le sens de nos existences. En Dieu rien n'est figé, nous avons pu nous tromper, nous avons pu connaître des échecs, nous avons pu connaître des blessures, mais en Dieu rien n'est figé, tout est ouvert, tout est possible. Et déjà de cet enfant de la naissance de Noël nous sentons poindre le mystère de la Résurrection, de Noël à Pâques nous somme déjà dans cette Passion 

Troisième enseignement enfin : cet enfant est donné aux pauvres, aux malheureux, aux bergers dans la nuit. Lorsque l'Évangile nous révèle cela il ne fait pas de misérabilisme, il ne vient pas simplement nous dire qu'il faudrait donner une pièce au mendiant du coin, mais les Alaouines de Dieu, ceux que l'on appelle les pauvres de la Bible ce sont nous, c'est nous les pauvres, nous sommes les pauvres, notre pauvreté consiste dans le fait de revisiter ce temps où nous sommes sortis de l'Éden, ce temps où nous avons perdu la communion avec Dieu. Ce texte bien sûr est un texte mythologique, c'est un texte qui nous guide par son symbolisme, et que nous portons tous, tous nous portons cela, mais nous avons perdu la source primordiale, nous avons perdu la relation à Dieu. Et en cette nuit, par cet enfant qui nait et qui nous invite à naître en nous-mêmes, par cet enfant qui est promesse et qui nous dit que nous sommes promesse, il nous est annoncé que nous devons désormais regarder l'Histoire, l'existence, comme le temps où nous allons pouvoir rejoindre cet éden perdu c'est-à-dire rejoindre la communion en Dieu. 

Il y a, mes amis, en orthodoxie un thème qui est essentiel c'est celui de la déification, la théosis, être en Dieu, être comme Dieu. Il ne s'agit pas de dominer le destin par moralisme, faire le bien pour ne pas faire de mal. Être en Dieu, être de Dieu c'est autre chose, c'est toucher dans chacun des gestes de notre existence le rapport à l'éternité. Tout est engagé dans notre manière d'aimer le conjoint, l'ami, dans la façon d'approcher l'enfant, dans la manière d'être avec le voisin, dans la manière de regarder son existence, d' engager ses projets professionnels, associatifs, projets de toutes sortes ; dans tout ce que nous portons il y a cette capacité à la vie, et si nous touchons à la vie nous sommes à la déification : être en Dieu, être de Dieu, c'est cela l'Emmanuel, Dieu en nous, Dieu parmi nous. Christ est venu parmi nous, Christ est né dans la nuit, dans nos nuits. Frères et soeurs, il est là, il brille ! Certes je n'oublie pas la Syrie, l'Irak, l'Iran, je n'oublie pas la crise économique et sociale, je n'oublie pas les chômeurs, ceux qui sont malades, fatigués, déprimés, mais dans tout cela Dieu nous dit : La Vie, Ô la Vie! Et si la vie vaut la peine d'être vécue c'est parce que moi, Dieu, je vous appelle et je vous propose d'être investis de ma présence, investis de mon souffle. Alors dans cette nuit ouvrons nos coeurs et que notre prière ne soit pas simplement un amalgame de quelques mots, mais que notre prière soit une présence joyeuse, une présence vivante et qui nous fasse regarder nos histoires comme le temps où nous allons répondre à un rendez-vous. Alors nous serons grands et malgré nos souffrances, malgré nos peurs, malgré nos limites et nos échecs , nous allons pouvoir passer, nous allons pouvoir dépasser et habiter nos existences, car le Souffle de Dieu nous est rendu par cet enfant. 

Joyeuses fêtes de Noël, que la paix habite vos coeurs, cette paix qui désormais fait que nous n'avons plus peur car nous savons que nous sommes promis à un avenir, que nous sommes faits pour l'éternité, l'éternité est commencée chaque fois que nous regardons notre vie comme le temps habité de Dieu. 

Amen.